LE CANTIQUE DU CHAOS

14 mars 2026

Roman de

Mathieu BELEZI

Édité chez

Robert Laffont

Date de sortie
21 août 2025
Genre
Autre
Pays de l'auteur
France
Avis

ACQUISITION: LIBRAIRIE

C’est à un étrange voyage que je vous invite, à travers la découverte du roman de Mathieu Belezi.

Pour être honnête, je n’avais pas prévu de m’y intéresser, et c’est après la lecture de deux articles de presse que ma curiosité s’est trouvée suffisamment titillée pour que je me le procure.

Dans Cantique du chaos, Mathieu Belezi projette le lecteur dans un monde déjà défait, un monde qui n’attend plus sa chute mais qui vit dans son après.

Le roman s’ouvre sur une certitude implacable, celle que la catastrophe a eu lieu. Elle a emporté des milliards de vies, dévasté les paysages, fracassé les structures politiques et morales.

@icheinfach

 Ce qui subsiste n’est pas un monde à reconstruire, mais un champ de ruines où s’imposent la loi du plus fort, la violence étatique et la survie nue.

Au cœur de ce paysage ravagé avance Théo Gracques. Ni héros ni simple survivant, c’est un homme en fuite, d’abord intérieurement. Il se retire sur une île avec une idée fixe, celle de disparaître, de s’extraire du vacarme des hommes, d’attendre la mort à distance du chaos.

Mais cette tentative d’effacement est vouée à l’échec. Le monde ne laisse personne hors de portée.

La rencontre avec Chloé et ses deux enfants, Joan et Hugo, fissure cette solitude choisie. À partir de là, Cantique du chaos devient un récit de déplacement contraint. La fuite reprend, plus vaste, plus dangereuse.

@michael-noel

L’île est à son tour investie par la violence politique. Camps, miradors, soldats. La dictature s’étend jusque dans les marges. Il faut repartir. De l’Europe vers l’Amérique, puis vers l’Amérique du Sud, dans un mouvement qui n’a rien d’une quête héroïque mais tout d’une errance sous pression.

Ce voyage n’a rien de libérateur. Les paysages traversés portent la marque du désastre climatique et de l’effondrement social.

Partout, des villes éventrées, des territoires abandonnés, des populations livrées à une violence sans frein. Les enfants eux-mêmes semblent façonnés par ce monde sans règles, pour qui la brutalité n’est plus une transgression mais une norme.

L’auteur n’idéalise pas cette survie. Il en montre au contraire la laideur, la fatigue morale, l’usure des corps et des consciences.

Théo traîne un passé lourd, progressivement révélé. La violence qu’il fuit n’est pas seulement celle des régimes totalitaires ou du monde d’après. Elle est aussi en lui.

Les apparitions récurrentes d’êtres aux yeux rouges, figures hallucinées et obsédantes, matérialisent une culpabilité qui ne se dissout pas dans l’exil.

Le roman questionne sans relâche la possibilité d’une rédemption. Peut-on cesser d’être ce que l’on a été dans un monde qui encourage à replonger dans la sauvagerie ?

Mathieu Belezi adopte une prose radicale, débarrassée des points et des majuscules, scandée par les virgules et les retours à la ligne. Ce flux verbal crée une tension constante, un sentiment d’urgence qui sert une vision, celle de l’emballement du monde, la perte de repères, la difficulté à reprendre son souffle.

Cette écriture ménage pourtant des moments de grâce, notamment dans les descriptions de la nature ou dans les poèmes insérés au fil du texte, souvenirs d’un autre voyage, d’un autre amour, d’un autre temps. Ces respirations n’annulent cependant pas la noirceur du roman.

Cantique du chaos n’est ni une dystopie spectaculaire ni un roman post-apocalyptique ordinaire. C’est une méditation rude sur notre présent projeté dans un futur à peine décalé.

           @michael-noel

Catastrophe climatique, dérive autoritaire, brutalisation des rapports humains, tout ce qui est raconté trouve déjà ses prémices dans le réel. C’est en cela que le roman dérange. Il ne décrit pas un monde impossible, mais un monde plausible.

En suivant l’errance de Théo Gracques, Belezi interroge la résistance individuelle quand toute cause collective semble perdue.

Errer devient alors une forme de refus. Écrire aussi, sans doute. La littérature apparaît comme un ultime bastion, non pour sauver le monde, mais pour préserver une part d’humanité dans un univers qui s’acharne à la nier.

Roman exigeant et profondément incarné, Cantique du chaos s’impose comme une œuvre originale et puissante, portant en elle autant de noirceur que de poésie, autant de fureur que de beauté.

Belle découverte donc, que ce roman et cet auteur que je ne connaissais pas jusqu’ici, et dont je guetterai sans nul doute, son prochain livre !

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