LA FOIRE AUX ORGANES

MATHIEU PICARD

EDITIONS COUP DE TÊTE

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orgAvec un titre aussi explicite que celui ci, le lecteur sait à quoi s’attendre !

 Depuis une dizaine d’années que les séries américaines et consœurs prennent pour cadre le milieu hospitalier nul doute que celui ci n’a plus de secret pour vous. Du moins ça, c’est que vous pensiez avant d’ouvrir le roman de Mathieu PICARD.

Venez donc, entrez dans cet hôpital où officient les personnages de cet auteur qui signe avec  » La foire aux organes » son premier roman. Un bouquin d’à peine 150 pages mais qui donne un bon aperçu de l’univers complètement déjanté de cette jeune plume française.

Ici point de chevaliers en blouse blanche imbibés de bon sentiments . La vie n’a de sens que si elle a une valeur marchande. L’hôpital est aussi une entreprise et laaccmédecine, un secteur hautement concurrentiel. Il faut faire tourner boutique. Ici comme ailleurs des enjeux financiers sont à l’œuvre et donnent le sens de la marche.

Simon Becher Jr est jeune. Et comme beaucoup de jeunes de son âge, l’insouciance, la vitesse, le sentiment d’immortalité l’attire inexorablement vers les arbres des bord de route. Dans l’élan tempétueuse de sa jeunesse, c’est encastré dans l’un d’entre eux qu’il finira un jour sa course.

chir-jpgSi la femme qui l’accompagnait est partie avec les anges, Simon lui, va rester en enfer, parmi les hommes, relié à la vie par le moteur des machines qui ont supplanté ses organes défectueux. Plongé dans les limbes comatiques il garde une certaine conscience tandis que l’on s’agite autour de lui.

Simon n’est plus en état de décider quoique ce soit. Rester en vie ou vouloir partir n’est pas un choix qu’il lui est accessible. D’ailleurs pour tout dire, sa vie ne lui appartient plus.

Car si s’incruster dans un arbre en disait déjà long sur l’efficience de sa bonne étoile, la présence de son père dans le scénario de ce qui lui reste de vie , aurait tendance à transformer celle-ci en véritable trou noir .

Haut dirigeant d’un groupe pharmaceutique, à fond dans le business, c’est un homme froid et calculateur, un dominant ascendant carnassier.  A l’inverse son épouse est soumise ,obéissante , etprod laisse l’organisation de son existence aux bons soins de son époux.

C’est parce qu’elle est effondrée que Simon Becher père va décider de tout entreprendre pour sauver son fils. Et peu importe qu’il faille en passer par trois ou quatre greffes d’organes vitaux coup sur coup. La fin justifie les moyens et dans la balance les avis des chirurgiens ne pèsent rien.

 D’autant qu’à travers lui, sa société va peser de tout son poids et de son influence pour entreprendre cette première médicale. L’occasion étant trop belle d’utiliser pour la première fois un produit mis au point par ses laboratoires de recherche. Un pactole assuré en cas de succès. Alors le fiston peut bien se prêter au jeu.

A première vue, voilà un roman d’un cynisme effroyable, à des années lumières de l’univers humaniste décrie à longueur d’épisodes dans les séries américaines et autres.

prod3Dénonciation de l’acharnement thérapeutique, du lobby des grands groupes pharmaceutiques plus soucieuses de profits et de rentabilité que du bien être du genre humain, Mathieu Picard, s’il n’innove pas sur le sujet, réussi néanmoins à signer un roman glaçant à souhait.

Dans cet univers à vous donner froid dans le dos, c’est à travers les personnages secondaires du roman que le lecteur trouvera des traces d’humanité et de compassion, à l’image cette infirmière criblée de dettes mais qui s’attache à la personne de Simon Becher Jr et veille sur lui avec tendresse.

Et c’est là toute l’intelligence de l’auteur que de laisser entre apercevoir des rayons d’humanité à travers ces tranches de vie quotidienne de ces personnages de second plan, mettant ainsi en exergue toute la monstruosité de l’entreprise opéré par le père de la victime.

En 150 pages Mathieu Picard donne un aperçu de son talent et de sa faculté à condenser en peu de ligne une histoire qui donnera paradoxalement au lecteur le plaisir de se retrouver mal à l’aise.

Car impossible pour lui d’ignorer que nous passons tous un jour, pour une raison ou pour une autre, par la case « hôpital » et que peut être le cobaye, la prochaine fois, ce sera lui.

L’avis de Claude Le Nocher ICI

8 Commentaires

  1. Sylvie

    Tiens, tiens, une parenté avec le « Corps désirable » de Hubert Haddad, non ?

    • La petite souris

      bonsoir Sylvie . Je ne suis pas en mesure de te répondre n’ayant pas lu le roman que tu signales. Mais du coup je vais m’y interesser. Le sujet semble se rapprocher de celui de H. Haddad, reste à savoir comme lui à traité ce sujet. Interessant de comparer ! 🙂

  2. Jean Dewilde

    Mon mulot,
    C’est fou ce qu’une bonne chronique peut faire! Voilà que tu me donnes l’envie de découvrir et l’auteur et le livre (est-ce un premier roman ?). Et puis, j’ai toujours une attirance pour ces romans assez courts car un auteur qui parvient à nouer son intrigue en 150 pages a du talent. Merci, mon rongeur. Amitiés.

    • La petite souris

      Salut Jean ! Oui il s’agit effectivement d’un premier roman. Un bouquin surprenant, dérangeant comme je l’indiquais à Nathalie, qui se dévore d’une traite.

  3. Encore une découverte et qui n’a pas l’air d’être la moins intéressante!

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