OR ENCENS ET POUSSIERE

05 juillet 2020

Roman de

Valerio Varesi

Édité chez

Agullo

Date de sortie
28 mai 2020
Genre
Policier
Pays de l'auteur
Italie
Traducteur
Florence Rigollet
Avis
Coup de coeur

Il ne lui a fallu que quelques aventures publiées en France pour devenir déjà un vieux copain.

Le genre d’ami avec qui les retrouvailles après plusieurs mois d’absence sonnent comme une fête, et les quelques instants que l’on s’apprête à passer à ses côtés, comme la promesse d’un réel bonheur qui ne sera pas feint.

Car le commissaire Soneri , le flic le plus attachant d’Italie, est de retour, et avec lui toute la magie d’une cité que l’on aime à sillonner en sa compagnie, depuis que nous y suivons ses enquêtes.

Tout commence dans un brouillard épais, comme la ville de Parme en a le secret.

Un brouillard tel, qu’il provoque sur une autoroute voisine un carambolage monstrueux impliquant des dizaines de véhicules.

Soneri qui connait parfaitement les petites routes de la région permettant d’accéder au lieu de l’accident est envoyé sur place, flanqué de son adjoint Juvara.

Il est d’autant plus urgent d’y aller que des coups de feu y ont retenti et que des Tziganes ont été signalés près de la zone. De là à ce qu’ils en profitent pour dépouiller quelques victimes…

Arrivés sur les lieux, point de voleurs, mais un spectacle surréaliste.

Des véhicules encastrés, des animaux échappés d’une bétaillère renversée qui vadrouillent au milieu des tôles froissées, et en fond sonore la musique lointaine d’une fête foraine. Le tout enveloppé de ce drap laiteux qui semble dissoudre la réalité et se jouer des sens.

Pourtant, le cadavre sur lequel Soneri et son adjoint vont tomber est lui bien réel. Le corps carbonisé d’une jeune femme, qui n’a visiblement rien à voir avec le carambolage, est en effet retrouvé dans un fossé bordant l’autoroute.

Très vite la victime est identifiée comme une jeune roumaine qui fréquentait des hommes issus de la bourgeoisie locale et dont la plupart étaient amoureux. L’autopsie révèlera d’ailleurs qu’elle était enceinte et qu’il s’agit bien d’un homicide.

Mais avait-elle un lien avec le camp tzigane tout proche dans lequel Soneri va faire de bien curieuses rencontres ? Ou avec cette autre affaire à laquelle le commissaire va également s’intéresser ? Celle d’un vieil homme retrouvé mort dans bus, au terminus d’une ligne venant de Roumanie et sur lequel on retrouvera une photo ?

Pour notre inspecteur en tout cas, si rien ne semble rapprocher ces deux faits divers, son instinct lui commande d’essayer de les relier.

Voilà donc Soneri lancé dans une enquête au long court qui ne manquera ni de fausses pistes ni de rebondissements.

Lire un roman de ce fabuleux conteur qu’est Valerio Varesi, ce n’est pas seulement découvrir une intrigue policière, c’est aussi lire l’histoire d’un homme.

 J’en viens d’ailleurs à me demander au moment où je rédige ces quelques lignes, si après avoir lu les précédentes aventures de ce policier, ce qui m’attire le plus aujourd’hui dans les livres de Valerio Varesi ce sont ses enquêtes qui restent passionnantes, ou si c’est la curiosité de voir comment évolue la vie d’un personnage auquel je me suis terriblement attaché.

Car dans la multitude des romans policiers publiés ces dernières années, l’inspecteur crée par Valerio Varesi est un personnage vraiment à part.

 Rares sont ceux en effet qui aujourd’hui, sont aussi touchants que peut l’être cet enquêteur nostalgique, épicurien de la vie,fin gourmet,  attaché à ses souvenirs comme un naufragé à une bouée, guidé par son seul instinct, et qui aiment avec la naïveté d’un enfant, dont quelque part il aura toujours gardé une âme romantique.

Ainsi, alors qu’il doit dénouer les fils d’une affaire pour laquelle il n’a que peu d’indices, il doit gérer en même temps une situation personnelle des plus perturbantes.

Angela sa compagne a rencontré un autre homme avec qui elle a eu une aventure.

