LES OMBRES DE MONTELUPO

VALERIO VARESI ( traduction Sarah Amrani)

ÉDITIONS AGULLO

 

À l’occasion de la reprise des activités du site après une pause estivale bien méritée, ce n’est pas d’un roman de cette nouvelle rentrée littéraire que je souhaite vous parler (nous aurons largement le temps d’y revenir), mais d’un titre paru quelques mois avant l’été.

Impossible pour moi en effet, de revenir de vacances sans évoquer le dernier roman de Valerio Varesi, troisième opus de l’œuvre de cet écrivain qui s’affirme roman après roman comme un très grand nom de la littérature italienne contemporaine.

Si j’avais bien aimé « le fleuve des brume s», et adoré « la pension de la via Safi », que dire alors de son petit dernier, « les ombres de Montelupo » publié aux éditions Agullo ? Qu’il m’a tout bonnement subjugué !

C’est assurément pour moi le plus beau texte écrit jusqu’ici par Valerio Varesi, et c’est un pur régal à lire pour celui qui saura prendre le temps de découvrir une œuvre subtile, qui se savoure avec gourmandise comme une délicieuse sucrerie italienne qu’on laisserait fondre doucement en bouche.

Nous y retrouvons le commissaire Soneri, personnage récurrent de l’auteur, qui revient le temps de quelques jours de vacances dans son pays natal, dans une vallée perdue des Apennins.

 La perspective pour lui de fouler à nouveau de cette terre qui l’a vu naître, et de ramasser au cours de promenades bucoliques quelques champignons à cuisiner.

Pourtant dès son arrivée c’est une atmosphère bien particulière qu’il trouve dans bourg. Les murs sont placardés d’affiches déclarant que Paride Rodolfi n’a pas disparu. Le fils de l’industriel charcutier dont l’usine est le poumon économique de la bourgade n’a cependant plus donné signe de vie depuis quelques jours.

Pire, peu après c’est au patriarche de la famille, patron de l’entreprise familiale, de disparaitre tandis qu’au-dessus du patelin, dans la brume du Montelupo, des coups de fusil retentissent de manière épisodique depuis plusieurs semaines déjà.

Au village les rumeurs vont bon train. La tension n’échappe pas à Soneri qui résiste à la pression de certains habitants pour élucider l’affaire.

Mais à défaut de champignons, c’est bien sur un corps que notre policier va finir par tomber, au cours d’une de ses promenades sur les flancs embrumés du Montelupo.

Dès lors, il n’a plus d’autre choix que de s’atteler à l’enquête et plonger dans les histoires de ce petit village qui semble garder bien des secrets.

C’est sans doute le roman le plus intimiste écrit jusqu’ici par Valerio Varesi. Bien loin de Parme ou des berges du Pô où nous avions fait la connaissance de Soneri, l’auteur ramène son personnage sur les lieux de son enfance.

Soucieux de renouer avec ses racines, c’est un homme à l’âme mélancolique qui revient fouler sa terre.

Pourtant, un certain malaise s’instaure très vite à mesure qu’il redécouvre ces lieux qui peuplent ses souvenirs, se sentant au fil des jours de plus en plus étranger à ce village qui l’a vu grandir. En partir c’était mourir un peu , pour ceux qui restaient c’était un peu trahir.

La distance sourde que ressent le commissaire s’explique aussi par le fait qu’il n’a pas été mêlé directement à l’histoire des habitants du village.

Au moins lui offre-t-elle cette faculté à percevoir les tensions qui le parcourent, à sentir les haines silencieuses qui gangrènent les esprits et transpirent des regards.

Seul lui reste ce massif de Montelupo comme amarre de son passé, lieu où ressurgissent les souvenirs d’un père aujourd’hui disparu.

Un père dont la vie va finalement rentrer peu à peu en résonnance avec celle des habitants du coin au point d’ébranler ses propres certitudes familiales.

Car l’histoire des ombres de Montelupo c’est celle d’un village des Apennins soudé par la pauvreté, qui profitant du développement de l’entreprise des Rodolfi, va perdre progressivement son âme à mesure qu’il va s’enrichir, pour sombrer dans l’égoïsme et la soif de profits.

