MEURTRES A MAHIM

28 mars 2021

Roman de

Jerry PINTO

Édité chez

Banyan

Date de sortie
4 mars 2021
Genre
Policier
Pays de l'auteur
Inde
Traduction
Patrice GHIRARDI
Avis

Bombay dédaigne la nuit.
Lorsque l'astre du jour sombre dans l’océan, l'obscurité n'en profite pas pour autant. Ses tentatives d'engloutir la cité sont tenues en échec par les myriades de néons qui, le soir venu, s'allument en clignotant, et par les torchères de gaz naturel de la zone portuaire, dont les lueurs blafardes illuminent les flanc de la colline que les enfants appellent " la tombe du géant". Quand tombe le crépuscule, seuls quelques recoins isolés sont gagnés par les ténèbres.

La chronique de ce ouvrage est un petit évènement pour Passion Polar. C’est en effet la première fois depuis dix que ce site existe, que j’ai le plaisir de lire, et donc de chroniquer, un roman indien !

L’occasion aussi de découvrir un éditeur que je ne connaissais pas jusqu’ici, les éditions Banyan, qui semblent se spécialiser dans la littérature de ce sous-continent.

Bombay. Peter Fernandes, journaliste à la retraite est appelé sur une scène de crime par son ami l’inspecteur Shiva Jende.

Dans les latrines d’une gare de la proche banlieue de la ville, le corps sans vie d’un homme a été retrouvé éventré. Un de ses reins a été prélevé.

Le garçon est un jeune homosexuel venu chercher le plaisir d’un soir dans ce lieu sordide puant la pisse et le sexe.

Car à cause d’une législation coercitive qui fait de l’homosexualité un délit, les gays de Bombay sont obligés de vivre dans la clandestinité et de se retrouver dans ces endroits isolés et glauques, au risque d’y faire

@Aldo Sperber

de mauvaises rencontres.

C’est sans doute ce qui est arrivé à ce jeune, même si le fait qu’on lui ait prélevé un organe interpelle les deux amis, qui vont se lancer dans une enquête qui ne manquera ni de rebondissements ni de chausse-trappes.

Bien sûr, ce sera une plongée dans le milieu underground et gay de la ville de Bombay à laquelle va nous inviter l’auteur.

Pour autant, l’affaire va s’avérer beaucoup plus complexe que çà. À l’idée que la victime se serait trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, que le hasard aurait vraiment mal fait les choses, va se substituer peu à peu un tout autre scénario que mettront à jour les deux complices. Une histoire qui va mêler racket et vengeance et où les morts vont s’accumuler.

« Meurtres à Mahim » est d’une construction tout ce qu’il y a de plus classique. C’est peut-être la première surprise de ce livre. Ce n’est donc pas là qu’il faut trouver l’originalité de ce roman indien.

C’est davantage dans la fresque sociétale que dépeint Jerry Pinto qu’il faut aller la chercher.

Car l’enquête se situe à une époque où l’homosexualité était encore criminalisée en inde, fragilisant de fait toute une frange de la population qui se retrouvait sans défense face aux abus, à la violence ordinaire, ou au chantage de la police.

La place de l’homosexualité dans la société indienne est prégnante au fil des pages.

Peter Fernandes, le journaliste à la retraite s’interroge sur son propre fils. Celui-ci disparaitra un temps alors qu’au même moment la presse le présente comme un activiste gay.

Pire, on retrouvera son numéro de portable dans le téléphone de la victime ce qui questionnera sur son implication dans cette affaire criminelle.

C’est aussi la peinture d’une société où les plus faibles et les plus démunis souffrent et s’entassent dans des immeubles aux logements insalubres, où la promiscuité et le manque de sanitaire occasionnent des scènes surréalistes, et où la pauvreté les pousse parfois à des choix dramatiques.

Au passage, l’auteur n’oublie pas de pointer la corruption qui gangrène toutes les strates de la société indienne, à commencer par la police où nombre de ses fonctionnaires n’hésitent pas pour arrondir leur fin de mois, à se livrer au chantage à travers de coups montés, où de jeunes gays servent quelques fois d’appât.

« Meurtres à Mahim » est un roman plaisant à lire. Classique dans sa construction donc, mais qui donne à voir un pays que nous découvrons au fil de ces quelques pages, à la suite de ce duo d’enquêteurs qui mènera son enquête de manière minutieuse pour faire éclater la vérité.

Un duo improbable bien difficile à imaginer en occident, tant l’ancien journaliste aura accès aux scènes et aux éléments de l’enquête comme s’il était lui-même inspecteur. Mais c’est aussi cette particularité qui va donner le sel à ce binôme original.

« Meurtres à Mahim » marque donc ma première incursion dans la littérature de ce pays-monde. Un univers surprenant, déconcertant par bien des aspects, mais qui souligne aussi bien des points commun avec les travers de nos sociétés occidentales.

Une première expérience qui j’espère, grâce aux éditions Banyan, en appellera d’ autres tant j’aurai pris plaisir à découvrir ce premier auteur indien.

ROMAN EN SERVICE PRESSE

4 Commentaires

  1. Max

    Bonjour,

    Pas courant, en effet, les polars indiens….
    Lu un seul, paru il y a un peu plus d’un an : L’attaque Du Calcutta-Darjeeling, d’Abir Mukherjee, que je recommande.

    Réponse
    • La petite souris

      Bonjour, oui j’en ai entendu parlé, je l’ai d’ailleurs acheté en poche mais je n’ai pas encore eu le temps de le lire. Mais les échos sont plutôt favorable en effet ! 🙂

      Réponse
  2. Florence CHOQUET

    Merci pour cette découverte.

    Réponse
    • La petite souris

      Merci Florence 😉

      Réponse

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