AMBAR

28 juin 2026

Roman de

Nicolas FERRARO

Édité chez

Rivages

Date de sortie
18 mars 2026
Genre
Policier
Pays de l'auteur
Argentine

« Ambar » est le deuxième roman de Nicolas Ferraro.

Il vient confirmer tout le bien que la critique avait déjà exprimé lors de la parution de son premier livre, « Notre part de ciel », que, malheureusement, je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir.

« Ambar » est un roman à part. Chez Nicolas Ferraro, la violence n’est jamais une fin en soi. Elle est surtout un moyen de raconter les femmes et les hommes qui vivent avec elle au quotidien.

Ambar a grandi dans un univers où survivre est un apprentissage quotidien.

Victor, le père d’Ambar, travaille pour une trafiquante liée au passage de la drogue entre l’Argentine et le Paraguay.

                @willianjusten

Ambar a grandi là-dedans. Les silences, les combines, la peur, elle les connaît depuis longtemps. Dans son monde, on comprend vite qu’il vaut mieux se taire, observer, et apprendre à encaisser.

Lorsque Giovanni est assassiné et qu’un mystérieux tueur marqué d’un tatouage de serpent se lance à la poursuite de Victor, le fragile équilibre de leur existence explose.

Commence alors une fuite en avant où Ambar devient, elle aussi, une cible.

Ce point de départ pourrait laisser croire à un thriller classique.

Nicolas Ferraro prend pourtant une direction bien plus intéressante.

Derrière les fusillades et les règlements de comptes, c’est surtout le destin d’une génération privée de tout véritable choix que raconte l’auteur.

Cette Argentine-là est loin des images de carte postale. Plus les kilomètres défilent, plus le décor semble se vider de toute perspective, comme s’il enfermait un peu plus Ambar et son père.

L’auteur apporte un soin particulier à la construction de la relation entre Ambar et son père.

Victor n’a rien du père exemplaire. Il a transmis à sa fille des compétences que personne ne devrait enseigner à un enfant. Pourtant, derrière cette éducation brutale apparaît un homme conscient d’avoir entraîné celle qu’il aime dans une existence dont il ne maîtrise plus les règles.

Entre eux, les sentiments passent rarement par les mots. Ils se lisent dans un regard, un silence ou une décision prise dans l’urgence. Cette pudeur donne une véritable profondeur émotionnelle au roman.

Ambar, elle, est une héroïne remarquable. On la voit évoluer au fil des pages, non pas parce qu’elle découvre la violence, qu’elle connaît depuis toujours, mais parce qu’elle prend progressivement conscience qu’elle pourrait ne jamais réussir à lui échapper.

                      @vafphotos

Son combat dépasse largement la simple question de la survie.

Au fil des pages, une question finit par s’imposer. Ambar peut-elle espérer vivre autrement que son père, ou est-elle condamnée à suivre le même chemin ?

J’ai particulièrement apprécié cet équilibre permanent entre une tension qui ne retombe jamais vraiment et une humanité qui affleure dans les moments les plus inattendus.

Nicolas Ferraro installe une menace diffuse mais permanente, si bien que chaque rencontre, chaque halte, chaque véhicule aperçu au loin peut annoncer le pire.

Mais cette tension laisse parfois place à des moments d’accalmie. C’est là que les personnages révèlent leurs fragilités. Ces respirations laissent apparaître leur humanité et évitent au récit de sombrer dans une surenchère de violence.

Cette violence, lorsqu’elle éclate, surgit brutalement, sans mise en scène excessive. Ce n’est pas le crime qui fascine l’auteur. Il  montre simplement les conséquences d’un monde où les rapports humains sont constamment dictés par la peur, l’argent et la domination.

Au-delà de son intrigue, Ambar offre également une vision particulièrement sombre de l’Argentine contemporaine.

La corruption, les trafics, l’absence de perspectives économiques et la loi des organisations criminelles composent un environnement où les individus semblent condamnés à choisir entre différentes formes de violence.

                                                                            @elijahsad

Sans jamais transformer son roman en pamphlet politique, Nicolas Ferraro laisse transparaître le portrait d’un pays profondément fracturé, où les plus jeunes héritent d’une réalité qu’ils n’ont bien sûr pas choisie.

On pense parfois à certains grands romans noirs américains par cette impression de fatalité qui accompagne les personnages, mais Nicolas Ferraro conserve une voix très personnelle.

Son écriture privilégie l’efficacité, sans renoncer à une véritable sensibilité. Quelques scènes suffisent pour donner de l’épaisseur à ses personnages, et l’on s’attache rapidement à cette adolescente qui cherche, au milieu du chaos, une place qui serait enfin la sienne.

Avec Ambar, Nicolas Ferraro ne signe pas seulement un excellent polar. Il livre un roman initiatique âpre, tendu et profondément humain, où l’action sert avant tout à explorer les liens familiaux, la transmission et la possibilité de s’inventer un avenir malgré un passé qui semble vous poursuivre à chaque kilomètre.

Une lecture intense, parfois éprouvante, mais toujours habitée par une émotion .

Un roman noir exigeant, tendu de bout en bout, qui confirme que Nicolas Ferraro est une voix avec laquelle il faudra désormais compter.

ACQUISITION: LIBRAIRIE

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