LES DERNIERS JOURS DES GRANDS FAUVES

13 mars 2022

Roman de

Jérôme LEROY

Édité chez

La manufacture de livres

Date de sortie
3 février 2022
Genre
Roman noir
Pays de l'auteur
France
Avis

Les Français ne vont plus voter, mais ils adorent la politique. C’est sans doute pour cela que le roman noir à connotation politique a toujours occupé depuis les années 70, et à la suite de Patrick Manchette, une place privilégiée dans le paysage littéraire.

Jérôme Leroy n’est pas un inconnu pour celui qui apprécie le genre. Il y a quelques années, il publiait dans la « Série noire » de Gallimard, « le bloc », un texte remarquable qui dressait le portrait d’une France en déliquescence, rongée par les conflits sociaux et qui voyait l’extrême droite aux portes du pouvoir.

Dix ans plus tard, la France ne va pas mieux. Le pays est pourtant dirigé par une femme, Nathalie Séchard qui, à la surprise générale, est parvenue à se faire élire au nez et à la barbe des vieux caciques de la politique française, qui n’ont rien vu venir.

Ex-socialiste, elle a su se jouer des partis traditionnels et agréger sur son nom des soutiens issus de tout horizon, de droite comme de gauche, pour gagner avec la promesse de gouverner autrement. Déterminée, compétente, elle n’aura pas ménagé sa peine.

Mais cinq ans après, celle que certains appellent « la cougar blonde », pour avoir épousé un homme de près de trente ans plus jeune qu’elle, n’y croit plus. Il y a d’abord eu les « gilets jaunes » qui sont descendus dans la rue avec son cortège de revendications et de destructions.

Et puis cette pandémie qui s’est abattue sur la France, l’obligeant à prendre des mesures de confinement sévères.

Pire, sous son quinquennat les inégalités se sont accrues, les riches auront été ceux qui en auront le plus profité. Dans le pays, les populismes font feu de tout bois, et la violence qui surgit vient témoigner de la fragilité d’un système politique  à bout de souffle.

Alors Nathalie Sèchard a décidé de passer la main, de ne pas se lancer pour un second mandat.

Dans l’opposition, où l’extrême droite est toujours omniprésente dans le paysage politique, et dans sa propre majorité, on fourbit les armes pour s’emparer de ce pouvoir qui ne demande qu’à être conquis. Les fidélités s’étiolent et les ambitions s’exacerbent.

Tandis qu’elle pousse Guillaume Manerville, son ministre de l’Écologie, à se lancer pour lui succéder et poursuivre l’œuvre entreprise, dans l’ombre, Patrick Bauséant, son ministre de l’Intérieur, qui représente l’aile droite de son gouvernement, est déjà à la manœuvre pour avancer ses pions.

Ancien parachutiste et baroudeur ayant fréquenté en son temps les réseaux de Charles Pasqua, celui-ci n’hésite pas à user de tous les coups tordus, y compris les plus immoraux pour parvenir à ses fins.

On va alors assister à la violence d’une lutte où le pouvoir ne vaut plus que pour lui-même, où l’intérêt du collectif se dissout dans l’ambition égoïste et personnelle de « fauves » qui sont prêts à tout pour le garder ou le conquérir.

Et le combat va être féroce.

Jérôme Leroy a souvent recours dans son œuvre à l’uchronie. C’est encore le cas ici, mais sans jamais trop s’éloigner de la réalité, ce qui donne à son récit, une importante puissance évocatrice, et renforce l’inquiétude sourde qui s’empare du lecteur, quand celui-ci fait la connexion avec notre réalité sociale et politique actuelle.

il ne manquera pas en effet de voir un grand nombre de similitudes avec la France d’aujourd’hui, à commencer par le parcours de cette présidente, qui ressemble fort à une version féminine d’un certain Emmanuel Macron.

 Observateur de l’évolution de notre société et connaisseur affûté des rouages de notre monde politique, Jérôme Leroy n’a pas son pareil pour nous brosser le portrait de cette France en perte de repères.

