HÔTEL WALDHEIM

FRANÇOIS VALLEJO

ÉDITIONS VIVIANE HAMY

 

Dans la multitude des nouveautés de la rentrée littéraire, se cachent parfois des pépites à côté desquelles il serait vraiment dommage de passer.

 Surtout quand le roman en question n’est pas dans l’air du temps, dans le tout hémoglobine et un suspens fait de bric et de broc, et cousu d’un fil grossier.

« Hôtel Waldheim » c’est tout le contraire. C’est le raffinement de l’écriture, la subtilité d’un scénario qui, par petites touches, va phagocyter l’imagination de son lecteur dans une toile invisible, se jouer de ses certitudes évidentes, pour esquisser en filigrane, le tableau d’une autre réalité dont il ne prendra que progressivement conscience.

Il finira alors par comprendre qu’il s’est fait duper par un auteur malicieux.

C’est par une simple carte postale reçue dans sa boîte aux lettres que la vie de Jeff Valdera va basculer.

Expédiée de Suisse, elle représente plusieurs vues de l’Hôtel Waldheim à Davos, et ces quelques mots énigmatiques « Ça vous rappel queqchose ? » signé F.S.

bien sûr, il ne faut pas longtemps pour que les souvenirs remontent à la surface.

 Les années 70, son adolescence. Ses étés ennuyeux passés aux côtés de sa tante, dans cet hôtel de standing où se côtoyaient des gens guindés et cultivés sur lesquels le jeune Jeff portait un regard sarcastique, tout en appréciant de les fréquenter, n’ayant rien d’autre à faire.

Il y avait Herr Steigl, un homme plutôt austère et distant, adepte du jeu de GO auquel il voudra bien l’initier.

Frau Frinkel, une vieille exégète passionnée de littérature, en particulier de Thomas Mann, l’auteur de « La montagne magique » , pour qui elle voue un véritable culte . Auteur qu’elle ne manqua pas de lui faire découvrir.

Herr Meili, le patron de l’hôtel qu’il appréciait bien, ancien professeur d’histoire qui a repris l’entreprise familiale à la mort de ses parents.

Enfin, venant d’Allemagne, le couple Linek , bien mal assorti, mais dont il prenait plaisir à faire avec lui des parties d’échecs qui se terminaient invaraiblement par sa défaite.

 Une époque révolue, sans relief ni saveur particulière. Alors, pourquoi lui rappeler cette période ?

Car d’autres cartes suivront, tout aussi énigmatiques, avant que l’expéditeur ne finisse par se dévoiler et accepter de rencontrer Jeff.

A sa grande surprise, c’est une jeune femme qui se présente à lui. Elle s’appelle Frieda, et c’est la fille de Herr Steigl le joueur de Go.

 Celle-ci lui demande de remonter dans ses souvenirs, car elle souhaite comprendre pourquoi son père a disparu à cette époque-là. Mais 1976 c’est loin ! Les années ont filé, et pour Jeff , devenu quinqua, difficile de renouer avec le Jeff de ses 16 ans .

C’est donc à une véritable introspection que ce dernier va se livrer, poussé par Frieda qui veut absolument des précisions sur les échanges qu’il a pu avoir avec les clients de l’hôtel .

Alors il interroge sa mémoire, fouille dans ses souvenirs et fait remonter peu à peu des scènes anodines. Pourtant, à chaque fois Frieda remet en question ce qui lui semble être une évidence.

Au fil du temps la pression de la jeune femme se fait de plus en plus forte.  Comment se fait-il qu’elle connaisse autant de détails sur ces instants qu’elle n’a pas vécu, et qu’elle les remette en cause avec autant de certitude pour finir par l’accuser d’être à l’origine de la disparition de son père ?

 Quand enfin elle lui avoue qu’elle a trouvé le nom de Jeff dans les dossiers de la Stasi auxquels elle a eu accès, c’est le choc. Jeff n’en revient pas et fini par douter de sa propre mémoire.

 Se pourrait-il qu’il ait été le témoin aveugle, l’acteur involontaire d’évènements politiques qui à l’époque de la guerre froide le dépassaient totalement, précipitant la disparition d’un homme ?

Bien que leur monde et leur style soient très différents, la construction de ce roman n’est pas sans me rappeler « La maison où je suis mort autrefois » de Keigo Higashino.

Le lecteur pénètre dans un univers où les choses dépeignent une vision banale d’un lieu de villégiature. Il suffit pourtant de déplacer l’angle d’observation, pour s’apercevoir que la réalité visuelle en contient une autre, en double fond, bien différente.

Et c’est tout le talent de François Vallejo de se jouer de son lecteur, de lui faire découvrir l’autre face, plus sombre, de ces sympathiques personnages, protagonistes d’une terrible histoire d’espionnage.

« Hôtel Waldheim » n’est donc pas un roman policier, mais plutôt un roman puzzle que le lecteur assemblera au fil des pages. Servi par une écriture délicate, il démontre s’il en était besoin, qu’avec une bonne intrigue , une finesse dans les dialogues et des protagonistes bien travaillés, on peut faire un roman puissant et captivant. Et c’est bien là toute la réussite de François Vallejo.

A noter que ce roman est dans la sélection du prochain Goncourt !

2 Commentaires

  1. Salut mon ami, honnêtement je suis passé complètement à coté. Le début du roman m’a ennuyé, et l’intérêt n’a pas repris avec la première rencontre de la jeune femme … c’est une rencontre ratée pour moi. Et tous les billets concernant ce roman me démontrent que ce n’était probablement pas un livre pour moi. Amitiés

    • La petite souris

      Alors la franchement Pierre tu me surprends, car s’il y avait un de mes amis à qui je pensais et dont j’étais sûr qu’il plairait c’est bien toi !!! surprenant !!! comme quoi !! il y a beaucoup de subtilité dans ce roman, ca a été pour moi un vrai plaisir de lire ce bouquin ! dommage que tu sois passé à côté ! AMitiés 🙂

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