NU DANS LE JARDIN D’EDEN

16 février 2014

Roman de

Harry Crews

Édité chez

Sonatine

Date de sortie
7 novembre 2013
Genre
Policier
Pays de l'auteur
U.S.A.

On ne remerciera jamais assez les éditions SONATINE d’avoir publié, sur les conseils de Patrick Raynal (qui s’est aussi chargé de la traduction du livre) ce roman d’Harry Crews, le deuxième que l’auteur avait publié aux Etats Unis en 1969 et qui était resté jusqu’à ce jour inédit en France.

Harry Crews n’est pas un auteur très connu chez nous, même si dans le landernau des vrais amateurs, son nom résonne avec nostalgie. Pourtant Harry Crews est tout simplement un géant du roman noir américains, voire de la littérature contemporaine U.S tout court.

Un auteur qui hélas nous a quitté début 2012 et qui laisse derrière lui une œuvre riche et forte sur l’Amérique profonde, celle des paumés, des perdants, des laisser pour contre, des désespérés. Celle du Sud aussi, dont il était originaire. Une terre imprégnée de pauvreté dans laquelle il a baigné durant toute son enfance avant de trouver son salut dans l’armée, et de troquer plus tard  le fusil pour la plume.mine

Garden Hills est un trou. Un vrai trou. Un endroit où un jour, Jack O’Boylan, un magnat de l’industrie, a jeté son dévolu pour exploiter une ressource de phosphate, et et y créer la plus grande mine au monde, faisant du même coup prospérer la ville qui s’y développa à sa suite.

Mais le destin d’une mine est de fermer. Celle de Garden Hills le fait très tôt, de manière radicale et brutale. Quand Jack O’Boylan s’en va, il laisse derrière lui une population abasourdie, qui ne tarde pas à déserter les lieux pour trouver du travail ailleurs. Seule une poignée de familles, parmi les plus pauvres, décide de rester sur place en attendant un hypothétique retour du magnat , sorte de messie qui par sa seule volonté, pourrait redonner vie au lieu, espoir et prospérité à ses habitants.

Fat Man, dont le père était autrefois le propriétaire des terres sur lesquelles a été creusé la mine, s’est vu offrir par le magnat en partance, les titres de propriété sur  l’exploitation. A la tête d’une petite fortune légué par son père,  il vit à l’écart, dans une grande demeure.

casquesPour les pauvres erres restés sur place il représente un phare, un espoir. Si lui n’est pas parti s’installer dans une grande ville alors qu’il en a les moyens, qu’il n’est pas obligé de travailler pour survivre, c’est bien que Jack O’Boylan va revenir et raviver la flamme . N’est -il pas son messager? Ne lui a t’-il pas dit qu’un jour effectivement il reviendrait? Peut être que Fatman lui même pourrait faire repartir la mine.

Mais de chez lui, l’homme obèse ne pense qu’à s’empiffrer de substituts alimentaires qui vue la quantité ingurgitée ne font que produire l’effet inverse et augmenter inexorablement son poids à vu d’œil. Quand il ne mange pas, il observe par la fenêtre le monde étrange de Garden Hill qu’il domine du haut de la coll14370381ine où est posée son immense demeure.

Car l’endroit ressemble à une vraie cour des miracles. Harry Crews y déploie des personnages qui auraient toute leur place dans un cirque, une fête foraine, ou un film de David Lynch.

Fat man donc, approchant inexorablement des 300 kilos, « le nombril aussi profond qu’une tasse de thé » , dont le ventre énorme fait disparaitre de sa vue son sexe et éclipse les envies de la chair. Mais on y croise aussi Jesta, un nain qui fut un temps jockey ,dont il porte en permanence, depuis le suicide de sa dernière monture,  l’habit d’apparat ; Westrim, alias Iceman , qui vend sa glace du haut de sa carriole tirée par un vieux cheval à bout de souffle ; Lucy, la princesse noire « Nestradidi », que Jesta a connu dans un cirque et qui s’installa avec lui à Garden Hill. Enfin, Dolly.

CREW

Harry Crews

Dolly, ancienne « Miss phosphate », partie à New York à la recherche du Créateur, de Jack O’Boylan,  pour le convaincre de revenir , qui y devint gogo danseuse avant de revenir à garden Hils avec sa virginité sous le bras, et la certitude d’avoir compris que c’est le sexe qui fait tourner le monde.

