DONNEUR et ROSE ROYAL

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas d’un, mais de deux petits romans dont je vais vous parler aujourd’hui.

Il y a quelque temps je vous avais dit tout le bien que je pensais des éditions IN8, qui publient régulièrement de courts textes, mais qui sont toujours d’une grande qualité et dont on prend plaisir à lire.

C’est encore le cas aujourd’hui avec « Donneur » de Mouloud Akkouche et » Rose royal » de Nicolas Mathieu.

DONNEUR de Mouloud AKKOUCHE :

Nous ne sommes jamais vraiment préparés à la mort, que ce soit la sienne ou celle d’un proche.

Surtout quand celle-ci se fait malicieuse pour vous surprendre au moment où vous vous y attendez le moins.

Prenez Carole. La nuit avait été douce et la journée s’annonçait plutôt belle.

Pourtant à côté d’elle, Fabien est raide mort. L’homme de sa vie n’est plus de ce monde et Carole se retrouve seule avec cette mort inopinée qui la prend en traître.

Fabien lui, avait tout prévu. S’il lui arrivait quelque chose, son corps devait revenir à la science. Et le délai est plutôt court si l’on veut qu’il soit encore utile à quelque chose. 48h.

Mais pour sa compagne les choses sont trop brutales, l’idée de donner ce corps qui fut celui de l’être aimé lui est insupportable. Mais ne pas le faire serait aussi trahir la promesse qu’elle lui a faite un jour.

Ne pas décider. Fuir.

Elle quitte la chambre, saute dans sa voiture, laisse Bordeaux derrière elle et avale les kilomètres pour se rendre au Pays basque. Là où son père avait une maison de pêcheur, et dont elle a hérité à sa mort.

Oublier un instant ce malheur qui l’atteint, encaisser ce mal qui doit amorcer le deuil, s’aérer pour réaliser qu’on change de vie. Être seule pour réfléchir.

Oui, mais voilà, sur place, la bâtisse n’est pas vide. Un squatteur occupe les lieux.

Samir aussi fuit quelque chose. Un vécu, un présent.

Ces deux êtres n’ont rien en commun si ce n’est cette échappée qui fait se percuter leur histoire personnelle.

Alors on est bien obligé de parler, de se livrer, un peu, de s’apprivoiser pour rendre la cohabitation viable.

Et de remonter les souvenirs, de sortir les vieilles photos. Un lien peut être qui finalement rapproche ces deux êtres meurtris.

Mais la fuite n’est jamais un point d’arrivée. C’est un mouvement perpétuel qui vous oblige à vous remettre en route.

Pourtant ils ne seront plus les mêmes après leur rencontre.

Comme deux boules de flipper qui se télescopent et prennent une autre trajectoire, cette rencontre fortuite va d’une certaine manière les remettre à l’endroit, et leur donner l’envie de (re)construire ce que peut-être ils auraient dû toujours être.

Un très beau texte, sobre, touchant, et empreint de beaucoup d’humanité, qui parle de mort, de fuite, de cette obligation parfois de ralentir, de s’arrêter même, pour reprendre son souffle ou se retrouver.

Et cette nécessité impérieuse de l’Autre pour exister et avancer.

ROSE ROYAL de Nicolas Mathieu

En 2018 Nicolas Mathieu créait la surprise en recevant le prix Goncourt pour son très beau roman « Leurs enfants après eux ». Le succès en librairie qui avait précédé l’obtention du prix s’en trouva évidemment démultiplié.

Étonnamment c’est avec un très court texte, pas plus de 70 pages, que Nicolas Mathieu nous revient .

Rose a la cinquantaine. Si elle est encore séduisante, le temps fait son œuvre en laissant au fil des ans les traces de son passage.

Célibataire, elle en est revenue des hommes comme de la vie.

Si elle a élevé deux enfants, qui aujourd’hui adultes ne lui donnent des nouvelles que deux fois par an, elle n’attend plus rien de la gent masculine. À son contact elle n’a reçu d’elle, davantage de souffrance que d’amour.

Le sexe n’est pas exclu de sa vie pour autant. Une rencontre sans lendemain de temps en temps via un site spécialisé suffit à son équilibre. Mais Rose est prudente. Elle sait combien les hommes peuvent parfois être retors, voire violents. Alors elle ne se sépare plus du petit pistolet qu’elle garde dans son sac à main. Pour le cas où.

Non, son truc à elle aujourd’hui, c’est de retrouver sa copine Marie Jeanne, coiffeuse de son état, avec qui elle trompe sa solitude tout en éclusant des verres de bière qui la rendent euphorique.

Ainsi en est-il de son train-train habituel, entre son boulot de secrétaire de direction et ses soirées au Royal. Une vie sans relief, mais sans soucis non plus.

Pourtant, un soir, un homme rentre brusquement dans le bar où se trouve Rose. Dans ses bras, son chien qui vient d’être percuté par une voiture. La bête souffre terriblement et n’a aucune chance de s’en sortir. Alors Rose extrait son calibre 38 de son sac et achève l’animal.

Quelques jours plus tard, l’homme se manifeste. De fil en aiguille, de rendez-vous en échange, Rose qui s’était promis de ne plus se faire avoir par un homme se laisse peu à peu embarquer dans une nouvelle idylle, qu’inconsciemment peut-être, elle espérait toujours.

Le retour à la réalité va être particulièrement brutal.

C’est une histoire banale que nous raconte Nicolas Mathieu, quelle en est glaciale ,tant elle offre à lire le quotidien de bien des femmes de notre pays et d’ailleurs, qui aux promesses de l’amour voit succéder la violence des coups et la désillusion qui l’accompagne.

Car c’est bien le sujet de la violence qui leur est faite qu’aborde l’auteur dans cette novella.

Sans pathos, mais avec une vraie finesse dans l’écriture, Nicolas Mathieu nous dépeint cette réalité ordinaire dans laquelle surgit le drame, où la domination masculine s’imprime en filigrane tout au long de la vie de cette femme qui n’aura de cesse de lutter pour s’en soustraire.

Mais le destin est parfois prédateur, et il ne lâche pas si facilement sa proie.

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2 Commentaires

  1. Philippe

    Je ne connaissais pas Nicolas Mathieu.
    En attendant de me procurer ce dernier opus, j’ai acheté sur les conseils de mon libraire, « aux animaux la guerre » que je lirai prochainement.
    Juste en passant : il n’y a pas de « d » à retors..et j’aurais mis un « s » à violent.
    Si Rose a un petit pistolet qu’elle garde dans son sac à main, ce ne peut peut être un « calibre 45 » qui est un vraiment gros pistolet. Je verrais plutôt un 6,35 voire un 7,65, mais surtout pas un 45 !
    Encore merci pour toutes ces belles présentations.

    • La petite souris

      Bonsoir Philippe ! Si tu ne connais pas encore cet auteur alors tu vas aimer le découvrir, et son roman  » aux animaux la guerre » te régaler, enfin j’espère ! Pour le reste effectivement le calibre est un .38 et non un .45 ( j’ai du me replonger dans le livre pour le coup ^^ ) ( Pour le reste j’ai effectué les deux petites corrections que tu m’as signalées. Merci pour ta vigilance !)

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