NUIT BLEUE

18 avril 2021

Roman de

Simone BUCHHOLZ

Édité chez

L'Atalante

Date de sortie
4 mars 2021
Genre
Policier
Pays de l'auteur
Allemagne
Traduction
Claudine LAYRE
Avis

On publie bien peu de romans policiers allemands en France et c’est bien dommage !

À l’occasion de la création de leur nouvelle collection « Fusion », dirigée par deux spécialistes du genre que sont Caroline de Benedetti et Eymeric Cloche, les éditions L’Atalante nous offrent la possibilité de découvrir une auteure qui, outre-Rhin, jouit une grande notoriété, avec pas moins d’une dizaine de titres déjà parus.

Chastity Riley. Un nom qui claque comme celui d’une actrice de cinéma, qui trouve son origine dans le fait qu’elle est la fille d’une mère allemande et d’un soldat américain.

Elle est procureure. L’était du moins. Jusqu’à ce qu’elle prenne son boulot trop à cœur et fasse tomber son supérieur pour corruption. Pour tout remerciement d’avoir débarrassé son administration d’un fruit pourri, un placard doré.

Heureusement lui reste ses amis qu’elle retrouve au Blaue Nacht.

Dans ce bar elle y noie sa frustration, son spleen, et ses rêves peut-être, mais elle y cultive surtout l’amitié.

Là, elle y trouve le réconfort de Klatsche , Rocco et Carla les tenanciers du lieu, de Faller un ancien commissaire parti à la retraite avec un goût d’inachevé dans la bouche, et Calabretta Vito ,un collègue flic particulièrement tourmenté par une rupture qu’il vit très mal.

Pour Chastity ce lieu est pour elle un refuge. Elle vient y siffler souvent des bières et de la vodka en leur compagnie, toujours une clope à la main. Ils sont sa seule famille.

Ici on se serre les coudes, on est là les uns pour les autres. Même si c’est une grande gueule qui ne s’en laisse pas compter, elle a terriblement besoin de leur présence, de leur amitié.

Son rôle aujourd’hui c’est de s’occuper des victimes. Un poste crée pour elle, histoire de justifier son placard.

Et justement, on l’informe qu’un homme est à l’hôpital dans un piteux état après un tabassage en règle qui l’a laissé pour mort. L’individu ne parle pas, ou très peu.

Une drôle de relation va se nouer entre elle et cet inconnu, qui d’ailleurs n’est pas sans un certain charme.

Pour l’apprivoiser, elle devra faire preuve de patience, de persévérance, et de persuasion aidée de quelques bouteilles d’alcool.

Son opiniâtreté paiera, il finira par lui lâcher quelques informations, à commencer par son nom, Joe.

Il lui avouera par ailleurs tremper dans le trafic de meth, et plus encore, de Krokodile, une drogue très bon marché venue de Russie, qui tue son consommateur en quelques mois.

Pour Chastity Riley commence alors une enquête qui la conduira de Hambourg à Leipzig en passant par la Tchéquie.

Elle parviendra peu à peu à reconstituer les évènements autour de la personne de Joe, tout en apprenant que derrière le calme et l’esprit affuté de ce dernier, se cache en fait un tueur redoutable.

Mais elle prendra surtout la mesure de la menace qui pèse sur sa ville. Car Hambourg, sur fond de rivalité parfois violente qui agite le milieu, s’est transformée progressivement en véritable plaque tournante du trafic de drogue. Un trafic contre lequel les autorités semblent bien démunies, à moins qu’il s’agisse d’un manque de volonté politique.

Et c’est là qu’ opère tout le talent de l’auteur pour décrire Hambourg dans sa réalité la plus froide.

Celle d’une ville sinistrée, gangrénée par la corruption. On y retrouve la misère, et son lot de violences qui l’accompagne, le racisme envers les migrants.

La désespérance est le meilleur des terreaux pour que se développe cette gangrène narcotique.

Mais Hambourg c’est aussi une cité qui s’active la nuit, à travers ses quartiers chauds comme celui de Sankt Pauli où se trouve le « Blaue Nacht ».

Simone Buchholz nous y promène, à la suite de ses personnages. Une ballade où l’on ressent la moiteur d’un port et l’agitation des bars qui animent la cité.

Car « Nuit bleue » est certes un polar avec ses truands, ses tueurs et ses flics, mais c’est aussi un formidable roman d’ambiance.

Curieux bouquin où à la violence d’une ville ou de ceux qui ont la mainmise dessus, répond l’amitié et la fraternité d’une bande de copains tous aussi attachants les uns que les autres, et dont, par une sorte de petits flashbacks, chacun nous parle un peu de lui.

Qu’ est ce qu’on donnerait pour être à leur table pour lever le verre avec eux !

Mais la qualité de ce texte tient aussi à celle de son écriture. « Nuit bleue » est un roman stylé, où les tournures sont parfois poétiques. Il peut arriver à plusieurs reprises de lire une phrase, de revenir en arrière pour la relire, pour se dire « c’est joliment écrit ».

Alors oui, on ne publie pas assez de romans policiers allemands en France. Surtout quand ils ont la qualité littéraire de « Nuit bleue ».

Gageons que le choix opéré par les éditions de l’Atalante, sous la houlette experte de Caroline de Benedetti et Eymeric Cloche, de nous faire découvrir cette talentueuse auteure ouvrira la voie pour d’autres écrivains germanistes. Il y a vraiment des choses à découvrir de ce côté-ci du Rhin.

2 Commentaires

  1. Germania63

    Je viens d’achever la lecture de « Nuit bleue », et je ne peux qu’approuver votre présentation ! Plaisir de lecture assuré !

    Réponse
    • La petite souris

      Oh merci pour ce retour de lecture !! très heureux de savoir que vous l’avez aimé !!! 🙂 A bientôt j’espère !

      Réponse

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