 Une soif et un individualisme qui conduiront les villageois à une faute collective qu’ils se refuseront d’admettre. Une déchéance dont les soubresauts réveilleront de vieilles blessures historiques.

 Pour Sonari, si détaché des évènements au début de l’affaire, l’enquête devient alors plus personnelle à mesure qu’elle l’interroge sur sa propre histoire, sa propre vérité familiale.

Une vérité qu’il faudra aller cherche dans cette brume où se tapie un passé qui ne cesse d’empoisonner le présent.

Lire les romans de Valerio Varesi, c’est lire l’Italie. C’est parcourir son histoire, sentir ses contradictions, caresser les cicatrices d’un passé qui font encore mal.

En conjuguant avec doigté et délicatesse la petite et la grande Histoire, l’auteur nous fait porter un autre regard sur un pays que l’on croit à tort si bien connaître.

Sans grands artifices, avec ses mots couchés à la plume, l’auteur entoure son lecteur de cette atmosphère particulière qui imprègne son livre. On sentirait presque ces odeurs de mousse, de champignons, de bois mouillé, ou bien encore ces effluves de cuisine.

On palperait presque cette tension diffuse qui parcourt les pages. En suivant les pas de Sonari, on s’imbibe de cette mélancolie qui le saisit depuis son retour, parce qu’un deuil ne s’est pas fait.

Et on court à travers les bois aux côtés du Maquisard, seul être resté finalement intègre au point de s’engager dans une voix sans issue et particulièrement violente, et pour laquelle personne  n’essaiera de l’en dissuader. Comme si sa présence était un miroir qui renvoyait au village sa propre faiblesse.

« Les ombres de Montelupo » est un roman somptueux à côté duquel il serait presque criminel de passer à côté !

 

6 Commentaires

  1. Robert PONDANT

    Bonjour mon cher Bruno,
    Que voilà une analyse et des commentaires qui ne peuvent que soulever l’envie de découvrir ce livre! Pour ma part j’en suis toujours à découvrir son auteur « La pension de la Via Saffi » et promis je viens de le mettre tout en haut de ma pal, dès que j’aurais terminé le dernier Don Winslow « Missing New-York » .
    En tous cas j’ai bien envie de te suivre vers cette découverte, que je note dans ma longue liste des prochains achats, d’autant plus que je n’ai pas envie d’être poursuivi pour crime d’indifférence à chef d’oeuvre annoncé !!!!

    Un grand merci pour ta superbe chronique
    Amitiés
    Robert

    • La petite souris

      bonsoir Robert ! que ce message me touche beaucoup ! merci pour ta confiance et ta fidélité indéfectible à Passion Polar ! je suis impatient d’avoir ton retour ! 😉

  2. aire libre

    Pour ma part lecture très brève, car irritante…Est-ce écrit avec les pieds ? Traduit avec un dictionnaire franco-italien minimaliste ?
    Je n’ai pas relevé, mais le mot « brouillard » est répété au moins 70 fois dans les 100 premières pages…rédhibitoire pour moi. La lecture en est devenu comique.

    Brumeux.

    • La petite souris

      on peut ne pas aimer un livre. Celui peut donc ne pas vous avoir plu, mais de là à se demander si celui ci a été écrit avec les pieds , je vous trouve bien excessif.

  3. Annick

    Bonjour, C’est sans doûte grâce à ce blog que j’ai acheté « le fleuve des brumes ». Je n’avais rien lu de tel avant et j’ai vraiment beaucoup aimé (j’en ai encore des images à l’esprit. Merci pour cette chronique qui me remet cet auteur en tête ; je viens de commander à l’instant « La pension de la Via Saffi » histoire de lire dans l’ordre. Le troisième suivra sans aucun doûte.
    Un grand merci également pour cette très belle chronique.
    Annick

    • La petite souris

      Merci Annick !!! voilà un message qui me fait bien plaisir ! je suis sûr que tu vas beaucoup aimé, j’attends ton retour de lecture !! 🙂

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