Intermittence

   ANDREA CAMILLERI

  EDITIONS POINTS

intermittencesN’avez vous jamais nagé au milieu de requins ? Entouré de ces animaux à sang froid qui gravitent autour de vous avec nonchalance, indifférents à votre présence , ne vous considérant que d’un œil distant, mais qui ne vous quitte pas ? Non, sans doute.

Alors n’avez vous jamais vécu cet instant fugace où tout bascule, quand le bleu devient noir, qu’autour de vous tout se trouble,  que l’adrénaline vous fait réaliser, bien trop tard hélas, que le danger est là, que de chasseur vous êtes devenu proie, et que les mâchoires du destin se referment sur vous et vous assènent le coup de grâce.

Alors peut-être, histoire d’en avoir une idée, devriez vous vous intéresser au roman d’ André Camilleri , « Intermittence » paru en format poche aux Editions POINTS .Car les requins que vous allez y côtoyer n’ont rien à envier à leur congénères aquatiques quant à leur puissance, la  férocité et la bestialité qu’il déploient pour déchiqueter leur proie.

Cette faune qu’Adrea Camilleri  vous invite à découvrir c’est celle des milieux industriels et d’affaires italiens, à travers les tribulations qui secouent la société Manuelli.

Si officiellement le patriarche et fondateur de la société familiale, devenue l’une des plus puissantes d’Italie, n’est plus aux affaires, si son fils Bope  a pris la relève, le véritable pouvoir est détenu par le directeur général , Mauro de Blasi et son adjoint Guido Marsili.buisnessh

Malgré la crise qui touche de plein fouet la péninsule, ces derniers travaillent d’arrache pied au rachat d’une société concurrente qui n’a pas su faire les bons choix stratégiques pour se maintenir à flot et supporter le tsunami économique qui s’est abattu sur le tissu industriel italien.

Mais on ne laisse pas des piranhas jouer entre eux sans prendre le risque de les voir se retourner contre vous avant de s’entre dévorer.

Dans ce monde merveilleux des affaires et de l’entreprise ne survivent que les plus forts, capables de se mutiler de toute notion morale, de tout sens de l’intérêt général.

Le sang appelle la mise à mort, la mort appelle le profit. Et celui ci n’en est que plus juteux quand il s’accompagne de licenciements massifs d’ouvriers qui trinquent de leur sacrifice. On est bien loin de l’idéal du vieux Manuelli qui rêvait d’une entreprise à visage humain.

bussinessAlors on complote, on couche avec la femme de son associé, on lorgne sur la petite fille du concurrent que l’on veut racheter. On ment, on manipule on triche.

Mais dans ce jeux de faux semblants, il suffit parfois qu’un petit grain de sable vienne gripper la plus belle des machinations pour que tout se retrouve remis en question. Et il n’y a pas plus dangereux qu’une femme prise pour une cruche.

Andréa Camilleri signe là un roman bien différent de l’univers de son célèbre inspecteur Montalbano. Critique acerbe et au vitriole de l’ultralibéralisme, il nous offre un tour d’horizon cruel de cette Italie où les élites politiques forniquent avec les décideurs économiques , où dans ce jeu d’argent et de pouvoir, les ouvriers sont toujours les dindons de la farce.

Mais il le fait avec tout le talent qu’on lui connait, en croquant des personnages ambitieux et sans vergogne,  en parsemant son récit de chausse-trappes, et en n’omettant pas de faire pénétrer le lecteur dans la vie privé de ces prédateurs , ce qui leur donne encore plus de relief.

Trahison, coup bas, coup de gnons, adultère , femme battue et femme déterminée , trafic d’influence,  délit d’initié, rien ne manque à cet univers rempli de prédateurs.

Un univers impitoyable, cruel et froid où même un requin peut se faire dévorer.

souris pas mal du tout 2

 

Articles relatifs

6 Commentaires

  1. Annick

    J aime Camilleri, j ai bien ailé le tailleur gris, et j aime ses montalbano. Viva italie

    • La petite souris

      eh oui il s’agit là d’un excellent auteur que je devrai d’ailleurs chroniquer plus souvent ! 🙂

  2. Robert PONDANT (Belgique)

    Bonsoir Bruno,
    J’ai pratiquement tous les bouquins de Camilleri et celui-là dort dans ma PAL (qui fait + de 3m’50 de haut). Tu m’as donné envie de l’extraire, mais pour parodier Chirac « Comment en retirer un sans faire bouger les autres » ???
    Je termine le passionnant « Laurent Guillaume «  »Delta-Charlie-Delta » » et j’embraye sur « Intermittence ».
    Merci pour ta chronique

    • La petite souris

      ha voilà une bonne idée !!!! depêche toi de lire celui ci Robert ! j’attends ton retour avec impatience ! Bonne lecture mon ami ! 😉

  3. Nath sous les pavés la page

    A mon avis on doit être très proche de la réalité dans certaines multinationales. .. merci pour cette découverte mon mulot !

    • La petite souris

      Avec plaisir ma Nath !!! 🙂 j’en profite pour te faire un gros bisou et te souhaiter une bonne année ! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *