ROUGE ECARLATE

JACQUES BABLON

 EDITIONS JIGAL

rouge ecarlate (Copier).gifIl y a un an tout juste, je découvrais et chroniquais le premier roman de Jacques Bablon, « trait bleu ». Le temps de le refermer sur sa dernière page que je réalisais à peine que je venais de prendre une baffe magistrale !

 je parlais à l’époque d’un « putain de bon bouquin », sans doute le meilleur lu jusqu’ici aux éditions Jigal ! Et pourtant ce n’est pas le nombre d’excellents romans qui manque sur l’étale du compère Jimmy Gallier, (pêcheur) éditeur invétéré devant l’éternel ! Mais ce « trait bleu », bon sang quel livre !

Autant dire que j’attendais son second avec une vraie impatience, et non sans une certaine crainte aussi !  On connait bien l’adage qui dit que ce n’est pas le premier roman qui est le plus difficile à écrire, mais bien le second, surtout quand on a tapé si fort l’esprit de son lecteur la première fois !

Heureusement, il ne faudra pas longtemps à ce lecteur pour comprendre qu’une nouvelle fois il va accompagner au fil des pages, une belle brochette de
personnages particulièrement chtarbés et que le sang va couler aussi surement qu’un fleuve va à la mer.jog

Dans cette panoplie de barges déjantés vous avez Joseph, bon père de famille qui meurt d’envie de flinguer son voisin Marcus. Ce n’est pas parce que ce dernier est un faux expert-comptable, qu’il trempe dans l’import-export de produits prohibés, que c’est une véritable ordure que Joseph rêve de lui trouer le cuir, mais parce qu’il a écrasé son chien, tout simplement.

D’ailleurs, tant qu’à y être il aurait bien envie aussi d’étrangler Rosy, la femme de Marcus. Depuis le temps qu’il fornique quotidiennement ensemble, Joseph a fini par s’en lasser. D’autant plus que depuis quelques temps l’embonpoint et les formes disgracieuses semblent prendre possession du corps de la volage donzelle.

Au final, seul leur mioche Angelo est encore supportable. Il n’est pas rare d’ailleurs que le bambin vienne de temps en temps chercher son ballon dans le jardin de Joseph.

Mais le tableau ne serait pas complet sans Salma, la fille de Joseph.

Belle à se marcher sur la langue, d’un caractère trempé dans l’acier, elle a sans doute de qui tenir.

incOn dit que l’Homme a perdu le paradis le jour où Eve a croqué la pomme. Une légende urbaine sans doute, mais ce qui est sûr c’est que c’est bien en mordant dans une fraise juteuse et particulièrement goûteuse que Selma, elle, s’est prise les pieds dans un tapis d’emmerdes, manquant de justesse de se faire violer.

Ce ne sera que grâce à cette hargne farouche qui l’anime qu’elle se sortira de ce mauvais pas, non sans laisser le souvenir à son agresseur d’une herse plantée dans son corps, et une envie irrésistible de se venger de cette femme qui s’est refusée à lui et l’a meurtri dans sa chair.

Pendant ce temps-là, d’autres catastrophes surviennent. Joseph retrouve Marcus et sa femme sans vie, assassinés. Lui qui rêvait tant à leur mort, voilà son vœu exaucé. Mais un concours de circonstance met le feu à sa propre baraque et le voilà suspecté de la mort de ses voisins.

Cavale et course folle deviennent alors le refrain de ce roman, où chacun court après l’autre, où les flics rentrent dans la danse et essayent de suivre le tempo diabolique imposé par l’auteur à ses fraise1personnages.

Car pas le temps de souffler avec cet écrivain pressé. Celui-ci va à l’essentiel, ne s’arrêtant juste parfois que pour fixer son attention sur une scène anodine, comme pour reprendre son souffle, avant de se jeter à nouveau à toute berzingue dans le cœur de l’action.

C’est brut de décoffrage, bourrée d’adrénaline, doux comme du papier de verre et rythmée comme une salve de kalachnikov.

Et pourtant derrière cette apparente rugosité, en filigrane de cette histoire explosive se cache de l’humour, une certaine forme d’érotisme, mais aussi une grande humanité.

Les personnages principaux portent en eux à la fois cette envie folle de vivre et cette peur terrible d’aimer qui les pousse à laisser leurs pulsions conduire leur vie, ne sachant que mal se préserver de la foudre du destin quand elle s’abat sur eux. Des personnages auxquels le lecteur ne pourra que s’attacher et ressentir pour eux beaucoup d’empathie à mesure qu’il comprendra qu’ils ne sont peut-être pas si barges que çà.

Si le second roman de Jacques Bablon est une réussite ? Assurément ! Avec un style à nul autre pareil, l’auteur nous donne un roman très visuel, ancré dans l’instant présent, où les scènes défilent sous nos yeux sans laisser au lecteur le soin de maîtriser le temps. Concis, percutant, il donne cette impression que la vie est une voiture folle dont il est difficile de tenir le volant, mais qui, si elle fait parfois des embardées, se doit d’être conduite à fond la caisse.

 Et entre les tirs de chevrotines, celle-ci cherche son chemin.

je-commande

souris pas mal du tout 2

©Passion Polar / Yigaël

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12 Commentaires

  1. Après le « Trait bleu », une autre couleur à rajouter à la palette de cet auteur. Me reste à découvrir ce nouvel opus, que tu nous présentes si bien. Amitiés…

    • La petite souris

      je crois que tu ne seras pas deçu de ce nouveau roman , quoique different du premier. En tout cas c’est une plume alerte et redoutablement efficace !! ca devrait te palire mon ami ! 😉

  2. David

    J’ai adoré aussi ce bouquin ! Une putain de bonne surprise !!!

    • La petite souris

      très bon en effet !! avais tu lu son premier,  » trait bleu », si tu ne l’as pas lu depêche toi de te jetter dessus ! il est excellent ! 🙂

  3. Belle à se marcher sur la langue! haha, j’adore 🙂
    Un auteur que je ne connais pas du tout mais je le note dans un coin
    bizzz

    • La petite souris

      héhé j’ai été inspiré 😉 à lire absolument son premier roman Trait bleu, qui est un roman comme je les aime, à donfe ! 😉

  4. Christine Roy

    depuis que je connais Vincent, j’aime le jaune …. Mais tu parles bien des couleurs, alors je me ferai une belle palette grâce à ton enthousiasme communicatif. Merci !

  5. Jean Dewilde

    Mon souriceau,
    Magnifique chronique pour un bouquin que j’ai aimé énormément, différent de l’excellent Trait bleu mais toujours avec une plume originale et diablement séduisante. Bises.

    • La petite souris

      Merci mon ami ! effectivement, belle plume que celle de Jacques Bablon, j’ai déjà hâte de lire son prochain roman ! mais va falloir lui laisser le temps de l’écrire avant de nous en régaler !! 😉

  6. Agnès

    Bonjour en quoi il est différent du 1er ? je n’ai lu ni l’un ni l’autre Merci à toi ami de Lecture et Partage 😉

    • La petite souris

      bonjour Agnès, désolé de ma réponse tardive mais j’étais parti en vacances !!! 🙂 En quoi sont il différents? Principalement par l’histoire et par les personnages, car les deux livres sont des univers bien à part. Pour le reste ils ont en commun d’avoir un rythme soutenu (surtout pour le premier) et cette caacité à haper rapidement son lecteur ! J’ai bien les romans percutants. Trait bleu reste mon préféré, un roman bin barré comme je les aime. Et celui ci le suit de près. A bientôt j’espère !

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