L’HORIZON QUI NOUS MANQUE

PASCAL DESSAINT

ÉDITIONS RIVAGES

 

Dieu que la nature est belle !

 Et ce n’est pas Pascal Dessaint qui vous dira le contraire, lui, le passionné d’ornithologie et de grands espaces.

Il n’y a qu’à lire les mots magnifiques qu’il couche sur les pages de son roman « L’horizon qui nous manque », pour se rendre compte à quel point cet auteur est amoureux de sa région natale du nord de la France.

Mais la nature est belle autant qu’elle peut porter en son sein des souffrances et des drames.

 Il en est ainsi dans cette région industrielle meurtrie par les affres d’une économie qui broient les hommes et laisse au bord du chemin des êtres abîmés.

A l’image de Camille. Ex-enseignante, elle avait plaqué son travail et trouvé du sens à sa vie en apportant du réconfort à celle de ces migrants attirés par le mirage européen comme des papillons par la lumière.

 Mais la fermeture de la Jungle, son compagnon qui décide de partir sous d’autres cieux, et c’est complètement désœuvrée et déboussolée que Camille se retrouve à errer, jusqu’à atterrir par hasard sur le terrain d’Anatole, qui voudra bien lui louer une caravane pour quelques euros.

Anatole, lui est un retraité sans le sou, chasseur de son état, qui aime à confectionner des leurres en bois, aussi mal foutus que peut l’être son existence, et qui rêve de parties de chasse mythiques. En attendant ce moment de grâce, le gibier se porte bien, et lui passe son temps à se balader dans la nature ou à fréquenter le bistrot du coin.

Une cohabitation entre deux être cabossés qui sera rapidement bouleversé par l’arrivée tonitruante d’un troisième larron en la personne de Loïk.

Loïk lui, c’est un ex-taulard, impulsif, imprévisible et parfois explosif qui n’a pas toujours été du bon côté de la loi comme il aime à le dire. Fan de Jean Patrick Capdevielle, le voilà échoué lui aussi chez Anatole qui lui accorde le droit d’occuper une vieille baraque à frites.

Trois vies, trois êtres esquintés qui sans s’apprivoiser vont se créer un monde à eux, chacun gardant pour lui ses failles, ses blessures, mais que cette existence simple et minimaliste qu’ils partagent, leur permet de ne pas sombrer définitivement et de retrouver un peu de lumière.

Vivant à la marge, accrochés encore par un fil à la société dont ils sont exclus, se nourrissant des répliques de Jean Gabin dont ils sont fans, en osmose avec leur environnement immédiat, la vie se passe, cahin-caha.

Loïk finit même par trouver un boulot sur le vieux port voisin.

Mais bien sûr, dans cette vie en équilibre instable, faite de bric et de broc, le moindre grain de sable peut tout remettre en question.

Une rencontre inopinée dans la nature avec un jeune écologiste, un flic curieux qui fait son apparition aux abords du camp qui débouche sur une brève relation charnelle avec Camille, Loïk qui ne supporte plus les remontrances de son contremaître, peu à peu les choses se mettent en place pour que  le peu qu’ils ont construit ensemble, tel un brutal glissement de terrain, soit à jamais emporté.

Pascal Dessaint est sans conteste l’un de mes auteurs français préférés. Paradoxalement, je ne l’avais encore jamais chroniqué sur Passion Polar (et le blog a neuf ans !) .

Injustice réparée aujourd’hui avec ce très beau et poignant roman dont l’histoire se résume dans le titre « l’horizon qui nous manque ».

Pascal Dessaint nous dépeint des personnages bouleversants et attachants pris dans un quotidien où l’horizon est barré par une société qui ne veut plus d’eux.

Des êtres à vifs, fatalistes d’une vie qu’ils subissent à laquelle ils s’accrochent malgré tout.

On découvre les souvenirs de Camille qui se remémorent les relations compliquées avec sa mère, et ceux, plus heureux, mais rares, avec son père, quand petite, il l’emmenait voir les hovercrafts et qui depuis ont disparu.

Anatole, qui collectionne les tickets de réductions et qui se rêve en chasseur émérite, qui n’ayant pas les moyens de se payer un guet permanent au milieu des mares, doit se contenter de tirer derrière lui une vieille cahute sur roulette qui lui sert d’abri pour les chasses dont il revient bien souvent bredouille.

Quant à Loïk, il tente de canaliser le feu qui couve en lui en travaillant au port, en espérant se remettre à l’endroit.

Si ces personnages sont attachants, ils n’en portent pas moins en eux une part de dureté. On se soutient, mais on ne forme pas une famille. Victimes, mais pas que non plus.

L’histoire est émouvante, d’autant qu’elle est campée dans un décor où la nature est omniprésente. Et ce sont ces humains sans doute le plus en phase avec elle qui sont en même temps à la marge du monde auquel ils sont censés appartenir.

Pascal Dessaint à beaucoup de tendresse pour ces hommes et ces femmes brisées et il transpire de sa plume beaucoup d’humanité.

Mais si ceux que décrit l’auteur nous touchent particulièrement, leur histoire reste au final cruelle et noire tant l’horizon n’existe plus pour eux.

Un très beau texte à lire !

Articles relatifs

6 Commentaires

  1. Sylvie Bazin

    Ouh la ! Je n’ai encore jamais rien lu de Pascal Dessaint mais là, je suis bigrement tentée !

  2. Salut mon ami, celui-là sera dans la hotte du Père Noel. BIZ. Amitiés

  3. sandrine zorn

    Je n’ai jamais été déçue par un roman de Pascal Dessaint. Il décrit les hommes et la nature avec une grande sensibilité. Ces textes sont souvent très noirs et dépeignent la situation sociale des régions abandonnées par l’industrie.
    Je ne manquerais pas de lire celui-ci !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.