Interwiew Bruno TPS 2016

Bonjour Bruno, dis-moi, avant de parler du festival Toulouse polars du Sud, un mot sur toi. Il se trouve que tu n’es pas seulement un passionné de polar, tu es aussi libraire de profession ! Mon saloupiot tu es arrivé à concilier passion et boulot !! Chapeau bas l’ami ! Quelques mots au sujet de la libraire La Renaissance où tu officies ?

Salut Le Mulot !
La librairie de la Renaissance est la librairie indépendante la plus ancienne de la Ville Rose. Elle a été créée au lendemain de la libération de Toulouse en 1944. Un groupe de résistants a investi un local, dans le centre-ville, et a décidé de remettre en vente les livres et les revues interdits pendant l’occupation. C’était la renaissance de cette littérature, de ces idées d’où le nom (à ne pas confondre avec la période historique). C’est un héritage que nous portons encore aujourd’hui, des valeurs qui nous poussent à nous battre contre l’illettrisme, à donner une chance à tous d’avoir accès à la culture.

C’est une librairie située en pleine cœur d’un quartier populaire. C’est une chose qui devient malheureusement rare aujourd’hui. C’est important à tes yeux ?

La librairie de la Renaissance a quitté l’hyper centre de Toulouse en janvier 1981 pour venir s’installer dans le quartier du Mirail. Un quartier où se côtoient la population la plus pauvre et des entreprises de pointe comme le siège de Météo France, Continental, Thalès et tant d’autres.
Bien sûr que c’est important pour moi. Nous revenons à la question précédente et à notre héritage. Combattre l’illettrisme, donner la possibilité à un maximum de personnes d’avoir accès aux livres. La librairie est partenaire de toutes les ZEP environnantes, nous accueillons des classes (de la maternelle au collège) dans nos locaux. A ce sujet cela fait toujours plaisir quand un collégien vient acheter un livre et nous dit : « Je me rappelle quand je suis venu ici quand j’étais petit ».
La librairie est le dernier lieu culturel du quartier. Si la librairie n’était pas là, le quartier du Mirail serait un désert culturel.

Justement est ce que les gens du quartier viennent au festival ?

forum de la la librairie.

forum de la la librairie. ©librairie Renaissance

Ils ne constituent pas la majorité des visiteurs mais ils viennent, il y a la barrière de l’argent. Même si l’entrée du festival est gratuite, les livres sont parfois à des prix inabordables pour certains.
De plus, l’association Toulouse Polars du Sud, en collaboration avec la librairie, a noué des partenariats avec les établissements scolaires des alentours, des écoles et des collèges reçoivent un ou plusieurs auteurs dans leurs locaux pour des rencontres en classe. D’autres élèves viennent sur le Festival le vendredi et échangent avec les auteurs présents.

Malheureusement Il y de moins en moins de librairie en France est ce que l’avenir des libraires passe par l’organisation événements comme celui-ci ?

L’avenir des librairies est incertain. Chaque jour certains confrères sont obligés de mettre la clé sous la porte. A nous de faire en sorte de créer de nouvelles choses pour re-dynamiser notre activité.
La tenue d’une manifestation littéraire de cette ampleur en est une preuve. La librairie de la Renaissance est partenaire de plusieurs autres associations ou collectivités et aident à la création d’événements majeurs autour du livre et de la lecture.
L’avenir des librairies passera également par une entraide entre enseignes et surtout à la capacité que nous avons tous ensemble à faire front face aux géants du net tel Amazon. Ce combat aboutira seulement si les lecteurs et lectrices décident eux aussi de ne plus acheter leurs bouquins sur ce genre de sites. Il faut les convaincre de se déplacer en magasin ou de commander sur un site de vente en ligne d’une librairie indépendante.

Est-ce les goûts des lecteurs ont évolués ces dernières années, ou le thriller et les romans nordiques continuent t-il de truster les ventes en librairie ?

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Bruno ©Cristelle guillaumot

Les romans nordiques sont en perte de vitesse contrairement au thriller qui lui continue de progresser. Je ne suis pas en mesure de te donner des chiffres ou même d’analyser ça sur tout le territoire mais je peux te parler de ce qu’il se passe dans notre magasin.
Dans le rayon polars, comme dans tous les autres de la librairie, les livres sont choisis. Le cœur du métier est là. Mettre en avant des livres que tu as aimés, les pousser en sortant parfois des sentiers battus et en s’éloignant du battage médiatique fait autour de quelques titres.
Actuellement, je trouve qu’il y a de jeunes maisons d’édition qui font un travail remarquable et qui permettent de faire émerger des grands textes, de futurs grands auteurs du genre (Gallmeister, Agullo, La manufacture de livres, Mirobole, Denoël, Robert Laffont avec sa collection La Bête Noire…).
Nous assistons depuis quelques années à la naissance d’un nouveau genre dans la grande famille du polar. Les romans de flics, portés par des Olivier Norek, Laurent Guillaume, Danielle Thiéry (pour ne citer qu’eux et il y en a tant d’autres).

