VONGOZERO

YANA VAGNER

ÉDITIONS MIROBOLE

vongozero [blog].jpgConnaissez-vous Yana Vagner ? D’ailleurs, connaissez vous la littérature russe contemporaine ? Si vous êtes comme moi, alors il y a de fortes chances pour que vous me répondiez par la négative.

Sachez alors qu’une jeune maison d’édition se fait fort de vous faire découvrir des auteurs de polars venus d’horizons aussi variés, que la Turquie, la Suède, la Pologne ou , en ce qui nous concerne aujourd’hui, la Russie. Autant de pays qui regorgent d’écrivains de qualité qui méritent qu’on s’intéresse à eux. Yana Vagner est de ceux là.

C’est donc avec une vraie curiosité que je me suis aventuré dans mon premier roman venu du froid , non pas celui descendu du Nord que je connais bien, mais celui arrivant de l’Est que je découvre.

VONGOZERO fait partie de ces livres post-apocalyptiques qui, à la suite du roman « LA ROUTE » de Cormack Mac Carthy ont depuis fleuri sur les étales des libraires . Effet de mo

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de diront certains, témoignages d’un regard désenchanté et cynique sur nos sociétés modernes en décrépitude diront d’autres.

Un de plus donc, me direz vous? Oui, un de plus, mais pas des moindres ! Car avec VONGOZERO ne vous attendez pas à voir des zombies sortir de nul part avec pour seule obsession celle de vouloir goûter coûte que coûte la saveur de vos boyaux . Pas plus vous n’aurez de scènes d’hystérie collective où la foule laissée à ses instincts les plus primaires s’adonne à tous les excès dans une furie autodestructrice.

Non ici rien de tout ça. Le roman de Yana Vagner n’est pas un roman démonstratif et spectaculaire, c’est une roman centré sur ses personnages , qui s’inscrit dans un décors froid et vide et une atmosphère particulière , faussement feutrée, qui lui donne à la fois un rythme nonchalant et  ce sentiment que le monde s’enfonce inexorablement dans le brouillard.

Le point de départ de cette histoire est des plus classiques. Non pas une guerre atomique mais une maladie qui ravage l’humanité, à tout le moins la Russie pour ce que l’on ne sait du reste du monde.

russieUn virus dont on ne saura absolument rien de son origine ni sur la manière dont il se repend . Tout juste savons nous qu’il  se propage très rapidement, mettant en défaut toutes les tentatives mises en œuvre pour contenir sa propagation. Quand
les villes commencent à être mises en quarantaine, il est déjà trop tard.

Alors les survivants se terrent. Comme Anna qui vit avec son fils et son mari  Sergueï dans leur maison proche de Moscou,  redoutant autant la maladie mortelle que de voir déferler sur eux des hordes de pillards que plus rien ne retient.

C’est devant cette peur de l’inconnu qu’elle et les siens décident de partir pour le nord, à des centaines de kilomètre de là, pour rejoindre un refuge de chasse situé  sur une petit île au milieu du lac Vongozero,  proche de la frontière finlandaise. A leur suite s’agrègent le beau père d’Anna, un couple de voisins, et l’ex femme de Sergueï .

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S’ensuit alors une pérégrination à travers la campagne russe, les zones habitées que l’on préfère éviter sauf quand il s’agit vaille que vaille de trouver du carburant pour poursuivre sa route. Et fuir.

Car c’est bien d’une fuite dont il s’agit. Fuir ce virus mortel qui vous talonne, mais fuir aussi toutes ces peurs réelles ou fantasmées qu’il provoque, que l’on ne matérialise pas toujours mais qui vous cernent et vous poussent à ne pas perdre de temps, ni à baisser la garde.

La tension devient vite palpable à mesure que le groupe s’enfonce toujours  un peu plus dans ce territoire devenu vide et enveloppé d’un silence étouffant.

russie3Mais ce n’est pas seulement en se focalisant sur ce décors blanc et froid, sur cette immensité du monde devenu trop grand pour ces survivants en sursis que  Yana Vagner s’attache à construire l’atmosphère de son roman.

En mettant aux prises des gens ordinaires à une situation qui ne l’est pas, l’auteur s’attache surtout  à la réaction de ses derniers face à un contexte extraordinaire, sur lequel ses personnages n’ont absolument aucune prise. Et c’est en cela que le roman devient passionnant.

