RUN

24 janvier 2026

Roman de

Blake CROUCH

Édité chez

Gallmeister

Date de sortie
8 octobre 2025
Genre
Thriller
Pays de l'auteur
U.S.A.
Avis

Mettez vos baskets , et accrochez vous car ce n’est pas à une ballade bucolique que je vous invite !

Avec “Run”, Blake Crouch plonge son lecteur dans un monde qui bascule dans le chaos sans prévenir. Pas de montée progressive vers la catastrophe, pas de long préambule explicatif. Le roman s’ouvre sur l’urgence, sur le bruit et sur la fuite.

Une famille ordinaire découvre qu’elle est devenue une cible. Dès lors, la question n’est plus de comprendre mais simplement de rester en vie.

Jack Colclough, sa femme Dee et leurs deux enfants quittent donc Albuquerque à la hâte.

Très vite, les routes se transforment en pièges. Le danger ne porte pas de visage unique, il est diffus, mouvant, omniprésent. Des barrages improvisés surgissent au détour d’un virage, des groupes armés apparaissent sans explication, des silhouettes guettent, prêtes à tirer sans raison apparente. L’Amérique décrite par Crouch n’est plus un pays mais un territoire de chasse, fragmenté, vidé de ses repères.

L’auteur fait le choix radical de ne presque rien expliquer. Les causes du chaos restent floues pendant une grande partie du récit et, même lorsqu’un début de réponse se dessine, il demeure secondaire.

“Run” ne cherche pas à raconter l’origine d’une catastrophe mais ses effets immédiats sur des individus pris au piège. Le lecteur avance dans la même ignorance que les personnages, privé de recul, condamné à avancer à l’aveugle.

Une station-service abandonnée, une maison vide, une forêt où se cacher pour la nuit, chaque halte est un sursis précaire.

L’essence vient à manquer, la nourriture se fait rare, le froid et la fatigue s’installent. La peur, elle, est omni présente. Le texte progresse à un rythme presque obsessionnel, fait de courses, de cachettes et de départs précipités. On a le sentiment qu’un arrêt prolongé serait synonyme de mort.

Jack agit avant tout comme un père qui protège, parfois jusqu’à l’excès. Dee, elle, tente de maintenir un semblant d’unité familiale alors que tout se désagrège autour d’eux. Quant aux enfants, ils se retrouvent confrontés à une violence sans filtre, trop tôt, trop brutalement.

Blake Crouch ne cherche pas ici la complexité psychologique. Les personnages sont construits avant tout comme des figures en mouvement, soumises à une urgence permanente.

 Le roman privilégie l’action et la tension à l’exploration intérieure. Ce choix a ses limites mais il correspond à la logique du récit. Dans un monde qui s’effondre, il n’y a pas toujours de place pour les longues analyses intérieures.

“Run” assume pleinement sa dimension de «  page turner ». Le thème n’a rien de neuf. Une famille traquée dans un pays devenu hostile, la violence généralisée, la survie comme unique horizon.

Tout cela a déjà été largement exploité, mais pourtant, le roman fonctionne à merveille !

Blake Crouch sait installer des situations, organiser l’espace, maintenir une tension qui ne retombe presque jamais.

On lit moins pour être surpris que pour savoir comment chaque obstacle sera franchi. Pour ma part, ce roman m’a tenu éveillé jusqu’à trois heures du matin, simplement parce qu’il était difficile de le lâcher.

Mais il est important de replacer ce livre dans la trajectoire de son auteur.

“Run” est un premier roman, écrit avant les constructions plus ambitieuses et les concepts vertigineux qui feront ensuite sa réputation. On y retrouve déjà son goût pour les récits très visuels, presque cinématographiques, son sens du découpage et des scènes à haute intensité.

Mais on y perçoit aussi ses limites de l’époque, notamment un univers qui manque parfois d’épaisseur et des personnages qui restent au service du mouvement plutôt que d’une véritable profondeur.

Cela n’empêche en rien le plaisir de lecture. “Run” ne cherche pas à être un grand roman d’idées ni une méditation sur l’effondrement du monde. Il propose une expérience de survie brute, directe, sans ornements inutiles. Le récit avance comme ses personnages, sans s’arrêter, avec pour seule boussole la nécessité d’aller plus loin.

Ce n’est sans doute pas le roman le plus ambitieux de Blake Crouch, ni le plus marquant sur le plan émotionnel ou conceptuel, mais revanche, c’est un récit tendu et maîtrisé, qui attrape son lecteur dès les premières pages et ne le lâche plus.

Un thriller de fuite pur, efficace et assumé, qui rappelle que parfois, lire consiste simplement à courir aux côtés des personnages jusqu’à la dernière page.

ACQUISITION : LIBRAIRIE

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