Anna McPartlin nous transporte dans le comté de Kerry, en janvier 1980, sous un ciel irlandais bas et battu par le vent de l’Atlantique.
Sur une plage, on retrouve un nourrisson sans vie dans les dunes. D’emblée, quelque chose se referme autour de l’affaire. Les regards se baissent, les bouches se taisent.
L’enquête qui s’ouvre alors n’est pas tout à fait celle qu’on attendait. Bien sûr, il y a une mort, des suspects, des interrogatoires menés tambour battant par une équipe venue de Dublin, pressée d’en finir et peu encline à s’attarder sur les détails.
Mais au cœur de tout cela, une femme, Mary Shea, policière locale, qu’on cantonnait jusqu’alors aux rapports à taper, au thé à préparer, et qui progressivement va s’imposer comme la seule à voir juste dans cette affaire.
Car elle seule sait écouter. Parce qu’elle comprend d’instinct que dans ce pays-là, à cette époque là, les femmes ne parlent pas à n’importe qui.
Le titre du roman prend alors tout son sens . Les silencieuses, elles sont partout. Ce sont ces épouses qui s’effacent, ces mères qui dissimulent, ces filles qu’on enferme pour préserver l’honneur familial.
L’Irlande catholique des années 1980 que décrit McPartlin est un monde où le qu’en-dira-t-on tient lieu de loi, où la honte circule de foyer en foyer comme une maladie dont personne ne prononce le nom.
McPartlin choisit une écriture contenue, sans grands effets ni démonstrations appuyées.
On peut parfois lui reprocher quelques longueurs, à moins de considérer que celle-ci épouse le rythme de cette société là, qui avance lentement, qui résiste, qui n’abandonne ses secrets qu’au compte-gouttes.
Et puis il y a malgré tout dans ce texte une chaleur sourde, celle des personnages qu’on finit par tenir en affection presque malgré soi.
Mary Shea, justement, qu’on ne la lâche pas. Téméraire, certes, mais aussi prudente. En colère, mais capable de ravaler celle-ci au bon moment. Lucide sur le système qui l’opprime, mais assez habile pour en jouer sans se renier.
On sait, en lisant, que le livre s’inspire d’un fait divers authentique, un de ces drames qui ont marqué l’Irlande en profondeur et laissé des traces durables dans la mémoire collective.
Cela ajoute un poids dramatique supplémentaire à chaque page. Ce n’est pas de la fiction pure , c’est une reconstruction, une tentative de donner voix à ce qui n’a pas été dit, de rendre visible ce qu’on a voulu enterrer avec une enquête bouclée trop vite.
Au bout du compte, “Les Silencieuses” dépasse largement le cadre du simple polar. À travers cette enquête, Anna McPartlin semble surtout chercher à faire remonter à la surface une mémoire longtemps étouffée, celle de femmes sacrifiées au silence, au jugement moral et à l’effacement.
Ce que raconte finalement le roman dépasse largement la responsabilité d’un seul coupable. Peu à peu, c’est toute une société qui finit par apparaître en arrière-plan du drame.
Et c’est sans doute cela qui reste le plus marquant de ce roman lorsqu’on le referme.
ACQUISITION: SERVICE PRESSE


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