AUCUNE BÊTE

MARIN LEDUN

ÉDITIONS IN8

 

« Oubliez les physiques sveltes et gracieux des gazelles du demi-fond ou du marathon télévisuel. Oubliez les heptathloniennes et les sauteuses en hauteur aux quadriceps et aux muscles fessiers photogéniques. Oubliez les ports altiers, les canons de beauté grecque, les jambes longilignes accaparées par les grandes marques du sport, les cheveux tressés de perles multicolores, les jeunes nymphes de vingt ans aux hanches parfaites, les pré-retraitées de trente ans au sourire ravageur reconverties dans le mannequinat haute couture. Oubliez le monde merveilleux et ultra-normatif du grand barouf publicitaire sportif. Place aux corps imparfaits, celui des invisibles« .

Elle court Vera.

Elle court depuis toujours. C’est sa raison d’être.

 Mère de famille qui trime à l’usine, la course est son échappatoire, son oxygène, sa fuite.

Invisible et insignifiante dans sa vie sociale, elle est un nom, une championne dans son sport.

Une étoile.

Mais une étoile tombée de son firmament pour une histoire de dopage qui n’en était pas une.

Huit ans d’absence, huit ans durant lesquels sa rivale de toujours a pris sa place.

L’Espagnole Michèle Colnago est devenue la nouvelle coqueluche de la discipline.

Plus jeune, plus affutée, une mécanique de course programmée pour la gagne, bien décidée à ne pas laisser Vera reconquérir sa couronne.

Mais Vera est de retour.

La voilà enfin dans une course officielle, après ces huit années effacées du monde.

Et cette Espagnole en ligne de mire, qui ne lâche rien, n’exprime rien, ni crainte, ni satisfaction à la revoir. La voit-elle seulement ?

La course est longue. 24 heures. L’organisme souffre. Vera se fait distancer, mais s’accroche. Peut-être pourrait-elle se concentrer davantage s’il ne fallait pas aussi se soucier de sa propre famille, avec un mari incapable de gérer leur aînée.

La compétition est constante, et la tension avec elle. Le corps qui s’effrite, l’esprit qui divague, les réflexions qui s’incrustent. Cette course est elle une fuite ou une quête ?

Qui aurait pensé que tout pouvait basculer par la captation fortuite d’une scène à laquelle Vera assiste ?

Dès lors, tout va changer. Et le combat n’est peut-être plus que sur l’asphalte ni celui d’une seule femme.

Je le dis souvent, la nouvelle, ici une novella, est un exercice périlleux pour un auteur.

 En s’y essayant, Marin Ledun s’en sort à merveille avec la courte histoire (70 pages environ) de ces deux femmes que tout oppose. L’une tombée en disgrâce et l’autre au sommet de sa gloire et dont les parcours vont finir par se confondre et les réunir.

À travers la compétition que se livrent les deux championnes, l’auteur aborde la question de la condition féminine, dont le sport n’est qu’un de ces domaines où , au prétexte de réussite et de célébrité, celles-ci doivent consentir à des sacrifices parfois scandaleux.

Avec «Aucune bête » , qui reprend les mots d’un pilote qui s’était écrasé dans les Andes dans les années 20 et qui avait survécu par la force de son mental ( « Ce que j’ai fait, jamais aucune bête ne l’aurait fait ») , Marin Ledun dépeint sévèrement l’envers du décors sportif  où les compétitions, à fortiori féminines, relèvent davantage de l’abattage pour le plaisir machiste de la gente masculine, que de la beauté d’un geste qui  leur offrirait véritablement reconnaissance et épanouissement.

Un petit mot de l’éditeur IN8 pour finir. Si vous aimez les courts romans, c’est à lui qu’il vous faut vous intéresser. Nombre de grandes plumes se sont essayées à la novella, comme Marcus Malte, dont j’avais eu le plaisir à l’époque de lire et de chroniquer le formidable « Canisses » que vous trouverez sur l’ancien site de Passion Polar ( lien). Leur catalogue compte pas mal de titres intéressants. N’hésitez pas à le consulter sur leur site.

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2 Commentaires

  1. HADOUX

    Passionnant j’ai hâte de le lire

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