LES YEUX FUMES

18 octobre 2020

Roman de

Nathalie SAUVAGNAC

Édité chez

JC Lattès

Date de sortie
4 septembre 2019
Genre
Roman noir
Pays de l'auteur
France
Avis

-Tu sais ce qu'il y a ici, qui tue à petit feu?
-Non
-C'est le vertical.Tout est vertical quand tu regardes autour de toi. Ya plus d'horizontal.Ils ont bouffé l'horizon, ici. C'est ce qui tue sans qu'on s'en rende compte. Tu as déjà été à la mer Baboo?

J’ai une prédilection pour les romans où la noirceur est d’un vif ardent. Et celui de Nathalie Sauvagnac rentre parfaitement dans cette catégorie que j’affectionne tout particulièrement.

Il s’appelle Philippe et habite une cité où la seule note de poésie est le nom de fleurs que portent les barres d’immeuble de son quartier.

A 20 ans, il vit avec les siens. Un frère aussi beau qu’il est abruti, un père taiseux gommé par l’omniprésence d’une mère régnant en dictateur sur son petit univers et qui déteste Philippe autant qu’elle adore son crétin d’ainé.

Quand on a 20 ans, on a des rêves plein la tête. Pas Philippe.

Ayant quitté très vite le lycée, il zone dans les rues de ce quartier qu’il connait comme sa poche avec ses quelques potes, parmi lesquels Bruno.

Bruno c’est l’ami qui lui apporte un peu de lumière. Il a parcouru les continents, alors il raconte cette vie de bourlingueur tout en profitant de son auditoire pour boire à l’œil et loger chez les uns et les autres.

Qu’importe si ce qu’il décrit est vrai ou non, ce qu’il offre à entendre donne une idée de ce que peut être le monde, celui auquel les habitants d’ici n’appartiendront jamais et où ils ne mettront jamais les pieds. Un rayon de lumière fugace qui s’écrase irrémédiablement sur les barres verticales du quartier.

Ainsi va la vie dans la cité où l’ennui stérilise l’espoir, où l’avenir est un désert aride où il est difficile de trouver le chemin qui mène à la mer.

Les choses passent, se reproduisent inlassablement. Le disque rayé d’une existence qui recommence chaque jour la même petite musique morne.

Pourtant un jour Bruno va tomber amoureux d’une déesse. C’est ce qu’il prétend.

 Philippe,  intrigué ,veut cette fois en avoir le cœur net au sujet de son ami. Alors il le surveille de loin quand celui-ci a rendez-vous avec elle.

Ce qu’il verra va le bouleverser. Lui qui mettait le monde à distance va pénétrer de plain-pied dans la réalité, déclenchant sans le savoir le compte à rebours de sa propre destinée.

C’est un curieux personnage que nous propose de découvrir Nathalie Sauvagnac.

Philippe n’a rien de l’image stéréotypé du jeune de banlieue. Ici point de petit caïd, de drogue ou de voitures brûlées pour manifester une colère contre une société qui ne veut pas de vous.

Philippe subit, il ne se révolte pas.

Les tours de sa cité sont autant de barreaux dressés pour obstruer son horizon et le cloisonner lui et les autres habitants du coin, dans cette vie assommée par l’ennui et le désœuvrement.

Un enfermement où l’enfance ne débouche sur rien, si ce n’est un vide sidéral ou rien ne vous permet de devenir un homme.

À travers son regard parfois empreint d’un humour acéré, Philippe nous donne voir l’intimité de son quartier, où l’errance , la violence et la débrouille tiennent lieu de vie ordinaire.

Une vie de frustration à ne jamais pouvoir, à devoir mutiler ses propres aspirations et accepter cette vie de relégation.

Mais si Philippe ne se révolte pas, s’il semble détaché de l’univers dans lequel il vit, il n’en reste pas moins un garçon d’une acuité intellectuelle avérée et d’une grande sensibilité.

Un cœur bat en lui.

Et qu’elle arme plus dangereuse que le cœur d’un homme quand le venin de cette vie dénuée de sens parvient à l’atteindre ?

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