LA MAISON DU COMMANDANT

13 juin 2021

Roman de

Valerio VARESI

Édité chez

Agullo

Date de sortie
6 mai 2021
Genre
Policier
Pays de l'auteur
Italie
Traduction
FLORENCE RIGOLLET
Avis

C’est devenu un rendez-vous incontournable. Pour rien au monde je ne manquerai la sortie d’un nouveau livre de Valério Varési que les éditions AGULLO ont eu l’excellente idée de faire découvrir au public français.

Car lorsqu’on lit un roman de cet auteur que d’aucuns considèrent comme le Simenon italien, on ne peut que tomber sous le charme de son écriture poétique et de la mélancolie de Sonori, son commissaire si attachant et terriblement sensible.

C’est une nouvelle fois dans la Bassa que nous le retrouvons. Une région traversée par le Pô. Un coin d’Italie où les contours de la terre et du fleuve, sous l’effet désorientant de la brume, semblent se mélanger et s’estomper pour offrir une vision troublante et pénétrante de ce paysage unique.

Un immigré hongrois tué d’une balle dans la tête. Le corps sans vie d’une figure de la résistance italienne durant la guerre, retrouvé quelques heures plus tard dans sa maison isolée, et voilà notre commissaire amené à conduire une enquête qui s’avèrera beaucoup plus complexe qu’il n’y parait de prime abord.

Notre homme va devoir s’intéresser à ces migrants qui vivent et se déplacent comme des ombres le long du fleuve, traînant leurs caravanes, braconnant le silure pour le revendre aux Chinois, et que la hiérarchie de Soneri soupçonne également de trafic d’armes. Une communauté difficile à cerner et qui attire sur elles toutes la haine des natifs des lieux.

Mais Il devra aussi remuer la vase d’un passé historique pour essayer de comprendre la mort du commandant Manotti, ce vieux partisan, figure régionale d’un temps révolu, que Soneri connaissait bien et pour lequel il avait un profond respect.

C’est lui qui a découvert son ami. Profitant de sa présence dans ce secteur il avait voulu lui rendre une visite et avait trouvé l’ancien résistant sur sa chaise, le corps passablement abîmé par une mort remontant déjà à quelque temps.

Dans ce coin d’Italie, à l’écart des circuits touristiques, le fleuve impose sa marque. Il engendre une atmosphère particulière, imprègne et influe le cours des choses et la vie des gens.

De la brume surgissent des fantômes ou des êtres pittoresques qui croiseront Soneri dans ses déambulations, à l’image  de Carega , vieux professeur et philosophe à ses heures,qui partagera avec le commissaire sa vision du monde, ou de Nocio, qui accompagne la crue du Pô par du Verdi qu’il diffuse à tout va.

Car dans ce roman la colère gronde.

 Celle du fleuve qui déborde et emporte dans ses flots tumultueux bien des secrets, à moins qu’il n’en révèle au contraire, sans toutefois livrer tous ses trésors.

Celle des gens touchés de plein fouet par la crise et qui ne trouvent d’autre exutoire à leur relégation sociale que le déni de l’étranger porteur de tous les maux qui les frappent.

Mais plus surprenant encore, pour ceux qui suivent les aventures du commissaire depuis ses débuts, celle de Soneri.

Lui habituellement si calme et posé, se découvre à nous énervé , agacé et maugréant, dont son fidèle Juvara fera régulièrement les frais.

Sa colère va d’abord à l’endroit de sa hiérarchie qui l’exaspère, en particulier le questeur qui le prend de haut et a la prétention de lui faire la nique.

Mais c’est peut-être aussi celle de ne pouvoir agir sur un monde qui mute et qui voit disparaître peu à peu tout ce qui faisait le charme de ce pays et de son art de vivre.

 La conscience de perdre ses dernières illusions, impuissant face aux changements sociétaux, où le chacun pour soi prime sur la solidarité collective.

Entre les locaux attachés à leurs traditions et les populations venues d’ailleurs, l’alchimie n’opère pas.

Pour Sonori c’est une forme de désespoir que de voir cette région autrefois terre de combat pour la liberté devenir une terre d’intolérance et d’oubli. Un lieu où le monde peut s’y perdre.

Reste pour Soneri le plaisir de la bonne chère qui ne le quitte pas et qu’il continue d’honorer, et sa relation avec Angela sa compagne. Une relation qui n’a rien d’un fleuve tranquille, forgé sur l’incertitude du lendemain, où le doute reste persistant.

Mais c’est peut-être ainsi que l’on se maintient éveillé au monde et que l’on a encore la sensation d’être vivant.

Ce roman marque sans doute un tournant dans la vie de ce commissaire auquel on ne peut que s’attacher. Un peu moins nostalgique et plus amère, plus irrité face à l’évolution d’un monde et à la perte de ses repères et de ses valeurs.

Toujours empreint de poésie, Valerio Varesi n’a pas son pareil pour peindre les paysages captivants de la Bassa et pour restituer cette atmosphère troublante, offrant au lecteur une sorte de flou artistique volontaire qui mêle le présent et le passé.

Si je garde toujours une préférence pour son précédent roman «  Or, encens et poussière »,qui pour moi reste son plus beau texte à ce jour, «  la maison du commandant » est encore une fois une réussite, et l’auteur, n’en doutons plus s’il vous plaît, est véritablement une des plus belles plumes transalpines !