Dès lors elle n’aura de cesse de vouloir transformer Garden Hill en piège à touristes, en parc d’attractions, en lupanar géant où les filles seraient en cage, où des télescopes géants donneraient à la curiosité malsaine des visiteurs accès à tous les recoins du lieu, à commencer par le ventre de Fat Man .

Admirable roman, déroutant et magnifique, portant à la fois une immense noirceur et une réelle charge poétique, « Nu dans le jardin d’Eden » est une véritable variation biblique dans laquelle Harry Crews s’attache cependant à abattre les icônes.

Un roman en forme de chemin de croix dont la dernière scène, sublime, finit de crucifier les dernières croyances.

Bien qu’écrit dans les années soixante, ce roman, âpre, dur, bizarre et poétique,  est une charge contre cette société américaine de la démesure, de la luxure, de l’excès, une société boulimique, qui écrase et qui broie, mais qui croit aussi , à dieu, au fric, aux mirages.

L’Eden, avant d’être un paradis, est sans doute d’abord un enfer !

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©Hippo

10 Commentaires

  1. gruz

    Un roman qui m’intrigue depuis sa sortie, attirance, répulsion…
    Il est clair qu’avec ta chronique, ça penche dans un sens maintenant 😉

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    • La petite souris

      Ah tu vas voir Yvan, c’est un bouquin vraiment curieux, à tout point de vue, c’est un drôle d’univers que nous offre Harry Crews. J’ai vraiment beaucoup aimé et je compte bien aller plus loin dans la découverte de cet écrivain malheureusement aujourd’hui disparu. On me parle de plusieurs de ses romans qui sont de petites merveilles ! si tu viens à lire celui ci n’oublie pas de venir me dire ce que tu en auras pensé ! 🙂

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  2. Pierre FAVEROLLE

    Quel roman, et quel billet ! Un roman à lire, à relire qui laisse des traces ! Amitiés

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    • La petite souris

      Rhooo que tu es gentil toi !!!!! oui un super bouquin à avoir absolument dans sa bibliothèque !

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  3. Oncle Paul

    Bonjour Bruno
    Harry Crews possède un univers à part, complètement décalé et pourtant si humain. A lire La Malédiction du Gitan, que j’ai chroniqué ici : http://0z.fr/i1lOS si cela t’intéresse. La Série Noire en abandonnant quelques auteurs comme Lawrence Block, Bill Pronzini ou Harry Crews a perdu beaucoup de son intérêt
    Amitiés

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    • La petite souris

      salut Paul ! effectivement comme tu le dis cet écrivain a un univers bien à lui. j’ai bien noté ses autres livres que je ne manquerai pas de lire, j’ai trop aimé celui ci pour passer à côté des autres !!! Pour Block c’est l’un de mes auteurs préférés, pour Pronzini je ne connais pas du tout, tu m’enverras un ptit mail à l’occase pour me conseiller un ou deux titres ! Amitiés

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  4. belette2911

    Hello mon mulot préféré ! ^^
    Dis-moi, que faisais-tu nu dans le jardin, toi ?? Tu as les photos pour les copine,s ce serait sympa…

    J’ai le livre, le coupable de cet achat est Pierre, pour ne pas le citer, et je me le suis offert pour ma Nowel… mais pas encore eu le temps de le lire, ce qui ne saurait tarder !

    N’oublie pas les photos de toi dans ton plus simple appareil… je surveille ma boite mail de près 😉

    Yvan, achète le livre ! Pour une fois, fais nous plaisir !! laisse-toi tenter 😀

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    • La petite souris

      Salut ma fan cannibalesque !!! 😉 Pierre est de bon conseil, il a aimé le bouquin également ! tu devrais toi aussi l’apprécier cet excellent bouquin ! quant à Yvan il faut lui sussurer à l’oreille ! ah pour les photos c’est en route par chaise à porteur 😉

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  5. Claude Le Nocher

    Salut Bruno
    Un roman qui figure dans ma sélection des « 15 meilleurs polars 2013 », c’est dire que c’est le nec plus ultra. Amitiés.

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    • La petite souris

      Un vrai petit bijou en effet, j’ai hâte de les lire autres romans de cet écrivain pas assez reconnu en France. Amitiés Claude !

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