LA PLACE DU MORT

PASCAL GARNIER

EDITIONS POINTS

la place du mortC’est un petit roman, comme aimait en écrire souvent Pascal Garnier. Et c’est une nouvelle une fois un écrin pour une histoire d’une extraordinaire banalité , qui par notre action badine en deviendrait effroyable. Car l’homme est de ces insectes qui ont une propension à se précipiter tête baissée dans la toile du destin qui va les emprisonner et transformer leur vie ordinaire en drame..

Il faut parfois un coup de marteau un peu trop fort du destin contre les murs de l’existence de ceux qui nous sont proches, pour qu’une brèche apparaisse et laisse entrevoir une pièce méconnue; Que la lumière qui l’éclaire alors mette à jour un pan de leur vie restée jusque là soustrait à nos regards, pour que nous prenions conscience d’une autre réalité.

 Mais la vérité qu’elle met alors à jour est crue, et nous fait réaliser que la vie dans laquelle nous bercions notre quotidien n’était qu’un mirage, et que ce que nous croyions solidement bâti n’avait été construit que sur le sable du mensonge.

Fabien menait jusqu’ici une existence paisible jusqu’au jour où, au retour des obsèques de son père, il apprend en écoutant les messages de son répondeur que sa femme est morte. Un banal accident de la route qui met fin à une vie commune qui avait fini par perdre le sel d’un amour partagé et qui s’était figé dans la routine d’une vie d’un couple qui devenait progressivement étranger à lui même.accident

Mais le coup du destin reste rude, et va ébranler jusque dans ses fondations, les certitudes de Fabien.

Car Sylvie, apprendra t-il, n’était pas seule dans sa voiture quand elle a perdu la vie. A ses côtés, mort lui aussi dans l’accident, son amant. C’est en allant rejoindre le lieu caché de leur relation adultère que le drame s’est produit.

Fabien accuse le coup, abasourdi. Pourtant pas de larmes, pas de regrets, juste un constat. Il est maintenant, veuf, seul et libre. Le temps avait déjà fait son œuvre dans la distanciation des liens qui l’unissait à Sylvie.

Il se réfugie d’abord chez son ami Gilles, régresse un temps en sa compagnie en buvant et en jouant aux lego avec lui, avant d’avoir une idée. Toute simple. Comme une réponse à ce coup du sort, à ce destin pervers qui s’est joué de lui.

Prendre la place du mort. De l’autre. Séduire sa femme, la lui prendre comme il lui a pris la sienne.

Alors il se renseigne, la retrouve et la suit. Dans la rue, en vacances. Mais elle n’est jamais seule. Une amie est avec elle, la couve et la protège. Pourtant il finira par l’approcher, établir le contact et pour finir par la séduire malgré la copine qui voit cette liaison d’un très mauvais œil.

Alors bien sûr, les choses vont prendre une drôle de tournure, et comme nous sommes dans l’univers de Pascal Garnier elles vont virer au noir le plus absolu et précipiter les protagonistes dans un maelstrom chaotiqufeme. Car la vie raffole de ces petits grains de sables qui viennent tout mettre en péril et parce qu’elle sait que l’homme est toujours l’artisan de sa propre destruction.

Pascal Garnier est assurément et définitivement un de mes auteurs français préférés. Disparu trop tôt en 2010, ses romans sont aujourd’hui progressivement réédités.

L’occasion de découvrir ou de redécouvrir un écrivain à la plume économe mais à au trait saillant, un auteur qui savait parfaitement saisir les travers de ses contemporains dont il aimait à se jouer dans ses romans.

On se délecte de leur lecture, et du plaisir qu’avait l’auteur à saisir la faculté de ses congénères à se fourvoyer dans des situations dramatiques sans qu’il est besoin qu’on les y aide à cette fin. L’homme est capable du pire, mais surtout du pire. Pascal Garnier en sourit, s’en amuse.

Et le lecteur à sa suite ne peut que partager ce plaisir fait d’effroi et d’humour , mélange détonnant qui donne tout sa saveur aux romans de Pascal Garnier.

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10 Commentaires

  1. Bonjour Bruno
    Pascal Garnier savait décrire en peu de pages une atmosphère, une ambiance, des personnages ordinaires. Il a démontré qu’en peu de pages on pouvait écrire un grand roman tandis que bon nombre d’auteurs noircissent beaucoup de pages pour des petits romans
    Amitiés

    • La petite souris

      bonsoir Paul ! effectivement un super roman signé d’un grand bonhomme ! et je suis content d’avoir encore pas mal de ses oeuvres à lire !!! 🙂 Amitiés

  2. Je ne connais pas du tout l’auteur. Comment ne pas noter son nom sur nos tablettes après un tel cri du coeur de notre ptit mulot ! 😉

    • La petite souris

      comme je viens de le preciser dans ma réponse précédente, il s’agit là d’un auteur important dans le noir français. Les éditions POINTS ont réedité certaines de ses oeuvres et c’est tant mieux. Franchement Yvan si un jour tu as l’occasion, n’hésite surtout pas ! 🙂

  3. Ah mon mulot, Quel bouquin !
    J’avais découvert cet auteur avec « Lune captive dans un oeil mort », petit bijou dont malheureusement le final était bâclé, je trouve. »La place du mort », je me le relirais bien un jour, formidable de bout en bout. J’ai dans ma tête un autre titre que je n’ai pas encore lu: « La théorie du panda ». Énorme auteur qui effectivement en peu de pages réalise des prouesses. A consommer sans modération. La bise.

    • La petite souris

      j’avais lu et chroniqué  » lune captive dans un oeil mort », que je remettrai sans doute un de ces quatre au gout du jour. Lu aussi  » La théorie du Panda » que j’ai devoré, lu d’une traite ! inutile de te dire que je l’ai aimé ! Pascal Garnier est vraiment un auteur à decouvrir ou à redecouivrir ! dommage qu’il nous ait déjà quitté !!!! Amitiés 🙂

  4. Moi non plus je ne connais pas du tout.
    J’aime beaucoup les histoires qui ont une trame complètement banale au démarrage. Ca permet de s’immerger dans l’histoire et la surprise est encore plus forte quand l’extraordinaire rejoint l’ordinaire
    Des bizoos au passage 🙂

    • La petite souris

      Alors tu ne devrais pas être déçue par celui ci ! tu m’en diras des nouvelles ! 🙂 bisou à toi aussi !!! 🙂

  5. En lisant ta chronique, je me rappelle avoir lu ce bouquin il y a quelques années, et ce qui m’agace, c’est que je suis infoutu de dire si j’avais aimé ou non… Un relecture s’impose peut-être…

    • La petite souris

      je pense que si tu relis ce court roman, je suis sûr que tu y prendra autant de plaisir que la première fois ! N’hésite surtout pas Vincent ! 🙂

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