 Les protagonistes parlent peu. Seules les pensées intérieures d’Anna nous sont accessibles. C’est d’abord à travers son regard que l’on assiste à la déconfiture de ce pays livré à la mort et à l’anarchie.

Mais c’est aussi à travers elle que l’on observe ce groupe en errance, en quête d’un asile qui les mettrait à l’abri. Un groupe qui progressivement regarde l’Autre non plus comme une source d’espoir mais comme un danger potentiel, risquant de convoquer à tout moment les plus vils instincts humains.

Mais un groupe uni en apparence ,qui porte aussi en lui les germes de la dissonance et du danger. Car aussi extraordinaire que puisse être la situation à laquelle ils se retrouvent confrontés, les dissentiments antérieurs à l’épidémie refont doucement surface entre les membres du groupe, altérant le vernis superficiel de son harmonie.

Yana Vagner

Yana Vagner

Se pose alors la question de savoir si celui -ci résistera à cette tension intériorisée qui menace d’éclater au grand jour et de détruire le fragile équilibre qui lui permet encore d’avancer ,ou s’il parviendra à garder suffisamment de cohésion pour atteindre son but ultime.

A partir d’une idée de départ simple, et qui plus est éculée, Yana Vagner arrive avec intelligence et efficacité à construire au final un roman original, et passionnant. Sans pathos et sans ficelles grossières, elle est parvenue à trouver la bonne alchimie  en articulant parfaitement les descriptions de ces paysages traversés, la tension des rapports humains qui parcourt le groupe et ce mal omniprésent au fil des pages. Une alchimie réussie qui donne à son livre son atmosphère si particulière et son équilibre.

VOGONZERO est le premier roman de Yana Vagner, et c’est une réussite.

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10 Commentaires

  1. J’aime faire des découverte avec toi (je parle de livres, hein !) 😉
    Merci pour cet avis intéressant, comme d’hab !

    • La petite souris

      haha sacré Yvan !! Je découvre et un auteur, et une maison d’édition. Celle ci s’intéresse à des écrivains venus de pays que nous n’avons pas l’habitude de fréquenter dans nos pérégrinations littéraires. C’est donc une heureuse initiative. En ce qui me concerne j’en redemande !!!! 😉

  2. VALOU

    ça a l’air trop bien …. Je veux bien gagner ça moi !!!! 🙂 Merci pour ces super chroniques !

    • La petite souris

      Merci à toi valou !! Yana Vagner est une jeune auteur russe. C’est son premier roman. Voilà un auteur fort prometteur j’ai hâte de lire son prochain !!! 🙂

  3. Runbabook

    C’est toujours excitant de découvrir une nouvelle plume et le thème est intéressant par contre si c’est de la même veine que  » La Route  » cela doit être crépusculaire et angoissant.
    Une belle découverte de plus !
    Merci Merci B-)

    • La petite souris

      ah je ne sais pas si j’irai jusqu’à dire qu’il s’agit là d’un roman crépusculaire.les deux romans sont très différent tu t’en doutes, disons que dans celui ci il y a sans doute un peu plus d’espoir que dans celui de Cormak Mc Carthy ! en tout cas ce qui est sûr c’est qu’il est intéressant à lire ! 🙂

  4. Mon cher Vincent,
    Si tu savais combien de difficultés j’ai pour poster un commentaire sur ton blog, tu n’imagines pas ! C’est sans doute parce que je suis chez balourd. Remarquable chronique qui donne fort envie. Je le note dans mon carnet qui n’a plus de spirales. Elle est mignonne en plus, non ? Amitiés. Superbe blog. 😉

    • La petite souris

      Je crois savoir d’où vient ton problème mon cher Jean ! Faut vraiment que tu arrêtes les Carambars, c’est vraiment trop fort pour toi, parce que cela te provoque des hallucinations visiblement ! moi c’est Bruno et non Vincent 😉 😉 😉
      Bon ceci dit, tu gardes ton bon goût car oui elle est mignonne ! 🙂
      je pense que le bouquin pourrait te plaire en effet. Bon visiblement tu es parvenu à me laisser un message ( je ne vois pas quel est ta difficulté pour laisser un commentaire) c’est le principal ! 🙂 A bientôt mon ami !!

  5. j’ai bcp aimé ce roman, vraiment passionnnant !

    • La petite souris

      Bonjour Stéphanie, et bienvenue sur PASSION POLAR ! C’est effectivement un excellent roman, un auteur que je compte bien suivre !

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