Il sait en souligner les maux et les bouleversements qui la touchent, remontant jusqu’aux années 70 pour retracer la décrépitude d’un tissu industriel du nord de la France, qui nourrira bien des rancœurs, et dont la traduction finira par se lire dans les urnes. Ici, comme ailleurs.

Rien ne lui échappe. Il renvoie une image de la politique française des dernières décennies sans concession, de l’ambition personnelle des uns, à la porosité aux idées extrêmes des autres. Il bouscule, et facétieux, interpelle même parfois directement son lecteur au détour d’un paragraphe.

Narrant les parcours respectifs de ses personnages il en délivre toute leur complexité.

Dans ce maelström marqué par des attentats et des assassinats, où les manipulations rivalisent avec les compromissions, qui s’inscrit qui plus est dans un contexte de dérèglement climatique très prégnant, difficile d’y trouver un peu d’humanité.

Elle n’en est fort heureusement pas absente. Cette lumière qui perce dans cet horizon gris viendra de Clio.

Fille de Guillaume Manerville, amoureuse d’un jeune écrivain, elle entretient avec lui une complicité touchante, sous l’œil bienveillant de ce Capitaine, homme de l’ombre qui veille sur elle depuis toujours.

Insouciante, idéaliste comme son ministre de Père, elle offre encore des raisons d’espérer, de croire en des jours meilleurs, et que les choses peuvent changer et aller dans le bon sens.

Remarquable en tout point, le roman de Jérôme Leroy, avec son style bien à lui, est un livre impressionnant qui donne à réfléchir sur le chemin que pourrait emprunter un jour notre société si nous n’y prenons pas garde.

Le monde politique n’est pas un panier de crabes, comme on l’entend souvent, mais bien une arène de fauves où l’avenir d’un pays pourrait un jour se jouer sur l’ambition démesurée de quelques-uns, parfois prêts à tout pour en prendre les commandes.

« Les derniers jours des grands fauves » est un texte qui fait mouche. C’est aussi un appel à la vigilance.

ACQUISITION: SERVICE PRESSE

4 Commentaires

  1. Jean

    Coucou Bruno,

    Très, très belle chronique d’un roman sur lequel je lorgne depuis sa sortie et que je vais me procurer sans tarder. J’aime beaucoup la politique en France, non qu’elle soit glorieuse mais elle est beaucoup plus lisible qu’en Belgique. Et ne me demande pas en retour de t’expliquer notre patchwork institutionnel, c’est beaucoup trop indigeste. Et puis, même s’ils n’ont pas grand-chose à dire, les hommes politiques français s’expriment bien mieux que les nôtres, ce qui leur confère « une aura immédiate ». Rassure-toi, je ne suis pas dupe, comme tu le dis très bien, l’ambition du pouvoir et celle de s’y maintenir effacent à peu près tout le reste. Une lutte où tous les coups sont permis. A cet égard, la trilogie sarkozienne de Benjamin Dierstein est éloquente et fait froid dans le dos. Bises, mon ami.

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    • La petite souris

      OH que je suis heureux de te lire à nouveau mon ami !!! ça fait bigrement plaisir ! j’espère que tu vas bien ! je ne sais pas si nos hommes politiques à nous, français, s’expriment mieux que les vôtres, toujours est il qu’il nous donnent parfois un spectacle bien pathétique. Pour autant, naïf peut être je suis, je ne les mets pas tous dans le même panier. Je reste persuadé qu’il y en a beaucoup qui ont le souci du bien commun.Quant à la vie politique Belge, je la suis de très loin, mais je t’avoue que j’ai découvert l’émission  » le grand cactus » qui me bidonne de rire et qui se moque souvent des hommes politiques de ton pays 😉

      Réponse
  2. dasola

    Bonjour La petite souris, je suis fan de Jérome Leroy depuis Le bloc. J’adore son écriture et Les derniers jours des fauves est vraiment un grand roman qui se lit d’une traite ou presque. Quel talent! Bonne journée.

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    • La petite souris

      Kikou Dasola, tu as entièrement raison ! Leroy est un de nos tout meilleurs auteur de roman noir politique ( je préfère ce terme à celui de thriller politique) !!il me tarde dejà son suivant !! 🙂

      Réponse

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