LA OU LES LUMIÈRES SE PERDENT

DAVID JOY

 EDITIONS 10/18

 

Un trou paumé des Appalaches, en Caroline du Nord. Des routes défoncées, des baraques éparses semées au bout des chemins, un unique collège pour les quelques bourgades du coin, un garage comme point de ralliement de la faune locale.

Le genre de lieu que l’on veut fuir, mais dans lequel vous êtes englué corps et âme, l’espoir coulé dans le béton d’un destin écrit d’avance.

Difficile pour Jacob, 18 ans, de rêver à autre chose, à un ailleurs salvateur, un avenir hors de ce trou à rats qui lui barre l’horizon.

Pour son père Charles, les choses sont claires. Jacob travaillera avec lui. Sauf que son père n’est pas l’épicier du coin. C’est le baron local de la drogue. Un homme craint, pour qui la violence est un mode de management comme un autre.

 Dans le pays, le nom de McNeely calme les plus téméraires et garantit l’impunité.

Pourtant Jacob n’est pas comme son père. S’il a arrêté l’école assez tôt, il montre peu d’engouement à s’investir dans le trafic de drogue dont il mesure les ravages sur sa mère défoncée à la méth. Et ce, au grand désespoir de son père qui ne manque pas une occasion de l’humilier.

 Jacob lui, a l’âme solitaire, il a de toute façon peu d’amis. Il aime s’isoler et contempler ce monde qui l’enserre et l’étouffe. Parfois il s’échappe et d’un promontoire observe de loin ce collège qui ne lui a rien apporté, mais que fréquente encore Maggie.

Maggie c’est le soleil de Jacob. Une fille belle et intelligente dont il est amoureux. Une fille qu’il connait depuis l’enfance, et qu’il espère prochainement voir quitter ce lieu de perdition pour vivre une autre histoire.

Tant pis s’il ne la revoit plus, tant il n’imagine pas un instant pouvoir vivre ailleurs que dans cet endroit perdu des Appalaches. Car il en est convaincu, Maggie a les ailes suffisamment grandes et puissantes pour prendre son envol et s’arracher de ce cet endroit infertile à l’espoir et au bonheur.

Elle est la seule à faire rentrer un peu de lumière dans sa vie. Auprès d’elle, il trouve l’apaisement, s’accorde à s’ouvrir peu à peu et laisser poindre ses sentiments.

Mais les rêves n’ont pas leur place dans ce patelin, et les choses vont très vite aller de mal en pis pour Jacob.

 Une bagarre dans une soirée, où, éméché, il fracasse le petit ami du moment de Maggie, et surtout, son père qui l’oblige à mettre les mains dans le sang pour régler une exécution qui ne s’est pas passée comme elle aurait dû se passer. Et pour couronner le tout, la police qui commence à s’intéresser à lui.

On n’échappe pas à son destin et quand on baigne dans un univers de violence difficile de ne pas un jour y verser tant elle imprègne les cœurs et les esprits. Un destin qui vous colle à la peau comme la poisse qui fait foirer tout ce que vous entreprenez.

Histoire sombre, que celle de Jacob, être déchiré entre l’emprise d’un père ultra violent qui n’en porte que le nom, une terre froide qui le retient prisonnier comme un aimant, et cet amour qui le brûle au contact de la douceur et de la tendresse de Maggie.

À mesure que les événements se précipitent, lui qui n’osait pas imaginer pouvoir un jour quitter cette terre qui l’a vu naître, se surprends finalement à esquisser par moment un futur possible aux côtés de Maggie, jusqu’à prendre conscience que pour gagner son combat et trouver sa place il lui faudra en fin de compte partir.

En aura-t-il encore le temps et la force ?

Le « rural noir » est à la mode en ce moment ! Nul doute que celle-ci perdurera encore longtemps si les romans qui s’inscrivent dans ce sous-genre du roman noir sont de la qualité de celui de David Joy !

À partir du combat intérieur d’un jeune homme de dix-huit ans qui cherche sa place dans ce monde qui l’entoure et qui l’oppresse David Joy nous livre un roman qui porte une dimension tragique en tout point remarquable.

Si ce thème est somme toute assez classique dans le genre, le soin avec lequel l’auteur dessine ses personnages, rend véritablement palpable les émotions et les contradictions qui les parcourent, faisant de « Là où se perdent les lumières » un roman qui sort du déjà lu.

Il y a dans l’écriture de David Joy le souci du détail. Ces petits riens, ces petits gestes qui donnent une dimension humaine, voire chaleureuse, dans cet univers qui en manque terriblement. Certains passages sont d’ailleurs magnifiques, chargés de romantisme, quand d’autres soulignent la noirceur des êtres ou de la vie au fin fond de cette Amérique oubliée.

Notez bien ce nom, David Joy, car on va certainement encore en entendre parler dans les prochaines années !

 

8 Commentaires

  1. Salut mon ami, ça fait un bout de temps que j’ai lu ce très bon polar. Comme d’habitude, ton avis est parfait et on attend son prochain roman, effectivement. Amitiés

    • La petite souris

      salut mon Pierre ! Un ateur qu’il va falloir suivre, tu sais comme j’aime la belle écriture, et cet auteur m’a comblé en la matière ! 😉

  2. Michel Lamorlette

    Ce roman , sans l’avoir lu , mais d’après le résumé , me fait penser au film  » les brasiers de la colère  » pour ceux qui connaissent , un film culte pour moi ! Qu’en pensez-vous ?

    • La petite souris

      il me semble avoir vu ce film, pour ce que je m’en rappelle les histoires me semblent tout de même assez différente. Ils ont cependant en commun la noirceur de l’histoire qu’ils racontent. Il faudrait que je revois ce film pour me rendre vraiment compte de votre comparaison ! En tout cas merci de l’avoir évoqué, vous avez titillé ma curiosité !!! 🙂

  3. Je l’avais lu peu avant sa parution, et je l’avais beaucoup apprécié.

  4. Jonas Milk

    Petite souris, ta critique oh combien bien écrite me donne envie de lire ce polar. Merci.

    • La petite souris

      oh que c’est sympa ca ! merci Jonas ! surtout n’hésite pas à revenir me dire ce que tu auras pensé du roman quand tu l’auras lu ! 🙂

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