LA PENSION DE LA VIA SAFFI

 VALERIO VARESI

 EDITIONS AGULLO (traduction Florence Rigollet)

 

 

 

 

Il y a les navets. Ces bouquins complètement ratés qu’on vous vend souvent comme le livre de l’année, bourré de verbiage inutile, aux ficelles éculées et grossières, au style de sulfateuse qui vous laissent un goût acre dans la bouche, et que vous balancez avec force, mais non sans un certain plaisir rageur, dans la poubelle de vos souvenirs.

Il y a les bons romans. De ceux qui vous régalent le temps d’une lecture et vous font oublier momentanément les soucis du quotidien, solides et bien construits, parfois originaux.

Et il y a les beaux romans.

 Ceux-là sont rares, mais vous marquent pour longtemps.

Ils vous charment, vous séduisent par leur poésie, par la caresse de leurs mots, la musique qu’ils vous susurrent à l’oreille.

 Le genre de bouquins dont vous prenez plaisir à relire certains passages justes pour savourer encore un peu cette douce mélodie de l’écriture, née d’une alchimie parfaite entre un magicien des mots et une histoire qui se laisse coucher sur le papier et trace son cours au fil de la plume,  comme un fleuve tranquille qui va à la mer.

« La pension de là via Saffi » est de ces beaux romans.

Au regard de ses deux premiers livres, il est clair que le passé occupe une place prépondérante dans l’œuvre de Valerio Varesi.

Ici aussi, celui-ci se dissimule dans la brume d’un fleuve et d’une ville qui se fait complice des secrets qu’il veut soustraire au regard du présent.

Et pour le commissaire Soneri que nous retrouvons dans cette nouvelle aventure, c’est avec ses souvenirs et ses blessures passées qu’il lui faudra composer et se confronter pour dénouer cette affaire dont il va devoir prendre la charge.

C’est la mort d’une vieille dame qui va le ramener  bien des années en arrière. Celle de Ghitta Tagliavini, propriétaire d’une maison de pension du centre-ville.

Une pension où à l’époque, étudiant, Soneri y occupait une chambre, comme nombre de jeunes de familles modestes. Là, qu’il y avait connu Ada, sa future femme, tragiquement disparue depuis en mettant au monde leur premier enfant, qui n’a pas survécu lui non plus.

Une époque marquée alors par le terrorisme politique et les combats idéologiques.

Mais les temps ont bien changé. De pension de famille pour étudiant désargentés, la maison de Ghitta Tagliavini était devenue un lieu de rendez-vous pour des couples illégitimes venus chercher une alcôve discrète pour se cacher aux yeux du monde.

 Dans les rues les petits commerces qui faisaient le charme du quartier ont presque tous disparu, sauf quelques vieux gardiens du temple, comme le Barbier Bettati , témoin vivant d’une époque à jamais révolue. Les classes populaires ont déserté, remplacées par les plus pauvres, souvent étrangers .

Les combats idéologiques d’autrefois ont laissé à la place à l’argent et au pouvoir, artifices éphémères qui bouleversent pourtant cette ville intemporelle.

Même l’image que Soneri se faisait de Ghitta Tagliavini s’effrite au fur et à mesure qu’il creuse son histoire et qu’il découvre le parcours d’une femme lancée à cœur perdu dans une quête désespérée de respectabilité.

Une quête qui a engendré plus de rancœurs et de craintes que de compassion et d’admiration, à mesure que s’est étendu le lacis de relations dans lequel elle a peu à peu corseté les habitants de son village d’origine et les édiles de la ville. Est-ce là que se trouve l’origine de son assassinat ?

Mais bien des mystères entourent cette affaire, et Soneri n’est pas épargné. A mesure qu’il progresse dans ses investigations, celui-ci remonte également un passé personnel hanté par ses propres fantômes, qui vont altérer ses souvenirs et ses certitudes.

C’’est à travers les yeux de ce commissaire, emprunt à la fois de nostalgie et de mélancolie que Valerio Varesi dépeint cette ville à l’apparence immuable et pourtant en pleine déliquescence, où les utopies ne survivent jamais au soleil brûlant de la réalité.

Magnifique roman que signe là Valerio Varesi, gorgé de charme et de poésie, aux personnages plein de relief, et qui démontre une fois encore que le genre policier peut aussi être de la belle littérature.

« La pension de la via Saffi » est (enfin) le premier et grand coup de cœur de cette année 2017 de PASSION POLAR.

8 Commentaires

  1. Manu

    Voilà qui donne bien envie msieur ! Et si en plus c’est le premier coup de coeur de l’année 2017… je l’ai mis en commande pour la bibliothèque, j’ai déjà hâte qu’il arrive ! La bise, l’ami.

    • La petite souris

      Bonsoir Manu !!! ah un excellent choix que tu as fait, tu en auras vite d’excellents échos !! 🙂 merci pour ta visite !

  2. Pas encore de coups de coeur pour moi cette année, mais je ne l’ai pas encore lu … ça ne saurait tarder d’ailleurs ! Surtout avec un tel billet ! Amitiés

    • La petite souris

      si celui là tu ne l’adore pas, je monte à Paris et devant chez toi je te fais la majorette façon Balasko dans nuit d’ivresse ! 🙂 mais je suis très très serein, je sais que tu vas l’adorer !

  3. Annick

    Tu le « vends » bien et ça donne très envie. Merci pour ce coup de coeur partagé avec nous, les lecteurs de ton blog 🙂

    • La petite souris

      Avec plaisir Annick, j’espère que tu te laisseras tenter par ce très beau livre ! 😉

  4. C’est ma foi, bien tentant. Ces éditions Agullo proposent décidément de bons romans, si j’en juge par d’autres titres que j’ai vu passer, comme Pyromane, d’un auteur polonais dont je ne sais plus écrire le nom…
    Amitiés, mon mulot…

    • La petite souris

      il est vrai Vincent que cette jeune maison d’édition publie jusqu’ici d’excellents romans ! celui ci en est la preuve flagrante ! connaissant ton goût pour les belles écritures, je ne doute pas que ce roman te plaira beaucoup !!! 🙂

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