QUITTER LA VALLÉE

19 avril 2026

Roman de

Renaud DE CHAUMARAY

Édité chez

Gallimard

Date de sortie
21 août 2025
Genre
Roman noir
Pays de l'auteur
France
Avis

ACQUISITION: LIBRAIRIE

Je ne connaissais pas Renaud de Chaumaray , jusqu’à ce que je tombe sur « Quitter la vallée »  et que je fasse cette très belle découverte.

L’auteur nous emmène dans le Périgord noir, le long de la Vézère, et dès les premières pages, on comprend que ce paysage ne sera pas un simple décor de carte postale.

@slimmars

En effet,  la vallée s’impose d’emblée, et enferme autant qu’elle protège, avec  ses propres règles, ses silences, ses secrets enfouis dans la pierre et l’obscurité des grottes.

Renaud de Chaumaray nous offre trois histoires en parallèle.

Clémence d’abord, qui fuit un homme qui était violent avec son fils. Pas de mélodrame ici ,  juste l’usure d’une vigilance permanente, et cette fatigue particulière qu’on porte dans le corps longtemps après avoir mis cette violence à distance.

Mais quand le petit garçon disparaît, le roman change de nature. Ce qui ressemblait à un récit de refuge et d’espoir, devient quelque chose de beaucoup plus sombre.

@rodro

Fabien, lui, descend sous terre avec sa fille Johanna, passionné de préhistoire jusqu’à l’obstination.

Mais on sent vite que ce qu’il cherche dans ces cavités, c’est autre chose que des peintures rupestres. Il y a chez cet homme un besoin de reconnaissance, une forme d’inachevé, une vie qui ne lui a pas encore donné ce qu’il pensait mériter.

Johanna, plus lucide, plus posée, forme avec lui un duo touchant. Deux personnes qui s’aiment sans toujours réussir à se rejoindre.

Et puis Guilhèm, un jeune homme du pays, qui croise Marion, une femme de passage. Entre eux, ce n’est pas vraiment une histoire d’amour qui prend forme. C’est plutôt le moment où quelqu’un comprend, presque malgré lui, que sa vie aurait pu être autre chose.

On devine que ces trois trajectoires finiront par se croiser, Mais il faudra attendre presque la fin pour en saisir la logique.

Ces différents personnages aux parcours très différents, ont en commun de vouloir échapper à quelque chose. Une emprise, un rôle, un passé qui colle à la peau.

Mais partir ne suffit pas, se cacher ne protège pas de tout, et aimer ne sauve pas davantage. Et le drame peut aussi surgir dans ces lieux magnifiques.

La présence des grottes et de l’art préhistorique donne au livre une dimension supplémentaire, presque philosophique. On sent le temps long, l’ancienneté du monde, et cette confrontation entre des vies fragilisées et une matière géologique quasi éternelle, qui crée une résonance inattendue.

L’écriture de Renaud de Chaumaray est précise, sensible, sans esbroufe.

Certains passages ont une vraie densité sensorielle qui sert l’histoire sans en être le centre. L’humidité des cavités, l’obscurité minérale, la végétation dense .

@marc-mjollnir

La fin, elle, oblige à repenser une bonne partie de ce qu’on croyait avoir compris. Le lecteur a le sentiment d’ avoir traversé un espace habité de forces contraires.

Un lieu où l’on vient chercher un refuge et où l’on rencontre aussi le danger. Un lieu où l’on voudrait se réinventer, alors même que tout rappelle ce que l’on a été.

« Quitter la vallée » est donc bien plus qu’un roman à suspense ou qu’un simple récit d’histoires entremêlées.

C’est un livre sur ce qu’il en coûte de partir, sur les vies qui tentent de bifurquer, sur ce qui retient les êtres au moment même où ils veulent s’élancer.

Un très beau roman, solide et singulier. À lire.

 

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