GROUND ZERO

JEAN PAUL CHAUMEL

EDITIONS DU ROUERGUE

ground zero [blog].jpg » Ground Zero »,  ce point de non retour pour un siècle qui crève avant d’être né, où les illusions naïves d’un monde meilleur se désintègrent sur les parois insolentes  d’un gratte ciel américain. Et pour toute réponse à la barbarie, la bêtise en étendard brandie par un cow boy d’opérette  vengeur et va-t-en guerre . Et un monde qui se regarde basculer dans la schizophrénie.

Vous connaissez l’histoire. Jean Paul Chaumel ne va pas vous la raconter. Non plus vous servir l’histoire de quidams qui deviennent des héros par la force des évènements tragiques qui se déroulent en ce jour fatidique de septembre.

Le hasard, la fatalité, appelez ca comme vous voulez , ont parfois cette sale manie de vous aspirer dans le shaker de l’ Histoire, et de vous secouer ou vous broyer contre les parois d’un destin que vous ne Twin Towers NY 14maitrisez pas.

Pour W. , l’expression « au mauvais endroit, au mauvais moment » n’a jamais été autant porteuse de sens et de cynisme qu’en ce jour de 11 septembre 2001.

 L’affaire était pourtant simple et plutôt bien engagée: pénétrer dans le World Trade Center , repérer la cible et l’abattre, récupérer ensuite la mallette et disparaître. Simple routine pour ce tueur professionnel
formé dans les années 80 par un groupuscule d’ anti-communistes farouches, sur une base de l’Otan. Car W. est parfaitement rôdé à ce genre de contrats.

 Qui plus est c’est un perfectionniste, n’utilisant qu’une seule balle sur sa cible, signature d’un travail d’orfèvre. D’ailleurs, W. ne se voit pas comme un assassin, mais comme un facilitateur dans le monde des affaires. Des négociations difficiles? un partenaire récalcitrant? Eliminer le cailloux gênant dans la chaussure de l’ultralibéralisme, afin de permettre au business de se développer tel est le sens qu’il donne à son travail.

Mais il était dit qu’en ce jour les choses ne se dérouleraient pas comme elles étaient censées se passer . Dans les couloirs du gratte-ciel,  notre homme croise une étrange baby Sitter qui l’observe.

ny11Au moment d’éliminer sa cible, il découvre la présence de son collègue Dimitri avec qui il lui est arrivé de faire cause commune sur un contrat ,donnant jour à une amitié toute professionnelle. Sauf que cette fois ci Dimitri est là pour lui, pour l’éliminer. Leurs retrouvailles sont explosives, au moment même où le monde s’écroule autour d’eux.

Reste à fuir, à s’extirper de cet univers de verre et de béton en fusion qui vacille sur lui même. La descente au milieu des autres survivants que la poussière transforme en fantômes sans savoir, sans comprendre ce qui est en train de se jouer. S’extirper de ce piège qu’il sent se refermer sur lui, fut ce au prix d’une vie.

Mais dehors, dans cette ville abasourdie par le chaos, hagard devant l’inconcevable qui met à terre l’invincibilité d’un peuple, W. n’en a pas fini. Il est devenu la proie de plusieurs équipes adverses et doit très vite se procurer des armes s’il veut sauver sa peau.

Pour lui, les choses ne font que commencer…

Sans doute que le nom de Jean Paul CHAUMEIL  ne vous dit rien. Et pour cause, car avec « Ground Zero » il signe là son premier roman. Et pour une première entrée en matière, le résultat est plutôt réussi. Si vous aimez les romans d’actions, celui ci ne devrait pas vous décevoir.

Précisons tout de suite au lecteur éventuel, que Ground Zero, contrairement à ce que peut laisser supposer ce titre, n’est en rien l’histoire des évènements tragiques de ce mois de septembre maudit.tir4

Si une partie de l’action se déroule dans ces lieux gravés dans l’histoire, l’auteur à l’intelligence de très vite désaxer son roman vers l’extérieur .

A l’effondrement des tours, va se substituer celui, intérieur,  des certitudes d’un homme à la vie trop parfaitement organisée.

Au monde mis en vrac, raisonne alors en écho celui de W. qui jusqu’ici ne se voulait être qu’un modeste rouage bien huilé dans la mécanique de ce monde ultra libéral auquel il croit, et dont il ne s’échappe qu’à travers la musique rock et rebelle qu’il écoute à plein tube.

Mais le petit rouage est devenu grain de sable gênant, et il va bien falloir pour la première fois que W. se pose des questions et agisse pour se soustraire au destin que l’on a choisi pour lui.

 » Ground Zero » ne vous laissera pas souffler une seconde. La tension est extrême de la première à la dernière page. L’action se décline en cascade, laissant peu de place aux dialogues, s’entremêlant avec de retour en arrière sur le passé de W. dont on découvre progressivement l’histoire.

Un rythme effréné que le lecteur un peu distrait aura bien du mal à suivre , quand les autres refermeront le livre essoufflés d’avoir tant couru derrière ce personnage insaisissable !

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8 Commentaires

  1. Le sujet pourrait être éculé mais c’est vrai que si l’auteur a l’intelligence de ne pas utiliser ce drame en toile de fond, cela doit réveiller un peu le genre!

    • La petite souris

      c’est vrai qu’il aurait pu dans ce piège, ce qu’il a su éviter avec intelligence ! un auteur à suivre ! je suis curieux de lire son prochain

  2. Je ne connaissais pas, n’en ai pas entendu parler mais il me tente après avoir lu ta chronique. Le dernier paragraphe a fini de me convaincre.

    • La petite souris

      c’est un premier roman assez surprenant,on m’aurait dit qu’il avait été écrit par un américain je n’en n’aurait pas douté une seconde. En plus l’auteur s’est visiblement bien documenté pour écrire son roman ! Amitiés

  3. Runbabook

    Original et prometteur ! Et … hop … dans la PAL !
    Ce qui me plaît c’est la mise en abyme de l’effondrement traitée sur un rythme effréné sans tomber dans l’ultra rebattu . Le récit semble être une assez déroutante aventure humaine . Intéressant .
    Amitiés
    😉

    • La petite souris

      tu me diras ce que tu en penses quand tu l’auras lu, ton avis m’intéresse !

  4. Salut Bruno
    Une des bonnes découvertes de ces derniers mois, en effet. Car c’est un personnage au parcours très dense, avant et après le 11-Septembre, qui est mis en scène ici. A découvrir, c’est évident.
    Amitiés.

    • La petite souris

      tout est dit, et comme dirait l’autre, je plussoie ! 😉 amitiés

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