COMME DES RATS MORTS

BENEDEK TOTH

EDITIONS ACTES SUD

Les évènements se passent en Hongrie, mais ils pourraient aussi bien se dérouler dans n’importe quel coin de notre merveilleux monde occidental. Dans un de ces endroits de banlieues où la jeunesse désœuvrée traîne ses guêtres et se désespère, se déconnectant toujours un peu plus d’une réalité dans laquelle elle se perd ou se noie.

Ils sont quatre lycéens à former la bande. Le narrateur de l’histoire, dont on ne connaitra pas le nom. La bouée, un gars grand et lourd qui en impose plus par son physique que par sa vivacité d’esprit. Il y a aussi Dany, un mec réservé, le plus effacé d groupe, celui sur lequel chacun passe ses nerfs.

Et enfin, il y a Greg, le leader. Beau et d’un cynisme sans fond. Celui qui imprime la cadence au quatuor par sa force de caractère, sa violence également, mais surtout par le fric de son paternel qui lui permet d’entretenir son petit monde.

S’agrègent parfois à eux, Vicky et Nicky, deux jeunes sœurs qui n’ont pour fonction que de tailler des pipes à la bande de copains.

Car le quotidien de cette bande d’ados n’est pas fait de cours, de livres et de révisions. Le bahut est bien le dernier de leur souci, et l’avenir pour eux n’est qu’un mot crucifié dans le dictionnaire.

Rien ne compte plus à leurs yeux que la « glande » et l’instant présent que l’on consomme fissa à coup de jeux vidéo violents, d’alcool, de sexe et de drogue.

Aucune retenue en la matière. Cachets, pétard, amphètes, pipes et films pornos du plus classique au plus crade, l’excès se vit sans limites et sous toutes ses formes. Les virées dans la bagnole du père de Greg sont autant de moments de débauche pour ces jeunes qui foncent à pleine vitesse dans le mur de la réalité.

Car c’est au cours d’une de ces virées nocturnes, tandis que les gamines sucent les garçons à l’arrière, que l’alcool coule à flots et que les joints s’échangent dans l’habitacle que l’accident se produit. Un choc terrible, qui sort tout le monde de sa torpeur.

Un animal ? Non, un cycliste, agonisant au bord de la route. Que faire ? Appeler une ambulance ? Porter secours ? Greg qui est au volant n’a pas le permis.  Plutôt remonter en voiture et continuer ça tracer.

Le lendemain c’est un mauvais souvenir.

Sauf qu’ils ne le savent pas encore, mais ce drame est un poison lent qui est déjà à l’œuvre pour saper peu à peu les fondements de leurs relations.

« Noir c’est noir » dit la chanson. C’est le moins que l’on puisse attribuer à ce premier roman signé Benedek Toth.

Ce n’est pas le premier, ni sans doute le dernier ouvrage qui aborde le sujet d’une jeunesse désœuvrée et en pleine dérive. Mais cet auteur hongrois n’a pas son pareil pour donner à voir au lecteur un abysse aussi noir et impénétrable dans lequel ses personnages s’apprêtent à tomber.

Il n’y a pas de moral à cette histoire. Les protagonistes sont glaçants, car ils n’ont véritablement aucune empathie pour l’être humain. Le cycliste renversé n’a pas plus de valeur à leurs yeux que s’il s’était agi d’un sanglier. Les filles justes bonnes à assouvir leurs besoins sexuels, quand les mères sont des objets de fantasme pour les copains.

Car dans cet univers juvénile dénué de la moindre humanité, les adultes sont absents. Rien qui n’empêche cette jeunesse de partir à la dérive et d’imploser. Seul le club de natation qu’ils fréquentent leur donne un semblant de vie sociale normal.

On pourrait s’en étonner d’ailleurs, eux qui ne respectent aucune règle. Mais la réponse est sans doute à trouver dans ce personnage d’entraineur, Dédé, certe virulent dans ses propos et menant ses troupes d’une main de fer pour les conduire à la prochaine compétition, et qui apparait comme la seule figure paternelle de substitution qui s’offre à eux.

Pourtant on ne s’attache pas à ces sales gosses. Et Benedek Toth ne manque pas, non sans ironie de les railler et de se moquer d’eux.

Et c’est par le biais de l’humour qu’il le fait, à travers de séquences qui feront sourire le lecteur, mais qui au final mettent en exergue le pathétique et la crétinerie de ces gamins qui ne voient pas la catastrophe fondre sur eux.

« Comme des rats » est une vraie bonne surprise qui nous vient de Hongrie, et qui confirme qu’il y a bien des histoires à aller chercher de ce côté-ci du continent.

C’est noir, glauque et trash. Il faut aimer. Moi j’adore !

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