PARFOIS C’EST LE DIABLE QUI VOUS SAUVE DE L’ENFER

 

JEAN PAUL CHAUMEIL

ÉDITIONS ROUERGUE

 

Après le sublime « Par les rafales » de Valentine Imhoff avant les vacances , nouvelle lecture aux éditions du Rouergue.

Nous avions fait la connaissance de Jean Paul Chaumeil avec son premier roman Ground Zéro publié en 2015.

Une belle surprise à l’époque avec une histoire qui se lovait dans la grande, menée tambour battant, bourrée d’actions, et qui nous avait bien séduit alors.

Avec « Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer », changement de décors et de personnages.

Avec malgré tout un point commun entre les deux livres : les évènements du 11 septembre.

 Jean Paul Chaumeil ne s’en cache pas, cette tragédie l’a profondément marqué et donné beaucoup à réfléchir. Si la trame de son premier livre se passe précisément pendant l’attaque terroriste, dans son second le point d’attache à ce fait de portée mondiale est la femme de Boris, personnage principal, morte dans cette catastrophe.

Une mort qui a conduit Boris sur les terres d’Asie centrale où il a combattu les talibans, servi la vengeance à bout de fusil et de lame de couteau.

Sa haine épuisée sur les contreforts des montagnes afghanes, il est revenu en France, à Bordeaux où on le retrouve détective privé.

Entre temps sa fille Julia lui a échappé, élevée en son absence par sa tante. Aveuglé par sa colère et sa soif de vengeance il ne l’a pas vu grandir ni prendre des chemins qu’il lui aurait sans doute déconseillé d’emprunter.

Quinze ans se sont écoulés. Un soir, Boris intervient dans une rixe anti-homos au cours de laquelle un homme meurt, balancé par-dessus un pont. A cette occasion il fera la connaissance et se liera par la suite d’amitié avec Manuel, qui passait par là et le seconde dans son intervention.

Mais ce qui apparaissait au début comme une bagarre qui tourne mal va s’avérer être en fait une véritable embuscade.

Boris, qui a des contacts dans la police, notamment avec un commissaire, va apprendre que la personne décédée au cours de la rixe était  un officier infiltré dans les milieux d’extrême droite.

Plus inquiétant encore, sur une vidéo que lui montre le policier, Boris reconnait sa fille aux côtés du principal suspect, un leader particulièrement violent d’un groupuscule identitaire.

Cette colère que Boris pensait avoir expurgée de son esprit refait violemment surface. Sentant le danger celui-ci est bien décidé à sauver sa Julia des griffes de ce groupuscule.

Aidé de Manuel, un ancien des FARC, et d’une journaliste, il se lance dans une quête effrénée pour retrouver sa fille. D’autant qu’au fil de ses investigations, il semble bien que son groupe projette de perpétrer des actes anti-musulmans à très brève échéance.

Jean Paul Chaumeil signe un roman efficace, rempli à la fois de testostérones et de passages touchants, plus intimes, mettant en abîme un homme brisé face à une réalité qu’il n’aurait jamais cru possible.

Alors que sa femme était plutôt gauchiste, que lui a combattu l’obscurantisme religieux à l’autre bout du monde, comment sa fille a-t-elle pu verser dans l’extrémisme droitier ? Quelle part de responsabilité est la sienne dans ce fiasco ? Ne lui a-t-il transmis au final que sa haine ?

C’est dans le milieu de l’ultra-droite que l’auteur plonge son lecteur, et il le fait fort habilement montrant la montée progressive de ces groupes identitaires, le glissement inéluctable de Julia, dans cette mouvance prête à passer la frontière du terrorisme.

Le roman ne manque pas de rythme, les personnages sont suffisamment denses et bien travaillés pour que le lecteur accepte de les suivre dans leurs aventures. Pourtant …

Pourtant même si j’ai pris plaisir à lire ce roman, je ne suis finalement pas aussi convaincu que j’avais pu l’être à l’occasion du premier livre de Jean Paul Chaumeil.

 Certes c’est bien écrit, rien à redire de ce côté-là, le scénario est bien huilé et se déroule de manière fluide.

Mais justement, parfois cela me semble un peu cousues du fil blanc. Il ne faut pas être devin pour anticiper la suite de l’histoire et deviner comment les choses vont se terminer. Ce côté prévisible altère l’impression générale que l’on peut avoir du roman.

Pas de quoi cependant s’éloigner de ce roman qui reste de très bonne facture.

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