LES INFIDELES

DOMINIQUE SYLVAIN

 EDITIONS VIVIANE HAMY

 

Ma petite entreprise ne connait pas la crise ! C’est bien ce que pourrait se dire Alice Kléber, elle qui a eu l’idée lumineuse de prospérer sur le plus vil des péchés capitaux, le mensonge ! Créatrice du site lovalibi.com elle offre ainsi à ses clients infidèles des couvertures et preuves irréfutables justifiant leurs coupables absences.

Une affaire qui ne cesse de se développer et permet financièrement à Alice de vivre isolée dans son château de Bourgogne, loin de l’agitation des grandes villes avec pour seule compagnie Bella, une amie imaginaire.

Proche d’elle, Julien, un type discret et serviable, artisan bricoleur qui l’a aidé à retaper sa vieille demeure et qui de fil en aiguille a fini par devenir son homme de main. Il faut dire qu’il n’a pas son pareil pour monter des scénarii particulièrement bien ficelés au bénéfice des clients de lovalibi.com.

Elle, elle s’appelle Salomé Jolain. Elle est belle et ambitieuse. Sa tante Alice a fait jouer de ses relations pour l’embaucher à TV24, une chaîne d’info qui traine une réputation sulfureuse, car elle n’hésite pas à donner dans le voyeurisme et le people, toujours à l’affût du scoop qui fera le buzz.

Bien qu’elle soit là par le fait du prince, elle est bien décidée à trouver place et légitimité au sein de la rédaction.

Mais son avenir radieux tel qu’elle pouvait l’imaginer va lamentablement échouer au fond de la poubelle.

C’est là en effet que l’on va retrouver son corps sans vie.

L’affaire est confiée à Barnier, et à son adjoint, Maze, un homme à la beauté explosive qui ne manque pas de troubler son commandant.

L’enquête va rapidement s’intéresser aux activités de sa tante Alice et ainsi qu’à la chaîne TV24 et son flamboyant PDG Alexandre Le Goff.

Car il s’avère que Salomé avait décidé d’enquêter sur le monde de l’adultère, qu’elle préparait « un gros truc ». Pourtant proche d’Alice, celle-ci ne l’avait pas tenue au courant de ses investigations. Pire, il semble qu’elle ait profité de son réseau internet pour contacter quelques clients aux besoins de son reportage.

Qui a donc tué Salomé ? Un rôdeur ? Un amant ayant peur de la publicité ? Un ennemi personnel ?

Dans cet univers du business de l’adultère, les pistes s’enchevêtrent dans un flou savamment orchestré par Dominique Sylvain.

« Les infidèles » est ce genre de roman à côté duquel on peut facilement passer si on s’en tient qu’aux apparences. Pourtant, celui-ci est bien plus complexe qu’il n’y parait de prime abord.

En premier lieu grâce à une galerie de personnages étonnants.

Féminin d’abord, avec Alice, une femme qu’un terrible secret médical met sa vie en sursis, manipulatrice, froide entrepreneuse qui a crée une fabrique à mensonges qui lui permet d’assumer son standing. Dorine, sa sœur, son reflet contraire. Docile femme au foyer. Et Salomé, belle, intrépide et impétueuse, lancée à la conquête du monde.

Masculin ensuite, avec Valentin, jeune attardé particulièrement touchant, amoureux de Salomé, par qui la vérité viendra, mais dont la faiblesse sera une arme contre lui-même.

Et enfin ce duo de flics, improbable, rarement rencontré dans la littérature policière, qui voit un commandant de police, père de famille, dont les certitudes quant à sa sexualité vont exploser à l’arrivée à ses côtés, d’un jeune et brillant lieutenant au physique d’Appolon.

Tout ce beau monde, à la vie bien ordonnée, va se retrouver au bord du gouffre avec la mort de Salomé. Car au-delà des apparences, les personnages de Dominique Sylvain vivent dans un équilibre instable, dont le balancier qui les aide à se maintenir sur le fil d’une figure sociale acceptable est le mensonge.

Il suffit dès lors d’une pichenette que Dominique Sylvain ne manque pas de leur administrer pour que tout s’écroule autour d’eux et que les uns et les autres soient avalés par une vérité qui les dépasse, chacun dévoilant au passage sa nature et son vrai visage.

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu un roman de Dominique Sylvain. Force est de constater qu’elle a gardé ce sens inné qu’elle a de jouer avec ses personnages et donc son lecteur, de construire des histoires bien plus sombres et bien plus denses qu’elle donne à voir au premier regard.

Et pour le lecteur, victime consentante de ce scénario qui se referme immanquablement sur lui, c’est assurément un bon moment de plaisir.

2 Commentaires

  1. Pas facile votre concours! Mais le jeu en vaut la chandelle! Quel plaisir que ces délicieuses lectures! Bonne chance à tous!

    • La petite souris

      😉 il faut transpirer un peu, effectivement, mais le jeu en vaut la chandelle ! 🙂

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