 

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4 Commentaires

  1. LIONEL

    Bonjour Bruno, je vais t’avouer un grand (ou peut être tout petit) secret, j’ai beaucoup de Varesi dans ma pile à lire, depuis longtemps, très longtemps et ……j’ai honte, je n’en ai pas encore lu un seul !!!!! j’adore la lecture (éclectique je suis) et bien sur ma préférence va au « polar », c’est ma passion (je sais c’était facile), Oui pas lu un seul Valerio, mais suite à ta chronique encore et toujours alléchante je vais m’y mettre……………. je pensais commencer par « Le fleuve des brumes » et si je ne me trompe pas tu en as déjà parlé !!!! donnes moi ton avis s’il te plait. Bref, toujours est-il que cet opus me tente aussi……une dernière chose et tu me diras si cela est exact ……Tous les Valerio Varesi ne sortent-ils pas des années après leurs parutions en Italie ????? Merci encore pour tout ton travail de dissection littéraire……………Amicalement Lionel

    PS si ton intention est la comparaison à Georges Simenon alors qui peut y résister……c’est un de mes auteurs préféré (je dispose de toute sa collection chez « Omnibus » )

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    • La petite souris

      RoooOOOOH mais tu n’as pas honte !!!?? depuis le temps que je t’en parle de cet écrivain ! 🙂 bon faute avouée et à moitié pardonnée !! maintenant tu n’as plus le choix que de te jeter à l’eau. Oui commence par « le fleuve des brumes », d’abord parce que c’est le premier roman publié en France ( mais pas le premier où apparait le commissaire Soneri si je ne me trompe pas), je pense que tu devrais l’aimer. Tu verras c’est une atmosphère particulière. Le lire en premier aussi car si tu lis les suivants tu verras l’évolution de ce personnage auquel on ne peut que s’attacher. C’est sans doute un de mes policiers préférés. Quant à la parution des romans en France, oui effectivement elle intervient plusieurs années après leurs sorties en Italie. Il faut dire que ce sont les éditions Agullo qui ont fait découvrir l’auteur en France et que cette maison d’édition n’a que 5 ans d’existence ( et sans doute déjà une des toutes meilleures en France). Je suis impatient d’avoir ton retour de lecture Lionel !! 🙂

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  2. michel devondel

    Bonjour Lionel (si on me permet le ricochet?),
    Bonjour Topolino (petite souris en italien…je me permets pour l’occasion)

    J’avoue être un aficionado (ou tifoso, c’est plus correct) des polars italiens : Carofiglio, Carlotto, Manzini, Malvadi….Camilleri, bien sûr, et tutti quanti (même en remontant à Sciascia, Fruttero & Lucentini)!..un mélange souvent d’humour et de désespoir qui rappelle la grande période d’un autre art: celui cinématographique de la comédie (humaine) à l’italienne…sombré, corps et bien, à l’époque de Netflix Imperator.

    Quand je vois (ou voyais plutôt) le nom de Varesi, je ne pouvais m’empêcher d’avoir un regard circonspect avec mes sourcils en forme de « ? « et allez reparti pour parler du Simenon de la Plaine du Pô, alors que Soneri ne fume que des Toscanis et nullement la pipe!

    Tout le monde le loue….!!!
    et moi?, et moi?, et moi?…cela m’irrite, pas bon cela!…moi, qui suis Bruxellois; je commence à avoir des réactions de Parigots, pas bon non plus, cela!!!

    Finalement, j’ai quand même déjà essayé, non? mais, l’ais-je terminé, je ne m’en rappelle pas!

    Hé ben, oui, je me suis endormi quelques fois à la lecture du « Fleuve des Brumes »… cette histoire de revival entre fachos et gauchos, genre Peppone et Don Camillo, sans les scènes comiques! Vague à l’âme le long du fleuve par un après-midi de brouillard, pis que Brel chantant la pendaison d’un canal flamand!

    Donc, même réflexe que Lionel, on achète en livre de poche en attendant….le jour où on hésite entre deux, trois choses : un scandinave en plein mois de juin, bof….un amerloque genre Westlake parlant des Mayas (je ne bois plus trop et je ne fume plus pour planer depuis longtemps!, rebofbof).

    Bon autre chose sous le coude? ah oui « Or, Encens et poussières »….tiens, cela sonne un peu Zucchero…bon, on va bien essayer un chapitre (c’était il y a dix jours)….j’en suis à la fin des « Ombres de Montelupo » et près à attaquer « Les Mains vides »!

    J’en dirai pas plus.

    Je me pose la question de savoir si j’ai bien lu ce premier roman !!!!!!!!

    Car, je n’ai qu’une envie, c’est d’aller à Parme (ville souvent sur un itinéraire, mais sans y mettre jamais les pieds) et me rendre dans une trattoria pour y rencontrer Soneri en partageant Bonarda et Culatello….et en omettant très fort de lui demander si cela va maintenant avec Angela?

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    • La petite souris

      Bonjour Michel ! Tout d’abord mille excuses de te répondre si tardivement mais en ce moment côté professionnel je suis overbooké !!! je suis d’autant plus désolé que tu as bien pris le temps d’exprimer ton ressenti par rapport à Valerio Varesi !  » Le fleuve des brumes » pour ma part je l’ai beaucoup aimé mais ce n’est pas pour moi son meilleur, qui est jusqu’à présent, mais cela ne va pas t »étonner, » or, encens et poussière » ! 😉 Après je me dis que parfois il ne suffit pas de prendre un bouquin et de le lire, encore faut il que ce soit le bon moment pour le faire. Il m’est arrivé de passer à côté de romans qui pourtant avaient été encensés par la critique. Mais mon esprit à ce moment là n’était pas forcément disponible comme à l’accoutumé ( periode intense au boulot comme en ce moment par exemple, ou tout simplement humeur du moment.). J’ai parfois relu un bouquin que j’avais moyennement apprécié pour me rendre compte qu’effectivement il y avait plus à en tirer que je ne pensais. Bon après il m’arrive de ma pas aimer un bouquin que d’autres ont adoré 🙂 c’est ca la magie de la lecture ! 🙂

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