 Elle ne s’en cache pas, comme elle reconnait qu’elle ne sait pas encore si son histoire avec Soneri est terminée.

 Un entre-deux inconfortable pour notre policier qui ne sait comment réagir, et dont l’esprit est assailli de questions tant personnelles que professionnelles.

Pris dans cette tempête intérieure il s’accroche, attends qu’Angéla prenne une décision pour leur couple, tandis qu’il poursuit son enquête avec une détermination sans faille.

Heureusement, notre policier pourra compter sur un personnage haut en couleur, en la personne de Sbarrazza.

Vieil aristocrate sans les sous, il hante les meilleurs restaurants de la ville, avec pour habitude de s’installer à la table de belles femmes ayant quitté les lieux en laissant inachevé leur repas. L’homme se délecte des restes avec la sensation d’avoir passé un moment en leur charmante compagnie.

Ses réflexions philosophiques et son bon sens seront autant de repères inespérés pour notre policier qui peu à peu perd les siens dans cette ville qu’il a si bien connue, et dans cette vie qu’il ne semble plus maitriser.

 Se fiant à son instinct plus qu’aux technologies modernes, incorrigible romantique, nostalgique d’un temps qu’il sait révolu, Soneri est un policier d’un autre temps.

Un homme qui tente malgré tout de résister à l’évolution de la société, en s’accrochant à ses valeurs et à ses idéaux. Fragile, vulnérable et sensible au monde qui l’entoure, c’est sans doute pour cela que le lecteur ressent pour lui autant d’empathie.

“ Or encens et poussière “ est le roman de Valerio Varisi que j’aime le plus parmi ceux qui ont été publiés jusqu’ici en France. Sans doute parce que c’est le plus intimiste écrit jusqu’ici.

Un roman encore une fois plein de poésie et d’humanité, où les protagonistes secondaires s’avèrent finalement aussi indispensables que les personnages principaux, mais qui ne manque pas non plus d’être un portrait au vitriol d’une société parmesane qui se délite.

Un très beau texte encore une fois signé d’un Valerio Varesi au meilleur de sa forme.

4 Commentaires

  1. Pierre Faverolle

    Salut mon ami, comme tu as raison. Varesi a su créer une intimité avec son personnage et nous faire vivre ces fantastiques décors d’une Parme entre brouillard et été étouffant (dans une autre enquête). On a l’impression de vivre là-bas. Mes préférés quant à moi sont La pension de la Via Saffi et les ombres de Montelupo, probablement parce qu’ils sont plus introspectifs et centrés sur le passé. Mais toutes les enquêtes de Soneri valent de l’or. Bisous à tous les deux

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    • La petite souris

      quel fabuleux conteur que Valerio Varesi ! j’ai déjà hâte de lire le suivant !! et comme je l’ai dit dans ma chronique je crois qu’aujourd’hui je suis plus attaché à l’homme qu’à l’intrigue ! je crois que ca ne m’a jamais fait ca à la lecture de romans qui ont un personnage récurrent !

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  2. Robert PONDANT

    Salut Bruno,
    Que voilà une chronique,qu’elle est belle!! tu auras bien mérité de bonnes vacances après celà. Il va de soi que si mes 2 blogueurs préférés sont unanimes j’intègre ce bouquins dans ma liste des prochains achats. Et comme tu le dis si bien, on s’attache aux personnages héros récurrent d’un auteur. Pour moi c’était Wallander du regretté Hennin Mankell, mais des tas d’autre ont pris sa place tel Harry Hole de Jo Nesbo ….
    J’ai hâte de découvrir ton nouveau site dès la rentrée et d’ici la je te souhaite des vacances reposantes et pleines de bonnes lectures dont tu nous feras, je n’en doute pas des chroniques toujours pleines d’interêt .
    Amitiés
    Robert

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    • La petite souris

      Merci Robert ! je t’avoue que la pause estivale sera la bienvenue,même si elle ne sera pas la plus reposante ! 🙂 oui Valerio Varesi tu peux acheter les yeux fermés !! J’en profite pour te souhaite de très bonnes vacances aussi ! Attention au coup de soleil sur les fesses ! 🙂 Bien à toi mon ami et à très bientôt pour continuer l’aventure !!! 🙂

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