Le fait que la librairie Renaissance soit un partenaire de premier plan, quel plus (+) cela apporte-t-il à un festival comme Toulouse Polar du Sud ?

Tout d’abord le Festival se déroule sur le parking et dans les locaux de la Librairie de la Renaissance. La librairie met à disposition de l’association ses moyens techniques et humains.
Forte de 72 années d’existence, la librairie connaît tous les acteurs de la chaine du livre, éditeurs, auteurs…
Mais cela marche aussi dans l’autre sens, la librairie s’enrichit à travailler en étroite collaboration avec l’association Toulouse Polars du Sud.

On peut dire que Toulouse Polar Sud, tu connais bien puisque toi aussi tu mets les mains dans le moteur ! Depuis combien de temps tu participes à l’organisation de ce festival et quel y est ton rôle exactement ?
C’est mon huitième festival ! Je suis membre du conseil d’administration de l’association depuis sa création. Mon rôle personnel a évolué au fil des années. Au début je m’occupais de la partie BD. Plus tu vieillis plus tu as d’expérience et surtout d’assurance. Depuis maintenant trois ans je participe à la programmation du festival, au choix des invités et des thématiques des tables rondes.

En ce qui te concerne tu n’animes pas de table ronde. Par contre tu organises de petits entretiens d’une trentaine de minutes à l’entrée du chapiteau. Tu peux nous en

©Les Pictographistes

©Les Pictographistes

dire plus ? de quoi il s’agit ?

Il m’est arrivé d’animer une table ronde, un assez mauvais souvenir pour moi, donc pour l’instant je ne fais plus. Mais pourquoi pas dans quelques années.
Vu le nombre d’auteurs invités (53 cette année) tout le monde ne peut pas participer à une table ronde. L’association essaie de donner au maximum d’auteurs la possibilité de s’exprimer sur leur livre. Dans un coin du chapiteau, il y a le parloir ! Un lieu d’une faible capacité (30 personnes) pour favoriser un échange au plus près du public. Un auteur répond aux questions posées par l’animateur. Nous sommes plusieurs à se frotter à cet exercice.

De par ta profession, de ton investissement sur ce festival, tu côtoies énormément d’auteurs, venant notamment des quatre coins du monde. Quel regard ces auteurs étrangers portent-il sur leurs confrères français, et sur le polar hexagonal en général ?

A cette question je ne vais pas pouvoir te répondre car je ne sais pas. C’est vrai que j’ai la chance de côtoyer beaucoup d’auteurs étrangers mais mon niveau en langue étrangère ne me permet pas d’avoir des discussions de cette teneur.

Des auteurs présents cette année sur le festival quels sont ceux dont le dernier roman t’a particulièrement emballé ? (et pourquoi ?)
Le dernier roman ou le premier.

Pour les premiers romans je citerai :
Johana Gustawsson et son « Block 46 » (Editions Bragelonne). Un premier thriller qui me laisse penser qu’elle ira loin.
Benoit Minville a fait une entrée fracassante à la Série Noire avec son « Rural noir ». Un auteur français qui rivalise avec les ricains.
Valerio Varési lui nous a offert un sacré roman d’ambiance avec « Le fleuve des brumes » Agullo édition.

Cette année quelques auteurs sont sortis du lot avec leur nouveau roman :

Sonja Delzongle avec « Quand la neige danse » (Denoël) a confirmé son talent avec ce deuxième opus.
Marin Ledun « En Douce » (Ombres noires) signe là son livre le plus abouti.
Pour faire râler quelques lecteurs de ton blog, le prochain roman de Donald Ray Pollock « Une mort qui en vaut la peine » est moins noir mais tout aussi sublime que « Le diable, tout le temps »
Je pourrai presque te citer tous les auteurs invités !

Quels sont ceux que tu es impatient de rencontrer cette année à Toulouse ?

De par mon métier j’ai la chance de rencontrer beaucoup d’auteurs. Certains et certaines deviennent de vrais potes. Cette année il y en a quelques-uns et quelques-unes qu’il me tarde de retrouver autour de leur livre et/ou d’un verre.

Je suis impatient de rencontrer Donald Ray Pollock, Valerio Varesi, Qiu Xiaolong, Emmanuel Moynot et les autres que je verrai pour la première fois.

Je le suis tout autant !!! on se retrouve donc à Toulouse les 7 ,8 et 9 Octobre pour profiter de tous ces auteurs !!!!  ?

Tope là, rendez vous est pris !!!

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