ALBUQUERQUE

DOMINIQUE FORMA

EDITIONS LA MANUFACTURE DE LIVRES

 

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albuquerque (Copier).jpgEn ce moment, j’avoue avoir une certaine prédilection pour les romans courts. d’abord parce que l’histoire se doit d’être ramassée et concise, ensuite parce que l’exercice de raconter quelque chose en moins de 200 pages oblige l’auteur à donner toute la quintessence de son art faute de passer à côté de son lecteur.

Certains s’y ramassent lamentablement, quand d’autres donnent un aperçu précieux de leur talent.

Dominique Forma, avec « Albuquerque » fait partie de la seconde catégorie, et donne l’exemple parfait du court roman efficace et percutant, que l’on dévore en une bouchée !

Albuquerque, c’est l’histoire d’une fuite.

 Un couple qui des années plus tôt avait déjà dû quitter précipitamment son appartement de Manhattan, et tracer un trait sur un passé sulfureux.

Lui était receleur pour une bande de braqueurs qui opérait pour le compte de Warren Smith, un chef de gang.

Tout allait pour le mieux , confortablement installé dans une vie de dandy insouciant, fort de son talent et de son charme, faisant fructifier l’argent du gang sans avoir à se salir les mains, et albuentretenant sa femme sans que celle-ci n’ait à se préoccuper du lendemain.

Du moins jusqu’au jour où Warren obligea notre homme à prendre directement part à un cambriolage particulièrement violent, et à en revenir avec du sang sur les mains.

Trop pour lui, qui sentant la descente aux enfers toute proche, préfère prendre le large avec sa femme et s’en remettre la protection du FBI.

Les années ont passées, lui est devenu gardien de parking et elle serveuse.  Jamie et Jackie Shelton. Une identité banale pour un couple ordinaire, et le train-train d’une vie sans relief qui va avec.

Jusqu’à ce matin très tôt, où une voiture s’introduit dans le parking et roule au pas, comme cherchant quelque chose ou quelqu’un.

L’instinct de Jamie le met immédiatement en alerte. Quand la voiture s’approche de sa guérite celui-ci ne doit son salut qu’au flingue qu’il garde toujours avec lui sous son comptoir.

Fonçant alors chez lui, il trouve sa femme au sol , inconsciente, un homme dans son canapé.

IMGP2295-730x466Le sang qui coule à nouveau, la fuite qui recommence.

Les voici tous les deux à nouveau sur la route, direction la Californie pour essayer de retrouver leur agent de liaison qui ne répond plus au téléphone.

La littérature policière et le cinéma regorgent de ce genre de scénario, où un voyou ayant balancé ses amis et vivant sous une fausse identité se retrouve contraint de prendre la fuite quand ses anciens complices retrouvent sa piste.

Et de fait « Albuquerque » s’inscrit parfaitement dans ce registre, avec son lot de scènes violentes, ses codes et son suspens alléchant. Mais il ne serait qu’un roman de plus dans cette lignée, s’il ne sortait véritablement de l’ordinaire sous la plume de Dominique Forma.

Car « Albuquerque », c’est aussi l’histoire d’un couple.

En effet, le prisme par lequel l’auteur invite son lecteur à découvrir cette histoire est moins la fuite elle-même que la désagrégation de ce couple lié par un destin commun dont ils ne peuvent se défaire.

Le fait est qu’il est loin le temps de l’argent facile où Jamie et Jackie, Damian et Eva de leurs vrais prénoms, filaient le parfait amour et se la coulaient douce à Manhattan.

Jamie a pris du poids, est devenu mou, et n’est plus depuis longtemps le fringuant étalon qui avait su séduire Jackie.

Leur vie sous une fausse identité devenue fade et sans aspérité a eu tôt fait de ronger ce qui pouvait encore les faire tenir l’un à l’autre. Si Jamie aime encore Jackie, cette dernière ne pense plusarop qu’à le quitter.

Une crise qui éclate dans le couple au moment même où celui-ci est rattrapé par ce passé qui vient faire voler en éclat le peu qu’il leur restait en partage.

Pourtant, comme deux prisonniers évadés retenues par leurs chaînes, ils vont être contraint de faire face ensemble, dans une tension palpable grandissante.

 Cette dissolution annoncée rend leur relation paradoxalement émouvante et poignante, à mesure que le lecteur découvre leur histoire. La mort aux trousses plonge nos deux personnages dans une complicité obligée pour échapper à un sort funeste qui les attends depuis des années. Qu’en sortira t-il ?

Enfin, «  Albuquerque » c’est aussi  un certain regard désabusé sur une Amérique qui nous faisait rêver, traumatisée par les événements du 11 septembre et qui doute d’elle-même, où ses certitudes qui fondent le rêve américain semble s’effriter . Avec ce couple qui se désagrège, c’est aussi un peu de notre Amérique qui s’en avec lui.

Vous l’aurez compris, «  Albuquerque » est le genre de petit bouquin foudroyant dont il ne faut surtout pas passer à côté !

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souris pas mal du tout 2

8 Commentaires

  1. Oui, oui, oui! J’espère que Dominique Forma va continuer dans la même veine.

    • La petite souris

      j’espèere aussi, je découvre Dominique Forma avec ce roman ! bien envie d’en lire d’autres ! 🙂

  2. Le polar parfait pour un dimanche !! Découvert en écoutant Poirette le dimanche matin ( toujours de bon conseil ce Poirette).
    Et j’ai beaucoup aimé !!

    • La petite souris

      ah je ne connais pas Poirette mais s’il/elle conseille ce bouquin, alors c’est forcément quelqu’un de bien ! 🙂 Bonne lecture ma Mimi, tu verras ca va te plaire !

      • Ah mais je l’ai déjà lu, et approuvé……
        Effectivement, ce Poirette est un type bien: il aime les polars, et en plus il en conseille de très bons !

        • La petite souris

          ha j’avais pas compris Mimi désolé ! je pensais que tu ne l’avais pas lu ! par contre si Poirette a un site, n’hésite pas à me faire passer le lien ! 🙂

  3. runbabook

    Eh eh , alléchant ! Et hop dans ma besace ! Le défi étant aussi de trouver du plaisir à la concision .

    😉

    • La petite souris

      tu ne seras pas déçu !! je compte sur toi pour venir me dire ce que tu en auras pensé ! 🙂

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