LA GUERRE EST UNE RUSE

FRÉDÉRIC PAULIN

ÉDITIONS AGULLO

 

Si je ne devais retenir qu’un seul roman de la rentrée littéraire 2018, ce serait sans aucune hésitation « La guerre est une ruse » de Frédéric Paulin.

 Et pour tout vous dire, j’ai eu pour ce roman un véritable coup de cœur tant celui-ci est captivant autant qu’il est admirablement bien écrit.

Aborder l’Algérie, son histoire récente ou lointaine, ses relations passionnelles et tumultueuses avec la France est en soi un pari particulièrement osé et périlleux pour un auteur.

 Thème souvent tabou chez nous, par le fait que notre pays a toujours un problème avec son passé colonial , en particulier sur « la question algérienne », que par la complexité du sujet dans lequel un écrivain peut sans coup férir perdre son lecteur si celui-ci n’est pas au fait de la situation évoquée.

Frédéric Paulin se joue magistralement et avec une facilité déconcertante de ces chausse-trappes pour nous offrir un roman captivant de la première à la dernière page.

Car on ne lit pas « La guerre est une ruse », on le dévore.

A la fin des années 80, début des années 90 le gouvernement algérien accepte de desserrer l’emprise du FLN sur la vie du pays. De nombreux petits partis voient le jour, dont le Front islamique du Salut (FIS) qui remportera les élections municipales.

 En 92 lors du premier tour des élections législatives celui-ci arrive largement en tête, augurant une défaite cuisante pour le pouvoir en place. L’affolement des généraux de l’armée est total, qui décident de stopper nette cette expérience de liberté politique qui risque de conduire à brève échéance à l’instauration d’un état islamique en Algérie.

Annulation du scrutin, état d’urgence, interdiction du FIS et arrestation de ses leaders. En quelques semaines le pays bascule dans la guerre civile avec l’apparition des Groupes Islamiques Armés qui prennent le maquis et livrent au pouvoir un combat sans merci dont la population sera la première victime, et dont les morts se compteront par milliers.

C’est au moment où l’Algérie a déjà entamé ce plongeon infernal vers le chaos, le sang et la souffrance que nous faisons la connaissance de Tedj Benlazar.

Officier français de la D.G.S.E basé à Blida, à quelques kilomètres d’Alger, son travail consiste à sentir le terrain et faire remonter à Paris les informations qui doivent permettre au gouvernement français d’y voir un peu plus clair dans cette période de tous les dangers qui met à mal ses intérêts.

Sur place il fait la liaison avec les renseignements militaires algériens, côtoie des généraux, assiste à des interrogatoires musclés.

C’est au cours de l’un d’entre eux que Tedj commence à se poser des questions sur le rôle trouble de certains gradés. Apprenant l’existence d’un camp de concentration où sont parqués des islamistes, il enquête discrètement et va découvrir des relations contre nature entre les militaires et ceux qu’ils sont censés combattre.

Quant à la France, à vouloir se mêler d’un peu trop près des affaires algériennes, elle prend le risque d’importer sur son sol un conflit qui la dépasse, dont Khaled Kelkal sera l’avant garde d’un terrorisme qui ne manquera, dans les décennies qui suivront, de s’amplifier et de marquer de son empreinte de mort le territoire national.

A la fois premier roman français publié par les éditions AGULLO, et premier opus d’une trilogie annoncée, « La guerre est une ruse » est une vraie réussite et sans doute un des tout meilleurs livres de l’année.

Avec beaucoup de talent et un sens du romanesque, Frédéric Paulin restitue parfaitement les fracas de cette guerre civile où l’institutionnalisation de la violence, la lutte des clans pour le pouvoir, et le cancer de l’islamisme radical ont désagrégé peu à peu la société algérienne.

En mêlant personnages fictifs et réels, il construit une histoire passionnante dans laquelle le lecteur se laisse prendre dès les premières pages.

Dur et sans concession, mais sans jugement moralisateur, Frédéric Paulin a su saisir avec finesse et justesse une époque, une tragédie à la fois simple dans ce qu’elle montre de la détermination des uns et des autres à prendre ou garder le pouvoir, et complexe dans l’ambiguïté de nombre des acteurs qui y participent.

A cela s’ajoute une galerie de personnages incroyablement travaillés qui donne une dimension humaine à ce cataclysme qui s’est abattu sur ce pays de soleil et de beauté et qui de sa colonisation à sa guerre civile n’aura jamais cessé de souffrir.

Ainsi ces portraits féminins, qui face aux vents de la tempête tentent de rester debout et à leur manière de resister. Personnages qui donnent forme aux conséquences de ce drame humain que vit au quotidien une population prise en otage, qui déchire les familles, oppose les frères entre eux.

« La guerre est une ruse » est un sublime roman, d’une grande profondeur, à la fois évocateur de ce que l’homme peut avoir de pire, mais aussi, peut être, porter de meilleur en lui.

C’est aussi une belle leçon d’histoire.

8 Commentaires

  1. eh bien, je t’ai rarement vu aussi emballé !!!

    • La petite souris

      C’est vrai, mais c’est un vrai gros coup de coeur que j’ai pour ce bouquin ! je suis impatient de lire les deux autres opus quand ils sortiront ! 🙂

  2. isebe jean-michel

    Lecture dans la semaine , obligatoire !

    • La petite souris

      ah voilà une bonne nouvelle !!!! j’attends ton retour de lecture avec impatience !!! 🙂

  3. Comme je suis d’accord ! Il est énorme ce roman ! Et comme tu lui rends bien hommage ! Super billet, mon ami du sud. AMitiés

    • La petite souris

      merci mon ami ! on attend avec impatience le deuxieme volet ! ce roman est énorme ! 😉

  4. il est prévu dans mes prochaines lectures…et ce sera l’occasion pour moi de découvrir l’éditeur. Merci pour ton enthousiasme, ça fait plaisir !!! bon we

    • La petite souris

      j’attends ton retour avec impatience mais je ne doute pas une seconde qu’il va t’emballer 😉

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