PAIN, EDUCATION, LIBERTE


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PETROS MARKARIS

EDITIONS POINTS

 pain education et liberte7 ans. 7 ans déjà que la crise a mis à genou la Grèce, et précipité dans le gouffre d’une dette abyssale un peuple tout entier. Un peuple livré aux vautours en costards cravate  se repaissant de la dépouille de la plus vieille démocratie du monde.

Si le personnage du commissaire Charitos est de longue date un acteur récurrent des romans de Petros MARKARIS, avec la trilogie entamée par  » Liquidation à la grecque » et qui s’achève avec le roman que je vous présente aujourd’hui, celui ci prend une dimension et une importance toute particulière.

Et si certains pouvait encore douter qu’un auteur de roman policier puisse être un témoin de son temps, MARKARIS nous en fait une nouvelle fois une magistrale démonstration.

Les deux premiers opus nous montraient un pays ébranlé par la crise, sentant jour après jour le garrot de l’austérité serrer toujours un peu plus fort à mesure que le pays p2160843perdait pied.

 Les manifestations violentes, les grèves, la montée de l’extrême droite, les négociations à n’en plus finir avec le FMI et le triumvirat européen (qui continuent encore aujourd’hui) , les exactions contre les immigrés bouc émissaires et victimes expiatoires, étaient alors le lot de notre inspecteur .Dans ce maelstrom,  bien que pleinement concerné par le déroulement des évènements , il occupait une place de spectateur privilégié de cette descente aux enfers.

Aujourd’hui, la crise est toujours là, continuant son œuvre corrosive. Et elle n’épargne plus personne, pas même ceux censés veiller au respect de la loi.

C’est ainsi que nous retrouvons notre commissaire touché lui aussi de plein fouet par les conséquences de cette tragédie grecque qui n’en finit plus.

Son salaire suspendu, sa voiture remisée au garage, sa famille obligée de prendre ses repas en commun pour réduire les dépenses… Et pour maintenir l’unité de la tribu, offrant aux siens un optimiste à tout craint face à l’adversité,  vaillante et robuste comme un phare dans la tempête, la tendre bienveillance de sa femme Adriani.

tyfcgytdDans ce pays en déliquescence nous avions suivi Charitos dans  » liquidation à la grecque » sur les traces d’un assassin qui s’en prenait à des financiers de haut vol, quand dans « le justicier d’Athènes » un autre faisait rendre gorge aux riches qui flouaient l’Etat en esquivant l’impôt .

Dans le dernier opus de cette trilogie, l’auteur extrapole l’avenir de son pays. Ecrit en 2012 il projette son action deux ans plus tard où la Grèce, l’Espagne et l’Italie sortent de la zone Euro pour revenir à la monnaie nationale.C’est dire la vision pessimiste qu’il a de cette affaire.

C’est dans ce contexte que le commissaire Charitos se retrouve avec trois cadavres sur les bras. Trois victimes assassinées en des lieux différents. Mais des victimes qu’un enregistrement retrouvé auprès des corps associe entre elles, et qui proclame  » Pain, Education , Liberté ».

Ce slogan, Charitos aura tôt fait de le relier à l’époque de la dictature des colonels quand en 1973 de jeunes étudiants de l’école Polytechniques se soulevèrent et occupèrent l’enceinte de leur école. polit2Parmi ces jeunes révoltés les trois victimes.

S’agit-il d’un règlement de compte pour des affaires commerciales louches, le fait de groupuscules d’extrême droite qui sèment la terreur en ville et qui veulent solder de vieux comptes? A moins que l’affaire ne soit encore plus complexe que cela.

 L’enquête ne fait que commencer, elle sera longue et difficile.

Avec  » Pain, Education , Liberté », Petros MARKARIS clos sa trilogie dédiée à la dette grecque. Un roman abouti qui offrira à l’amateur de roman policier tout le plaisir d’une bonne enquête, tortueuse mais passionnante.

Mais Petros MARKARIS c’est plus que cela , c’est aussi comme je l’indiquais au début de cette chronique, un formidable témoin de son époque et de cette agonie qui perdure depuis des années.

Loin des clichés faciles, l’écrivain porte un regard acerbe sur cette Europe qui se vante de porter des valeurs de solidarité mais qui exige d’abord de récupérer son argent, faisant fi du coût sacrificiel pour le peuple grec.

POLYTEXNEIO-3Mais MARKARIS est aussi dur vis à vis de son pays et de ses élites. Une élite issue de l’opposition à la dictature des colonels qui une fois au pouvoir, la démocratie revenue, eut tôt fait de s’enivrer de celui-ci et de se laisser corrompre par l’argent facile, oubliant ses idéaux  démocratiques et de justice sociale qu’accentuera l’arrivée de l’Euro.

Un afflux d’argent qui provoqua un étourdissement général, touchant jusqu’au simple citoyen. « Alors, nous nous sommes payés trois voitures par famille, des maisons de campagne, des piscines, des canots pneumatiques. Les fondations n’ont pas tenu et la maison s’est effondrée.”

Pour autant, les romans de Petros MARKARIS restent pétris d’humanité, à l’image d’un personnage comme Charitos ou celui de sa femme. En plongeant dans le quotidien de ce peuple en souffrance, partageant ses peines et ses joies, le lecteur ne peut faire autrement que de ressentir une immense empathie pour ces gens ordinaires qui n’ont d’autres choix que de se battre avec la force du désespoir  pour ne pas définitivement sombrer.

Un roman remarquable pour une trilogie magnifique.

note: Les trois romans de la trilogie peuvent se lire indépendamment.

4 Commentaires

  1. David Smadja

    Ca à l’air vraiment d’être une bonne saga policière et sociale cette trilogie. Ca donne très envie 🙂 Bravo pour cette chronique alléchante 🙂

    • La petite souris

      tu l’as très bien ditr, c’est une saga policière et sociale. Sans concession mais sans pathos aussi ! j’ai découvert l’auteur avec sa trilogie mais il a dejà quelques bons romans à son actif ! 🙂

  2. Robert PONDANT (Belgique)

    J’ai aussi lu la trilogie de Markaris, (découverte grâce aux commentaires de Cl.Le Nocher) et c’est vrai qu’un sentiment de révolte nous étreint au fil des pages de cette grande fresque sociale ….J’ai surtout adoré les 2 premiers opus, qui m’ont fait ressentir encore plus profondement la détresse du peuple Grec .
    On ne peut s’empêcher d’être en pleine empathie avec ce commissaire Charitos, et à la limite de penser que les coupables de ces affaires criminelles ont bien raison de réagir violemment face à ces financiers qui les font littéralement crever de faim, Ceux là même qui les ont poussé par des méthodes frauduleuses à tricher pour devenir européen, sont en train de les démolir au nom de cette pieuvre qu’est la finance.
    Hélas tuer tous les banquiers du monde ne résoudrait pas ce problème , mais cela fait quand même un bien fou de l’imaginer .
    Le troisième volume (que j’ai un peu moins aimé),est plus prospectif et tout aussi désespérant quand à l’avenir de la Grèce et de son peuple. Pourvu qu’il résiste aux sirènes de l’extrême !!!!!!!!!!!!!!!!

    Amitiés et merci pour ton super boulot

    • La petite souris

      voilà un commentaire comme je les aime ! tout est dit !!!! par contre pour ma part je vais lire les autres romans de l’auteur car je ne le connais qu’à travers cette trilogie qui m’a permis de le decouvrir ! j’espère qu’ils sont aussi bons que ceux de cette trilogie !! Amitiés et merci pour ta fidélité! 😉

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