LE VENT SOMBRE

28 avril 2020

Roman de

Tony Hillerman

Édité chez

Rivages

Date de sortie
1 avril 1982
Genre
Policier
Pays de l'auteur
U.S.A.

Connaissez-vous Tony Hillerman ? Les vrais amateurs de romans noirs me répondront assurément que oui, car s’il est des auteurs incontournables du genre dans la littérature américaine contemporaine, Hillerman est sans aucun doute de ceux-là.

Décédé en 2008 à l’âge de 83 ans, il laisse derrière lui une œuvre majeure, originale et forte.

Suivre les traces de Tony Hillerman c’est d’abord découvrir des cultures que nous ne connaissons pas (et la plupart des Américains non plus ), celles des Indiens hopis et navajos.

C’est d’ailleurs le jeune shérif navajo Jim Chee, apparu dans un précédent roman, que nous retrouvons au cœur de cette histoire.

Tout démarre par une simple affaire de vandalisme perpétré à plusieurs reprises contre un moulin situé sur un terrain ayant appartenu conjointement aux navajos et aux Hopis, avant que ces derniers n’en deviennent les uniques propriétaires par rendu de justice.

Peu d’indices sur place. Jim Chee décide alors d’y passer une nuit en espérant prendre le coupable sur le fait. Mais au cours de celle-ci, c’est l’accident d’un petit avion qui déchire le silence nocturne.

 En se rendant sur les lieux , le policier y découvre trois corps, dont un curieusement mort par balle.

L’affaire sent les narcos à plein nez. D’ailleurs il ne faudra pas longtemps pour que la DEA fasse son apparition dans le décor.

Très vite Jim Chee est mis sur la touche. Ce n’est plus son affaire, d’autant qu’il fait le parfait suspect du détournement d’une grande quantité de cocaïne qui a disparu de l’avion.

Rajoutez à cela un vol de bijoux et la découverte peu de temps avant, non loin du moulin à vent que surveillait Jim Chee, d’un cadavre dont les blessures laisseraient à penser qu’il s’agirait de l’œuvre d’un sorcier, et nous avons là tous les ingrédients d’une histoire passionnante qui va associer mythologie indienne et réalité contemporaine.

Tony Hillerman était un fabuleux conteur !

A un sens inné de l’intrigue et de la narration, vient s’ajouter une érudition sur la culture indienne qu’il met au service de son imagination littéraire.

Mais là où d’autres utilisent le folklore local comme un faire-valoir ou pour donner une touche d’exotisme à leur texte souvent sans relief, Tony Hillerman en fait une composante à part entière de l’univers dans lequel il bâtit son œuvre.

S’en dégage alors une atmosphère très particulière qui imprègne chacun de ses romans.

Au fil des pages, le lecteur marche sur cette frontière entre deux visions du monde, celle indienne ( des Hopis ou des Navajos) et celle des blancs.

Sans jamais verser dans le discours encyclopédique, Hillerman lui fera découvrir les querelles indiennes, les peuples déracinés de leurs terres ancestrales pour en accueillir d’autres. Il mettra dans ses mots et dans ses personnages une part de la théologie Hopi.

A l’agitation et la vitesse du monde moderne, s’oppose la patience calme et sereine d’un Jim Chee qui va mener de front ces différentes enquêtes de manière méthodique, prenant le temps de réfléchir et d’analyser chaque élément qu’il trouve au cours de ses investigations.

Et cette rigueur, on la retrouve dans l’écriture méticuleuse de l’auteur que ce soit pour décrire cette réflexion, ou les espaces sauvages et grandioses dans lesquels se mouvent les divers personnages.

Car lire les romans d’Hillerman c’est aussi prendre un grand bol d’air, en pérégrinant à travers la région des « Four Corners » aux confins de l’Utah, de l’Arizona du Colorado et du Nouveau Mexique.

Avec parfois, au détour de la description d’un paysage, une rencontre avec la poésie d’un auteur humaniste, amoureux de cette terre et des hommes qu’elle porte.

On sent le vent qui court sur la terre, la poussière qui se soulève et cette chaleur écrasante qui alimente une sécheresse qui ne cessera pas tout du long du roman.

Cet amour, il transpire dans la galerie de personnages auxquels l’écrivain a donné vie sous sa plume et façonnée avec ses mots, à l’image de Jim Chee, jeune officier dans la police tribale Navajo , qui au fil des romans, cherche l’harmonie entre les traditions ancestrales et sa culture moderne acquise à l’université.

Des personnages uniques, profonds, rarement rencontrés, qui témoignent aussi de la brutalité du monde qui les entoure.

La violence, l’alcoolisme, la déstructuration sociale, la misère, autant d’ingrédients sur la palette de l’auteur qui lui permettent aussi de peindre un tableau sombre de la réalité américaine en générale, et Amérindienne en particulier.

Pour les Hopis le vent sombre c’est la folie. Et sur cette terre il peut souffler parfois très fort.

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