LA NUIT TOMBÉE SUR NOS ÂMES

17 octobre 2021

Roman de

Frédéric PAULIN

Édité chez

Agullo

Date de sortie
9 septembre 2021
Genre
Roman noir
Pays de l'auteur
France
Avis

" La plus grave atteinte aux droits démocratiques dans un pays occidental depuis la fin de la seconde guerre mondiale. AMNESTY INTERNATIONAL

On ne présente plus Frédéric PAULIN.

Auteur d’une trilogie remarquable sur la montée du djihadisme et ses ravages, il a su en quelques mois, grâce à son sens du récit, ses implacables scénarii, la richesse de sa documentation et la profondeur de ses personnages, conquérir un large public et s’ouvrir en grand les portes du succès.

Des romans qui lui ont valu de rafler bon nombre de prix et de le propulser parmi les écrivains les plus passionnants et les plus doués de sa génération.

Autant dire qu’on attendait avec impatience son nouveau titre qui vient de paraître aux éditions AGULLO.

C’est en Italie cette fois que nous emmène Frédéric Paulin.

 Bienvenue à Gêne. Nous sommes en 2001, et tout ce que la planète compte de dirigeants importants va se réunir pour un nouveau G8, sorte de Yalta des temps modernes, où il n’est plus question de partager le monde, mais d’accentuer une normalisation capitaliste de celui-ci, et de sa dissolution dans ce qu’on finira par appeler la mondialisation.

Un avenir que beaucoup refusent et qui manifestent pour faire entendre qu’un autre chemin est possible.

Ils sont jeunes. Lui se surnomme Wag, c’est un trotskiste dont les convictions s’étiolent un peu, et il en pince sévère pour Nat. Elle est anarchiste, persuadée que la violence est une réponse légitime contre les puissants de ce monde.  Alors ils sont de tous les rassemblements, car il faut faire front.

Puisque les principaux dirigeants de la planète ont pris l’habitude de se retrouver lors de sommets se déroulant sur différents continents, ils sont nombreux ceux qui portent une autre vision sociétale à s’y rendre aussi pour tenter de peser face à eux.

Il y a eu Seattle et Göteborg où déjà les manifestations pacifiques ont dégénéré en affrontement, et ont compté leur premier mort, en Suède, où un manifestant a été abattu d’une balle dans le dos.  C’est là d’ailleurs que Wag et Nat se sont rencontrés.

Alors Gêne se barricade, s’apprête à encaisser le choc frontal qui s’annonce entre deux mondes que tout oppose.

Affluent sur la ville, venus de toutes l’Europe, des combattants syndicaux et politiques de la première heure et une jeunesse gonflée d’idéaux. Une foule de protestataires bariolée où l’on retrouve parmi eux des altermondialistes, des anarchistes, des militants d’extrême gauche, des associations et des partis.

Dans l’autre camp, on se prépare aussi. Face à la chienlit constatée lors des précédents sommets, l’Italie de Berlusconi est bien décidée à montrer au monde comment on matte une contestation populaire.

Et pour se faire, il peut compter sur ses alliés d’extrême droite qui lui ont permis de reconquérir le pouvoir, l’Alliance Nationale et la Ligue du Nord, dont les ministres de la Justice et de l’Intérieur sont issus. Sur le terrain, Franco Di Carli, conseiller à la sécurité ne sera pas le moins zélé de leurs sbires pour orchestrer la répression.

Tandis qu’une partie de la ville est bunkérisée dans une zone rouge où se tiendront les rencontres au sommet, Gênes voit ses rues quadrillées par près de 25.000 policiers et carabiniers pour faire face aux 400.000 manifestants qui arrivent dans la cité ligure.

Parmi eux de nombreux journalistes comme Génovéfa Gicquel et le photographe de presse Erwan qui seront les témoins impuissants du drame qui va se jouer sous leurs yeux, mais aussi des agents infiltrés à l’image de Cazalon et Mélanie Martinez, flics de la DST qui se servent de taupes pour recueillir des informations qu’ils font remonter en haut lieu.

Si dans les premiers temps les choses sont plutôt festives avec un concert mémorable de Manu Chao et les premiers défilés contestataires bon-enfant, les matraques vont rapidement faire leur apparition.

Tout l’art de Frédéric Paulin qui était à l’époque parmi les manifestants, est de nous faire vivre quasiment heure par heure cet évènement qui va très vite sombrer dans le sang et le carnage.

Et de démonter toute la mécanique mise en œuvre pour que tout dégénère.

Des provocations, aux flics excités par des discours guerriers de leurs supérieurs, laissés volontairement en plein soleil pendant des plombes pour chauffer les esprits et les rendre fous, avant d’être lâchés telles des hordes barbares à travers les rues de la cité pour faire le plus de dégâts possible, en passant par les grands médias soumis au pouvoir (n’oublions par que Berlusconi est à la tête d’un puissant empire de communication) qui n’auront de cesse de présenter les manifestants comme des casseurs, tout est parfaitement orchestré.

Alors nous assistons à travers le regard des personnages de Frédérique Paulin à ce déchaînement inouï de violence.

Les bombes lacrymogènes, les charges policières, les tabassages en règle, la descente dans l’école Diaz où les forces de l’ordre commettront des exactions, les arrestations et les séquestrations arbitraires, la torture aussi.

Jusqu’au drame. Jusqu’à la mort du jeune Carlo Giuliani d’une balle en pleine tête. 23 ans.

Il y a finalement beaucoup de similitudes entre ce roman et la trilogie Benlazar.

 On y retrouve en effet la même désillusion de ceux qui croyaient dans un idéal et qui en sortiront brisés, les trahisons, les ententes et les manipulations étatiques, et un monstre dévoreur de libertés qui naît de toutes ces compromissions.

Car le temps d’un G8, un pays occidental a fait fi des libertés individuelles et a sombré dans une répression digne d’un état totalitaire.

Il reste de ces évènements une colère sourde chez l’auteur qui aura mis vingt ans pour coucher les mots de ce souvenir douloureux de sa jeunesse.

Roman immersif d’une très grande intensité, « La nuit tombée sur nos âmes » est un texte sombre, abrupt et dur qui témoigne de cette violence étatique dont nos démocraties sont parfois capables.

Est-ce à dire qu’il n’y a aucun espoir pour les citoyens du monde à peser sur le cours des choses ?

Vingt ans plus tard, autre combat , autre moment. Que l’on éprouve de la sympathie ou non pour elle et son action, il est quand même symbolique de voir aujourd’hui une gamine être une figure de prou d’un autre mouvement, celui contre le dérèglement climatique.

Il y aura toujours des combats à mener. Et le jour survient toujours après la nuit.

Du moins je l’espère.

ACQUISITION: SERVICE PRESSE

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