ABATTEZ LES GRANDS ARBRES

CHRISTOPHE GUILLAUMOT

 EDITIONS CAIRN

  

abattez-les-grands-arbresCe n’est pas d’un roman issu de la rentrée littéraire dont je vais vous parler aujourd’hui, mais d’un bouquin, publié il y a quelques mois déjà par une petite maison d’édition, qui à mon avis, mérite que l’on s’attarde un peu sur lui.

 Un roman de facture classique, certes, mais qui par la peinture de ses personnages sait capter et nourrir la curiosité du lecteur.

Cette fois-ci l’histoire ne met pas en action un flic bardé de faits d’armes, une fine fleur de la criminelle ou des stups, un meneur d’hommes, un policier blessé, empreint d’un mal-être et aux prises avec ses démons intérieurs, comme on en croise souvent dans les polars.

 Ici il s’agit d’un simple flic, un sans grade, transparent pour la hiérarchie.

Renato, c’est son prénom. Celui-ci pourrait faire sourire, mais rien à voir avec « la Cage aux folles » croyez-moi. Ce Renato-là est du genre armoire à glace, le genre de bonhomme qui peut vous arracher la tête d’une petite claque amicale, tant celle-ci pourrait tenir tout entière dans sa paume.

Une force de la nature comme on dit, adoucie par le fait que c’est aussi un homme généreux et bon, toujours prêt à rendre service. Du moins, tant qu’on ne lui cherche pas des noises.

Renato n’est pas seulement un être à part par sa morphologie, il l’est aussi par ses origines. C’est un Kanak, originaire de Nouvelle Calédonie donc, qui rêve de quitter Toulouse où il travaille à la brigade des stups, pour revenir sur son île natale, là où se trouvent les siens, son dieu et ses ancêtres. Car c’est un lien très fort, à la fois spirituel et charnel qu’il entretient avec elle.toulouse

Notre homme détonne dans le paysage toulousain et dans le microcosme policier où il n’est d’ailleurs pas accepté dans l’équipe, cantonné aux tâches subalternes, victime de coéquipiers ripoux jusqu’à la moelle et où le racisme affleure à la surface des railleries et des regards de ses pairs.

Rien ne pouvait donc présager que ce flic sans histoire, originaire d’une île lointaine, puisse se retrouver mêlé à une scabreuse affaire.

Pourtant, au cours d’une perquisition dans un appartement, il fait une découverte macabre. A l’intérieur de celui-ci les corps démembrés de deux personnes d’origine africaine.

Sans le savoir, Renato vient de plonger dans une des pages les plus sombres du continent africain, celle des années 90 et du génocide rwandais.

Homme intègre, soucieux de faire son métier honnêtement, au service des gens, ayant une haute idée de sa fonction, il décide, contre les vents mauvais de mener discrètement son enquête, aidé seulement d’un jeune tout juste sorti de l’école de Police, et d’une femme, belle et indépendante, médecin légiste de son état.

rwan1Bravant les coups tordus de ses coéquipiers bien décidés à vouloir sa perte, démêlant un à un les fils de cette pelote inextricable qui se pare progressivement des reflets d’une vengeance mûrement réfléchie, Renato avance vers la vérité.

Surprenant cocktail que celui qui mêle un kanak expatrié en métropole, imprégné de sa culture et de ses croyances, à une histoire qui plonge ses racines dans le cœur de l’Afrique et dans l’une des pires atrocités du XXe siècle.

Cette mise en parallèle entre un homme apaisé, serein, dont les fondations de son existence sont solidement ancrées dans les coutumes de son îles et l’amour des siens, avec des protagonistes   déchirés, meurtris ou au contraire obnubilés par la haine née de l’histoire sanglante de leur terre au fil des siècles, donne un relief tout particulier au roman de Christophe Guillaumot.

Mais plus encore ce que retiendra le lecteur de cette aventure, c’est la peinture des personnages. Et c’est sans doute là, plus encore que dans la construction de son scénario pourtant solide , que réside le véritable talent de l’auteur.rwan

Celui-ci nous offre un panel de protagonistes des plus intéressants, en particulier Renato, ce héro modeste, simple, et terriblement sensible. Chose rare dans l’univers du polar.

On ne peut que s’attacher irrémédiablement à lui, et se délecter de ses expressions ou de ses attitudes, quand il vous salue d’un « gros chameau ! » ou quand il prévient l’énergumène en face de lui que s’il ne se calme pas il va être obligé de lui donner une gifle amicale.

Dans ces moments-là, on sourit, on savoure, et on trouve au détour de ces paroles égrainées, de ces expressions lâchées au vent, le plaisir qu’engendre la rencontre avec un tel personnage. Et d’espérer que l’auteur lui permettra de poursuivre sa vie romanesque à travers de nouvelles aventures à venir.

Sans doute parce qu’il estlui-même policier, l’auteur restitue aussi parfaitement l’atmosphère qui imprègne cette équipe de flics à laquelle appartient Renato, où règne la suspicion et la défiance.

Ainsi « Abattez les grands arbres » (titre qui reprends la phrase lancez sur les radios rwandaises pour donner le top départ aux massacres à travers le pays) est un bon petit polar sans prétention, mais qui a le mérite de vous offrir un de ces moments de plaisir où le temps des 370 pages du roman, vous laissez de côté vos soucis du quotidien.

un auteur à suivre !

je-commande

 

souris banniere

©Passion Polar / Ygaël

4 Commentaires

  1. shezen

    Je suis preneuse !

  2. Adopté !

    J’avais bien aimé  » Chasses à l’homme  » il y a quelques années . Celui-ci semble plus abouti . Et puis solidarité insulaire oblige …

    😉

    • La petite souris

      je t’avoue je n’ai pas lu « Chasse à l’homme », c’est la première fois que je lis cet auteur prometteur ! celui ci devrait donc te plaire !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *