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Il m’arrive parfois, hélas, d’être infidèle à certaines séries que j’apprécie pourtant beaucoup.
J’ai assisté à l’arrivée en France du commissaire Soneri, venu tout droit de son Italie natale, et j’ai suivi nombre de ses enquêtes publiées aux éditions Agullo avec un réel plaisir.
Malheureusement, j’ai manqué le rendez-vous de ses deux dernières aventures, victime d’un planning de lecture un peu trop chargé à l’époque.
Avec le recul, ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose. Les retrouvailles à l’occasion de la parution de « La peur dans l’âme » n’en ont été que plus savoureuses. Elles m’ont surtout rappelé combien ce commissaire singulier, mélancolique et profondément humain m’avait manqué.
Dans « La peur dans l’âme », Valerio Varesi déplace son commissaire Franco Soneri loin des rues de Parme pour l’enfermer dans un autre type de labyrinthe.
Ici, pas de brouillard urbain ni de cafés animés, mais des montagnes épaisses, des bois qui semblent avaler les sons et un village suspendu dans une fin d’été poisseuse où quelque chose paraît déjà déréglé avant même que le drame ne commence.
Notre commissaire pensait trouver un peu de repos à Montepiano avec Angela. Quelques jours loin de la chaleur écrasante, loin du vacarme de la ville.
Mais Varesi excelle justement dans cette manière de faire basculer un décor paisible vers une inquiétude presque primitive.
Le roman avance par glissements successifs. Un cri dans la nuit. Un homme blessé. Une disparition inquiétante qui tournera au drame. Des rumeurs qui circulent plus vite que les faits.
Et puis cette présence invisible qui hante les forêts, ce fugitif serbe dont personne ne sait réellement où il se trouve mais dont tout le monde finit par parler comme d’une menace omniprésente.
Valerio Varesi n’a pas son pareil pour construire une atmosphère des plus pesantes et étouffantes, où l’intranquillité finit par s’insinuer jusque chez le lecteur.
Rarement la montagne aura semblé aussi oppressante dans un polar contemporain. Les sentiers, les bois, les maisons isolées, les animaux qui hurlent au loin composent un décor presque archaïque où la peur semble remonter du sol lui-même.
Valerio Varesi sait jouer sur l’attente, sur les silences, sur les regards qui se détournent. Plus les jours passent, plus Montepiano se referme sur ses habitants. Les conversations deviennent prudentes, les rancœurs anciennes remontent, chacun soupçonne l’autre. Le village entier paraît contaminé par une angoisse diffuse.
L’enquête importe finalement moins que ce qu’elle révèle des hommes.
Soneri comprend peu à peu que la violence ne vient pas uniquement de l’extérieur. Le fugitif que tout le monde désigne constitue un coupable idéal, une figure commode sur laquelle projeter les peurs et les frustrations accumulées.
Derrière les façades tranquilles apparaissent les jalousies, les arrangements douteux, les petits intérêts personnels et cette méfiance sourde qui détruit peu à peu toute idée de communauté.
Franco Soneri demeure un personnage magnifique parce qu’il avance sans certitude. Fatigué, mélancolique, lucide sur l’époque, il continue pourtant à écouter les gens avec une forme d’attention presque douloureuse.
Il doute, observe, assemble des fragments. Dans ces montagnes qu’il associait aux souvenirs de l’enfance et à une certaine idée d’authenticité, il découvre surtout un monde qui n’a pas échappé aux fractures contemporaines.
On appréciera cette impression constante d’étouffement alors même que le roman se déroule en pleine nature. Plus les paysages s’ouvrent, plus les personnages semblent enfermés. Les nuits deviennent lourdes, les forêts menaçantes, les bruits indistincts prennent une importance démesurée.
« La peur dans l’âme » est un roman noir d’une grande tristesse humaine. Un livre lent au meilleur sens du terme, habité par le doute et la fragilité des êtres. Il y a dans cette histoire quelque chose de profondément désabusé, mais aussi une vraie finesse dans la manière de regarder les hommes lorsqu’ils commencent à céder à la peur.
« La peur dans l’âme » est un véritable petit bijou qui compte, à mes yeux, parmi les meilleurs romans de Valerio Varesi publiés en France.
Autant dire qu’il n’est pas question pour moi de louper son prochain rendez-vous !


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