LE CLUB DE MACAO

27 septembre 2020

Roman de

Pedro GARCIA PEDROSA

Édité chez

Chandeigne

Date de sortie
28 mai 2020
Genre
Policier
Pays de l'auteur
Portugal

Depuis que Passion Polar existe, je ne crois pas avoir eu l’occasion jusqu’ici de chroniquer un auteur portugais.

Je viens donc aujourd’hui réparer ce coupable oubli, grâce aux éditions Chandeigne, qui sont justement spécialisées dans la littérature lusophone, mais aussi grâce à une fidèle abonnée de Passion Polar qui m’avait invité lors d’un échange, à m’intéresser à cette partie du continent européen, sans doute encore trop méconnu des polardeux français.

Macao, 1986. La ville n’est pas encore repassée dans le giron chinois qui n’interviendra qu’en 1999. Ils sont un noyau d’expatriés. Tous occupant déjà des postes à responsabilités.

Ils sont juges, médecins, policiers, présentateurs télé, et ont pour point commun d’avoir créé ensemble un cercle confidentiel dédié à leurs divertissements.

 Mais le « club de Macao » n’est pas une association de gentlemans. C’est un lupanar où ces expatriés se retrouvent et profitent de jeunes Chinoises encore adolescentes, mises à leur disposition par le chef d’une triade locale.

L’éloignement du pays et de leur famille, le sentiment d’impunité, l’émancipation de toute culpabilité leur donnent l’impression d’être hors d’atteinte, tant leur organisation est bien rodée.

Mais comme souvent, il suffit d’un petit grain de sable pour que tout se grippe et vire à la catastrophe.

Ce grain de sable a le visage d’une belle jeune fille,Li Huei, qui rêve d’une autre vie, hors de Chine, et qui va tomber enceinte, bien décidée à garder son enfant.

Son meurtre, peu de temps après la naissance de son bébé, va marquer un coup d’arrêt aux activités illégales de ce club, provoquant pour la plupart de ses membres, un retour précipité vers au Portugal, en n’oubliant pas d’effacer toute trace de leur forfaiture collective.

Vingt ans ont passé.

Chacun a poursuivi son ascension sociale et professionnelle. Presque tous occupent des postes clés dans la société lisboète à l’image de Carlos de Sousa Ribeiro devenu procureur général, et qui vise maintenant la présidence de la République, préparant sa candidature à la prochaine élection.

Le magistrat s’est construit une réputation d’incorruptible et d’homme de loi tenace, qui a à son actif le démantèlement d’un réseau pédophile au sein d’une institution accueillant des orphelins.

Pour atteindre le but ultime qu’il s’est fixé, il sait pouvoir compter sur ses amis de l’époque devenus, pour l’un chef de la police, pour les autres chirurgien de renom ou présentateur vedette d’une chaine nationale.

Mais les fantômes du passé ne vont pas tarder à resurgir et venir entraver l’ambitieux projet du procureur.

Car un homme n’a pas oublié ce qu’il s’est passé à Macao.  Lui était amoureux de la jeune Li Huei, et envisageait même l’épouser. C’est lui qui avait découvert son corps tailladé et vidé de son sang, avant de devoir prendre la fuite avec l’enfant pour ne pas être accusé de ce crime odieux. Aujourd’hui, il est bien décidé à se venger.

Tandis que des photos compromettant le procureur refont surface, les anciens de Macao, ayant autant à perdre que lui serrent les rangs .

Mais la partie qui commence va s’avérer particulièrement sanglante.

C’est une sacrée brochette de salopards que met en scène Pedro Garcia Rosado à travers ce « club de Macao ».  Et lorsque l’on sait que ce roman s’est inspiré de faits réels s’étant déroulés au Portugal au début des années 2000, on se dit que l’imaginaire est parfois bien à la traîne de la réalité.

C’est un portrait au vitriol que l’auteur dresse de ces nouveaux affranchis qui parvenus aux manettes du pouvoir s’exonèrent des lois pour leur plus grand profit, laissant libre cours aux bassesses les plus immondes de l’âme humaine.

Dans le roman de Pedro Garcia Rosado, point de gentils et de méchants, de héros justicier ou de rédemption. Aucun des protagonistes, pas même le personnage, qui œuvre à sa vengeance n’ont de regrets des actes qu’ils ont pu commettre, à Macao ou de retour au pays. Juste le souci de sauver leur position et leurs privilèges coûte que coûte. La seule empathie du lecteur ira pour les jeunes victimes innocentes.

Si le roman repose sur une affaire de pédophilie, je dois préciser à ceux qui pourraient du coup être réticents à se lancer dans sa lecture que l’auteur ne verse à aucun moment dans des descriptions trash et voyeuristes.

À l’inverse, celui-ci distille une tension et un rythme qui n’auront de cesse d’aller crescendo, à mesure que les scènes d’action et les morts qui vont avec s’égrènent au fil des pages, nous dressant au passage le portrait d’un homme, prédateur froid et calculateur qui ne reculera devant rien pour parvenir à ses fins.

Pour une première lecture d’un roman noir portugais, l’expérience est plutôt réussie avec ce texte particulièrement  maitrisé et abouti. Pedro Garcia Rosado est clairement un auteur de talent qui je l’espère trouvera son public en France.

Incontestablement, de ce côté-ci du sud l’Europe il y a des choses intéressantes à découvrir et à lire, et j’espère bien à l’avenir ne pas manquer d’aller de temps en temps y faire un tour , surtout si les romans sont de l’acabit de celui de Pedro Garcia Rosado.

6 Commentaires

  1. PONDANT Robert

    Nouveau site et toujours de supers chroniques qui donne envie . Encore un bouquin sur la pile de ma liste d’envie.
    Merci Bruno, à propos de ton nouveau site, je regrette que, sur la page des nouveautés, il n’y aie plus de possibilités de faire des commentaires
    Oubli ou choix assumé ???

    Amitiés
    Robert

    Réponse
    • La petite souris

      bonsoir Robert ! Très heureux que cette nouvelle version du site te plaise !!!! pour ce qui est des commentaires sur les nouveautés c’est normal, car maintenant la page nouveautés sera a terme une grosse base de données avec entrées variées et donc les commentaires ne pouvaient pas perdurer. Mais reste ceux des articles ! 🙂

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  2. jean-michel isebe

    Il y a d’excellentes choses chez les lusophones, même si les auteurs ne sont pas nombreux.

    Réponse
    • La petite souris

      la preuve en effet, mais n’hésite pas si tu as des titres à proposer Jean Michel ! amitiés 😉

      Réponse
  3. frey jean pierre

    intéressant ce nouvel auteur
    J’en profite pour savoir pourquoi Miguel Miranda et son détective récurrent Mario França de Porto ont disparu de l’Aube Noire ? J’ y étais attaché et fan.

    Réponse
    • La petite souris

      Bonsoir Jean Pierre ! oui l’auteur est intéressant et mérite d’être découvert. pour ce qui concerne Miguel Miranda je n’ai malheureusement pas de réponse à ta question. Mais il me semble qu’il est toujours chez l’Aube me semble t-il. Peut être une parution à venir les prochains mois? il faudra guetter ça !

      Réponse

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