WHALEFALL

08 avril 2026

Roman de

Daniel KRAUS

Édité chez

Rivages

Date de sortie
7 janvier 2026
Genre
Policier
Pays de l'auteur
U.S.A.
Avis

ACQUISITION: LIBRAIRIE

J’ignore encore quelles surprises littéraires nous réserve le reste de l’année 2026, mais pour moi, une chose est sûre, il y a peu de chance qu’un roman me surprenne autant que « Whalefall » !

Il n’y a rien de comparable à ce récit impressionnant d’originalité, admirablement bien construit, et doté d’un scénario impeccablement déroulé.

Jay a dix-sept ans et une idée qui frise la folie, celle de plonger seul dans le Pacifique pour retrouver les ossements de son père.

Mitt Gardiner, plongeur de légende, homme de la mer jusqu’à l’obsession, s’est en effet suicidé quelques mois plus tôt . Il a lesté son corps et s’est laissé couler, refusant de laisser un cancer décider pour lui.

Jay, lui, n’était pas venu le voir quand il était malade. Et le poids de la culpabilité, ne le quitte plus.

Alors il enfile sa combinaison, vérifie ses bouteilles,  une heure d’air, pas plus,  et il plonge.

Alors bien sûr, ce qui arrive ensuite va vous sembler surréaliste, peu crédible, incroyable !

Car Jay va d’abord se retrouver nez à nez avec un immense calamar, lui-même pris en chasse par un cachalot. Et Jay qui disparaît, vivant, dans le ventre de la bête.

Qu’est-ce que je vous disais ? Difficile à croire, n’est-ce pas ?

Et pourtant, croyez-moi les amis, sous la plume de Daniel Kraus, vous allez vite être pris par la suite de l’histoire.

L’auteur va vous embarquer dans une expérience d’une densité rare, à la fois physique et sensorielle, qui va très vite  dépasser le simple cadre du thriller.

Pendant que Jay s’enfonce dans les entrailles du cachalot, centimètre par centimètre, dans la chaleur, l’obscurité et une viscosité que l’auteur décrit avec une précision qui peut donner  jusqu’à la nausée , ses souvenirs, eux, remontent à la surface.

Son père. Toujours son père. Cet homme trop grand, trop fort, trop tout, qui n’a jamais su aimer son fils autrement qu’en le dominant et  l’écrasant . A l’image de l’intérieur du cachalot, devenu une matière étouffante, une contrainte et une oppression.

Impossible en effet,  de ne pas y voir une forme de prolongement du père. Une dernière confrontation, sans échappatoire possible.

Cette présence immense, aveugle, qui broie sans même s’en apercevoir. On comprend pourquoi Jay l’identifie et pourquoi il ne peut pas s’en extraire sans d’abord comprendre ce qu’il y cherche.

Alors on progresse avec Jay dans cette obscurité épaisse, au rythme d’un souffle qui se raréfie.

Le roman fait dialoguer deux mouvements contraires. Une lutte immédiate pour survivre d’un côté, et de l’autre une remontée progressive des souvenirs. Le corps est piégé, mais l’esprit, lui, est libre et il travaille.

Chaque fragment du passé devient une ressource possible pour agir.

Le compte à rebours, lui,  est implacable. La pression d’air indiquée à chaque début de chapitre devient une obsession, presque une unité de mesure de l’angoisse.

Et pourtant, paradoxalement, le temps ne file pas. Au contraire,  Il s’étire et se déforme, ce qui participe à ce sentiment d’oppression que le lecteur ressent au fil des pages.

Le texte assume aussi une dimension sensorielle très marquée par moments, presque éprouvante.

Ce n’est pas une lecture des plus confortables, et c’est précisément ce qui la rend mémorable.

On ne reste pas à distance,  on est pris dedans. Le lecteur aussi est coincé dans le corps de ce mastodonte marin, écrasé par cette masse organique, à observer au plus près les moindres mouvement de Jay pour s’extraire . Presque se surprendra-t-il à maitriser sa respiration par moments.

Daniel Kraus écrit avec une énergie et une générosité rares, s’appliquant à vous faire ressentir chaque effort de Jay, chaque douleur, chaque bouffée d’air qui compte double. Et croyez-moi, il y parvient à la perfection !

Whalefall est un roman qui vous prend par les épaules et ne vous lâche pas.

Une histoire de survie, certes, mais surtout une histoire de deuil, de colère rentrée, et de ce moment où l’on finit par entendre quelqu’un qu’on n’a jamais vraiment écouté.

Jay, dans le noir absolu d’un estomac de soixante tonnes, apprend enfin à connaître son père. Et nous, on apprend avec lui, revivant certaines scènes de son enfance. Le cœur battant, les mains moites, incapables de poser le livre.

Un roman unique en son genre !

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