CEUX QUE NOUS AVONS ABANDONNES

  STUART NEVILLE

  ÉDITIONS RIVAGES

 

Il vient tout juste de sortir de prison après avoir passé plusieurs années derrière les barreaux pour meurtre.

Rien de plus banal en soi.

 Sauf que lorsque Ciaran Devine y a été incarcéré sept ans plus tôt, il n’avait que douze ans.

Fils d’une mère toxicomane et d’un père violent, la vie du jeune Ciaran ne pouvait s’écrire qu’à l’encre noire. Et comme beaucoup de gosses dans sa situation, il a été balloté de foyers en familles d’accueil.

Sa seule lumière, le seul rocher auquel s’agripper dans cette vie secouée comme un débris flottant sur l’océan, c’est son frère Thomas, son aîné.

Une relation quasi fusionnelle, l’un pouvant toujours compter sur l’autre, même si dans ce duo Thomas a une ascendance sur son cadet.

Quand ils sont arrivés chez les Rolston, leur dernière famille d’accueil, les choses se passaient plutôt bien. Un couple sympathique qui avait un fils de leur âge, Daniel.

 Un foyer idéal donc, pour offrir à Ciaran et Thomas, un cadre protecteur pour se construire sous l’aile bienveillante d’une famille aimante.

Alors qu’est-il arrivé ? Pourquoi un beau matin a-t-on retrouvé le corps de M. Rolston gisant au sol , le crâne fracassé, les deux frères couverts de sang à ses côtés ?

 Cirian avoua rapidement être responsable de la mort du père de famille.

Fin de l’enquête, le procès qui s’en suit, et l’incarcération pour épilogue de ce sordide fait divers.

Mais aujourd’hui Ciaran est libre. Libre de rejoindre son frère sorti de prison bien longtemps avant lui.

Dans le même temps, Paula Cunningham, son agente de probation, ressent un malaise diffus. Elle est persuadée que le jeune homme de 19 ans ne lui a pas dit toute la vérité au sujet de ce meurtre.

De ce malaise et de ces doutes, elle va s’en ouvrir à l’inspectrice Serena Flanagan.

 Elle aussi connait bien Ciaran, c’est elle qui a recueilli les confessions du garçon à l’époque. Arrêter un mineur aussi jeune pour un crime n’était pas chose facile. Et même si le motif de l’homicide l’avait laissé perplexe, avait-elle eu le choix ?

Toujours est-il qu’aujourd’hui les interrogations de Paula Cunningham font résonnance dans l’esprit de l’inspectrice.

Ensemble, elles vont remonter les fils d’une histoire familiale qui mettra à jour bien des blessures et des drames et dont les conséquences vont également ravager le présent.

Stuart Neville n’est pas un inconnu pour qui apprécie le genre policier. Auteur de plusieurs ouvrages dont «  les fantômes de Belfast » et «  Collision » , ce dernier nous offre avec «  Ceux que nous avons abandonnés » un roman noir particulièrement pessimiste, mais magistralement orchestré.

À partir d’un meurtre d’une violence inouïe, il bâtit une intrigue autour du lien indéfectible entre deux frères.

Au fil des pages, on découvre un Ciaran tourmenté. Entre une enfance violentée et une adolescence privée de liberté, difficile de trouver sa place dans cette société qui ne l’a pas vu grandir et dont il ne maitrise pas les codes.

Une difficulté au monde que vient renforcer ce lien fusionnel avec Thomas.

Car à mesure que les deux femmes explorent cette relation particulière, elles découvrent que celle-ci s’apparente davantage à un amour tyrannique et une soumission.

À la fois touchant et inquiétant dans sa fragilité, Ciarian est une figure introvertie dont le lecteur aura bien des difficultés à ne pas être poreux à son mal être et sa souffrance intérieure.

  À côté de ce jeune à la vie enchainée à celle de son frère, Stuart Neville nous offre aussi le portrait de deux femmes remarquables, dont celui de Serena Flanagan qui retrouve son boulot après une longue absence due à un cancer dont elle se remet à peine.

Car le ciment et le sel de cette histoire, qui en fait un sombre, mais très beau roman, c’est bien la dimension psychologique des personnages pour laquelle Stuart apporte le plus grand soin.

Empreint à la fois d’humanité, de noirceur, de désespérance voire de perversité selon les protagonistes, l’ensemble donne l’épaisseur qui manque bien souvent à bon nombre de livres.

Un roman à la fin surprenante, sans artifice spectaculaire, mais dont l’atmosphère oppressante et l’urgence iront crescendo au fil des chapitres.

Si Stuart Neville excellait dans le thriller, on le découvre aujourd’hui tout aussi talentueux dans le roman noir. Un grand auteur, assurément.

10 Commentaires

  1. Le résumé du livre me paraît intéressant. J’ai très envie de le lire

  2. J’avais lu et chroniqué « Les fantômes de Belfast », j’avais beaucoup aimé. Je pense que j’aimerais lire Neville encore…si j’arrive au bout de ma pile qui n’arrive pas à descendre. Où je m’aperçois que mes articles ont beaucoup rallongé !

    • La petite souris

      « Les fantôms de Belfast » est un excellent roman en effet !!! je n’ai jamais été déçu par cet écrivain et j’ai déjà hâte de lire son suivant ! 🙂

  3. victor

    Stuart Neville quel beau choix pour une chronique .Un magnifique créateur de personnages humains et pour ceux qui veulent se faire une petite idée de l’atmosphère en irlande du nord des temps. Tous ceux qui vont vers s les romans noirs pour les écrivains qui créent des personnages passionnants ne seront pas déçus

    • La petite souris

      voilà un très bon résumé de ce que représente Stuart Neville et je ne peux que conseiller à tous de lire ses romans ! 🙂

      • victor

        Neville crée des personnages, les travaillent et à travers eux nous décrit l’atmosphère de Belfast comme aucun « reportage ». Dans d’autres registres très différents Doa sur l’Afghanistan, Higashino sur le japon, ou Burdett ou Lehane nous en apprennent tellement sur les villes les atmosphères les mentalités des humains qu’ils décrivent . Ils sont passionnants .

        • La petite souris

          Je ne peux que partager ton point de vue ! c’est d’ailleurs pour cela que personnellement j’affectionne tout particulièrement le roman noir aux thrillers même si j’en lis et en chronique parfois !un autre grand que j’aime beaucoup c’est David Peace !

  4. Mon mulot,

    Un auteur que j’aime énormément mais je dois dire que j’aime les auteurs irlandais en général. J’ai quand même un bémol à apporter aux romans de Stuart Neville et c’est très personnel, bien sûr. Les dénouements sont souvent hollywoodiens, les personnages se retrouvent en un lieu x pour régler leurs comptes à coups de pétoires. A te lire, cela ne semble pas être le cas pour celui-ci et il m’intéresse encore davantage. Bises. Jean.

    • La petite souris

      bonjour Jean ! je t’avoue je n’ai pas tout lu de lui donc difficile pour moi de te confirmer ou non la chose ! le mieux c’est que tu le lises ! tu me diras ! 🙂

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