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Hugues Pagan n’est plus un écrivain à présenter aux amateurs de roman noir français. Son œuvre, marquée par un style singulier et une profonde humanité, fait de lui l’un des grands noms incontournable du polar contemporain.
Ancien flic, c’est dans son expérience personnelle qu’il puise pour construire des intrigues denses, où la mélancolie le dispute souvent à la violence.
Avec « L’ombre portée », il nous offre une nouvelle incursion dans l’univers brumeux de Claude Schneider, inspecteur désabusé et solitaire. Une figure aussi charismatique qu’insaisissable, dont le mutisme apparent dissimule une lucidité tranchante, forgée par les désillusions de la guerre d’Algérie, les compromissions de l’institution et les ombres d’un passé jamais tout à fait éteint.
Bien qu’il prolonge l’univers esquissé dans Le Carré des indigents, ce roman peut parfaitement se lire indépendamment.

@christopher-burns
L’histoire se déroule dans une ville de l’Est de la France, dans les années 70, où les travaux de modernisation en cours donnent l’impression d’un lieu en transition, perdant peu à peu son identité d’autrefois.
Au cours d’une nuit , un entrepôt désaffecté est la proie des flammes. A l’intérieur on y retrouvera les corps calcinés de trois SDF.
L’enquête ne devrait pourtant pas mobiliser longtemps la police, car un homme se livre et s’accuse de cet acte criminel.
Mais comme toujours chez Pagan, la surface des choses n’est qu’un leurre.
Derrière le crime sordide, les fils d’une conspiration plus vaste s’entrelacent, mêlant pouvoir local, dérives sectaires, manipulation et mysticisme malsain.
Le réel tangue alors parfois, frôlant l’étrange, mais sans jamais basculer totalement, et c’est dans cette zone d’ombre, justement, que Pagan excelle.
Claude Schneider n’est pas un héros flamboyant mais une présence. Il parle peu, observe beaucoup, agit sans bruit. Ce n’est pas un enquêteur spectaculaire, c’est un homme en retrait, dont la solitude est moins une posture qu’un état intérieur.
Ancien militaire, déçu des hiérarchies, rétif aux compromissions, il avance en marge de l’institution, porté par un sens de la justice personnel, rigide et presque fataliste.
Il fascine autant ses collègues qu’il irrite ses supérieurs et intimide les puissants.

@milan-malkomes
Autour de lui gravite une galerie de personnages secondaires attachants et bien dessinés, que l’auteur sait faire vivre avec justesse, entre le troquet du coin et les couloirs du commissariat, dans une routine où percent parfois des éclats d’humanité.
Mais ce qui donne sa vraie profondeur au roman, c’est le style de l’auteur.
Pagan n’écrit pas à la va-vite. Il cisèle ses phrases comme d’autres polissent du cuivre. Les dialogues sonnent vrai, avec une musicalité sèche et des formules inattendues.
L’écriture est à la fois dense et aérienne, mélancolique sans jamais devenir larmoyante, et surtout, elle sait capter l’indicible , un silence entre deux phrases, une tension sous-jacente, une vérité qu’on préfère ne pas nommer.
Certains pourraient reprocher au roman une certaine lenteur, voire son absence d’un suspense haletant. Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel.
Chez Pagan, le polar est un prétexte à scruter les failles du monde, à poser un regard aigu sur une société où les marges s’élargissent et où les puissants, masqués par les apparences, dictent en douce leurs règles.
L’enquête devient le miroir d’un monde en ruine , celui des petites gens invisibles, des dérives sectaires tapies dans les salons chics, et d’un ordre établi qui pourrit de l’intérieur.
L’Ombre portée est donc moins un roman à dévorer qu’un récit à savourer. Il faut accepter de s’installer dans sa lenteur, de suivre les méandres d’une intrigue parfois secondaire au regard de l’ambiance et des dialogues.
C’est un polar à contre-courant, sans esbroufe ni rebondissements artificiels, mais d’une richesse rare. Et quand on tourne la dernière page, Schneider ne quitte pas vraiment le lecteur.
Il reste là, quelque part, silhouette furtive entre deux lampadaires, témoin fatigué d’un monde qu’il ne cherche plus à changer, mais qu’il refuse de laisser sombrer sans le regarder en face.


Pagan est un véritable écrivain, au style incomparable. Les phrases de Pagan infusent doucement, des notes juxtaposées, pour créer une musique dont on ne se défait pas.
Entrer dans cet univers , dans les mots de Pagan , c’est accepter que son monde vous imprègne, que ses mots vous frappent. Pagan écrit des livres qu’on refuse de quitter.
bonsoir Antoine, il est inutile de te demander si tu es un grand fan de Pagan ! Que de jolies choses dis tu le concernant ! Je ne peux qu’être entièrement d’accord avec toi ! c’est un auteur à lire et à découvrir ! Un écrivain qui, comme tu le dis si bien est un musicien des mots !
Hello
Je suis un très grand fan d’Hugues Pagan que je considère comme l’un des plus grands auteurs de romans noirs français.
En lisant ta belle chronique, je me suis dit que ça ressemblait plus à 4 étoiles qu’à 3, tu ne sembles pas avoir véritablement de réserve sauf une lenteur.
En tout cas pour moi c’est au moins 4 voir plus
Bonjour Nico ! ah le souci des étoiles ! quand je les donne je ne fais jamais l’unanimité et c’est bien normal, car le ressenti d’une oeuvre est propre à chacun. j’ai mis trois étoiles, j’aurai pu peut être en mettre quatre je ne sais pas. Disons que trois étoiles c’est déjà plus que la moyenne. Après je t’avoue, que je préfère qu’on se fie plutot à mon retour de lecture qu’aux étoiles que je donne, pour la raison évoquée plus haut. Toujours est -il, et je te rejoins sur ce point, que Pagan est effectivement un des tous meilleurs auteur de noir français !!!