Il y a parfois des romans qui nous arrivent, et qui ni une ni deux, se retrouvent rapidement sous les feux de la rampe ! C’est le cas pour la « rosa perdida » de Christopher Laquieze !
J’avais repéré cet ouvrage lorsque je préparais ma rubrique dédiée aux nouveautés à paraître du mois de janvier dernier. Le temps de l’acheter et de trouver enfin le temps de le lire, que déjà il recevait des critiques particulièrement positives.
J’avoue d’ailleurs que vu leur nombre, j’ai hésité à faire une chronique de ce roman puisque tout a été dit sur celui-ci. Mais après tout, l’ayant beaucoup apprécié, pourquoi s’en priver et ne pas donner, peut-être, l’envie à mes abonnés et visiteurs de le lire également !
Christopher Laquieze n’était pas un inconnu pour moi. Féru de littérature, celui-ci publie régulièrement des vidéos sur ses lectures que je suis régulièrement. D’ailleurs si je n’étais pas moi-même un gros lecteur, je me serais mis à lire en l’écoutant, tant il a le talent pour transmettre sa passion des livres et de la belle écriture.
La « rosa perdida » est donc son premier roman.
Et je dois reconnaître une chose. Dès les premières pages, j’ai compris pourquoi ce roman faisait autant parler de lui.
Je me méfie toujours un peu des livres précédés d’un tel enthousiasme. Plus les attentes sont élevées, plus la déception peut être au rendez-vous. Ici, cela n’a pas été le cas. Bien au contraire.
Tout commence par une scène dont on connaît immédiatement l’issue. Une femme va mourir. Cette femme s’appelle Sofia Ordoñez. Plus troublant encore, celui qui l’a condamnée n’est autre que son propre fils.
À partir de là, Christopher Laquieze remonte le cours des événements pour nous raconter comment une telle tragédie a pu devenir possible.
C’est sans doute ce qui m’a accroché dès le départ. Non pas la mort de Sofia elle-même, puisque celle-ci est connue dès les premières lignes, mais le besoin de comprendre.
Comprendre ce qui se cache derrière ce geste. Comprendre les silences, les blessures, les choix qui ont conduit chacun des personnages jusqu’à ce point de rupture fatal.
Le roman nous entraîne alors à San Jacinto del Río, un village perdu sous la coupe d’un régime autoritaire où la peur semble avoir trouvé domicile depuis longtemps.
Mais, ce contexte politique n’est pas le moteur de l’histoire que nous raconte l’auteur, car ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les êtres humains qui vivent sous cette menace permanente. Ceux qui résistent. Ceux qui se taisent. Ceux qui composent avec l’inacceptable pour continuer à avancer.
Très vite, bien sûr, on s’attache aux personnages qui peuplent ce récit.
Sofia, qui malgré sa mort en début de roman, en reste la figure centrale. Christopher Laquieze ne cherche jamais à en faire une héroïne irréprochable.
Elle agit, doute, souffre, prend des décisions parfois difficiles. Elle avance comme elle peut dans un monde qui ne lui fait aucun cadeau.
Mais il y a aussi ceux qui gravitent autour d’elle. Chacun possède ses contradictions, ses faiblesses.
Mais ce qui est particulièrement marquant, c’est l’atmosphère du roman.
Il y a des livres que l’on lit. Et puis il y a ceux dans lesquels on entre.
Très rapidement, je me suis retrouvé plongé dans l’univers brossé par Christopher Laquieze. J’ai eu l’impression de ressentir cette chaleur écrasante des journées, de voir les rues poussiéreuses du village, d’entendre les conversations s’interrompre lorsqu’un représentant du pouvoir apparaît au coin d’une rue.
Christopher Laquieze possède ce talent précieux qui consiste à rendre son décor vivant.
Cette immersion tient beaucoup à son écriture. Une écriture riche sans être démonstrative, imagée sans jamais devenir pesante. On sent l’amour de l’auteur pour les grandes littératures sud-américaines, mais il y a derrière ce roman une véritable voix personnelle.
On appréciera également la place qu’occupe l’étrange dans le récit. Par petites touches, Christopher Laquieze introduit des éléments qui viennent troubler la frontière entre le réel et l’imaginaire. Rien de spectaculaire. Rien qui rompe l’équilibre du roman.
Au contraire, ces moments semblent appartenir naturellement à cet univers où les croyances, les souvenirs et les légendes continuent de cohabiter avec le quotidien.
Mais réduire « la rosa perdida » à son ambiance ou à son décor serait passer à côté de ce qui fait la force de son texte, à savoir la manière dont il parle des conséquences de la peur sur les individus.
La violence est partout, mais elle n’est pas seulement physique. Elle s’insinue dans les relations, dans les choix, dans les renoncements. Christopher Laquieze montre avec beaucoup de justesse comment un climat de terreur finit par modifier profondément les comportements.
Ce qui m’a plu aussi, c’est que Christopher Laquieze ne se contente pas de raconter la peur et la violence. Son roman est traversé par des liens qui résistent au temps, aux erreurs et parfois même aux tragédies.
C’est probablement cet équilibre qui m’a le plus séduit. Le livre n’ignore rien de la cruauté des hommes, mais il n’oublie jamais non plus leur capacité à résister. Derrière la dimension romanesque du récit, derrière ses secrets, ses drames et ses affrontements, il existe une véritable émotion qui accompagne le lecteur jusqu’aux dernières pages.
Christopher Laquieze a réussi quelque chose de rare pour un premier roman. Non seulement raconter une belle histoire, mais surtout créer un univers cohérent, peuplé de personnages dont on se souvient encore plusieurs jours après avoir terminé sa lecture.
Au final, « la rosa perdida » est le genre de roman que l’on est heureux d’avoir découvert dès sa sortie. Un roman ambitieux, généreux, porté par une vraie sensibilité et une réelle maîtrise du récit.
En refermant « la rosa perdida », je me suis surtout dit que Christopher Laquieze avait réussi son entrée en littérature.
Une belle découverte et, pour ma part, une raison supplémentaire d’attendre avec curiosité son prochain roman.
ACQUISITION : LIBRAIRIE


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