PETIOTE

12 juin 2022

Roman de

Benoît PHILIPPON

Édité chez

Les arènes

Date de sortie
12 mai 2022
Genre
Roman noir
Pays de l'auteur
France
Avis

Vous savez sans doute que j’ai une prédilection pour les romans bien barrés, complètement déjantés, et qui mélangent à la fois l’humour et le roman noir, avec si possible une bonne dose de burlesque. Une alchimie qui engendre immanquablement chez moi un plaisir jubilatoire dont je ne me lasse jamais.

« Petiote » de Benoît Philippon est de ceux-là !  Je connaissais l’auteur par sa renommée sans jamais l’avoir lu jusqu’ici, faute de temps ou faute d’envie.

Mal m’en a pris, à l’évidence, car je découvre un écrivain doté de ce petit grain de folie et de délire comme j’aime à en croiser de temps en temps chez les auteurs.

La dernière fois que j’avais pris un kiff d’enfer, si vous me permettez l’expression, c’était avec le roman de Benjamin Dierstein « un dernier ballon pour la route » (Si vous ne l’avez pas lu, courez l’acheter !!! ) publié lui aussi chez Les Arènes.

Gustave Sanson, que tout le monde surnomme « Gus » n’est pas vraiment un gagnant. C’est même tout le contraire. Que ce soit dans sa vie professionnelle, ou dans sa vie privée, tout rime avec l’échec.

Ses projets ont fait long feu, sa femme Charlotte a fini par le quitter, et sa fille de 14 ans lui en veut de ne pas être à la hauteur et lui fait chèrement payer ses errances.

Alors pas étonnant qu’un jour il se retrouve devant la juge pour enfant à essayer de la convaincre avec ses mots, de ne pas lui retirer la garde de sa gamine.

…j’ai raté beaucoup de tentatives dans ma vie, mais il y a une chose que j’ai réussie, c’est ma fille. Ma plus belle joie, ma plus grande gloire, ma petite Emilie. Alors c’est peut-être ma seule réussite, mais quelle réussite ! … et je l’aime ma Petiote !

Malheureusement rien n’y fera, la femme de loi va lui arracher le cœur en donnant raison à la mère d’Emilie.

Pour Gus, la douleur est magistrale. Son monde s’effondre sous ses pieds.

Mais pour lui, passé le choc, il n’est pas question qu’on lui retire sa fille, sa Petiote.

Alors va germer dans son esprit une idée complètement dingue, prendre en otage l’hôtel vétuste où il crèche, ainsi que sa propre fille, en échange d’une rançon et d’un avion pour s’enfuir au Venezuela où il compte bien s’installer avec Emilie.

 Projet fou et naïf, voué à l’échec ? Qu’importe, Gus n’a plus rien à perdre, il est déterminé cette fois-ci à aller jusqu’au bout de son plan. Rien ni personne ne se mettra entre lui et sa Petiote et pour cela il est prêt à en payer le prix.

Voilà donc les résidents du lieu sous les feux de l’actualité, embarqués dans une histoire qui les dépasse, mais qui va tous les impliquer à un titre ou à un autre.

Une galerie de personnages incroyables.

 On y trouve Cerise, jeune prostituée à la perruque mauve, qui exerce sa profession dans la discrétion de sa chambre, et qui va seconder Gus dans son dessein.

Gwen et Dani, couple d’amants illégitime pris dans la nasse de cette histoire.

Fatou, jeune africaine arrivée en France enceinte et qui est à deux doigts d’accoucher.

 Boudu un SDF sauvé de la noyade qui ne refuse jamais un coup à boire, et Sergueï, un trafiquant serbe pas des plus sympathiques.

Enfin Hubert, un livreur Uber jamaïcain, qui n’aurait sans doute pas dû passer par là.

Tous ont été plus ou moins recueillis par George, le patron des lieux, qui a toutes les peines de monde à maintenir son affaire à flot. Mais l’homme à un grand cœur et porte sur ses pensionnaires un regard bienveillant et protecteur.

Car ils en commun d’être des laissés pour compte, des cabossés de la vie, des paumés de cette une société qui ne veut plus d’eux.

Ensemble ils vont devoir affronter les évènements qui ne vont cesser de s’enchainer, et au cours desquels l’épaisseur de la frontière entre otage et complicité tiendra souvent de la feuille à cigarette.

Car si je projet de Gus semble insensé et suicidaire à tout le monde, comment ne pas être sensible à ce cri d’amour de ce père pour sa fille ,dont la relation évoluera au fil des pages.

Le roman de Bénoît Phillipon est un petit bijou d’émotions. Il est rare pour moi de ressentir de l’empathie pour autant de personnages à la fois. Sans doute cela s’explique-t-il parce que transpire avec une certaine évidence, la tendresse que porte l’auteur à ces derniers, et dont témoigne le soin qu’il a apporté à les créer.

L’histoire est rocambolesque.

Très cinématographique, par certains aspects j’ai repensé parfois à la série « la casa del papel », notamment lorsque la foule à l’extérieur prend fait et cause pour ce père désespéré, et dans la relation qui va se nouer entre lui et Mia la flic chargée de mettre un terme à cette prise d’otages devenue médiatique.

Mélange de drame et de roman noir, où la violence n’est pas absente, le tout agrémenté d’une sacrée rasade d’un humour désopilant, « Petiote » délivre un bonheur de lecture que l’on savoure avec gourmandise.

 Plongez-y a cœur perdu, mais prenez garde, car il n’est pas impossible que cette histoire fasse apparaître par moment une petite larme au coin de votre œil.

2 Commentaires

  1. Nico

    Hello la petite souris,

    Je viens de finir « Petiote », j’ai beaucoup aimé.
    Les auteurs qui osent le comique et les personnages « barrés » m’inspirent le plus grand respect car on peut vite tomber dans la caricature et les clichés (je trouve qu' »un dernier ballon pour la route » que tu cites ne réussissait pas toujours le test).

    Benoît Philippon les évite (bien que j’ai eu un peu peur au début). Tous les personnages existent et on ressent de l’empathie pour eux (sauf peut être Hubert qui est un peu moins bien traité que les autres).
    La capitaine est un excellent personnage qu’on aimerait retrouver dans une autre aventure.

    Ce que je trouve admirable, c’est que l’auteur ne ménage pas son personnage principal, il ne cherche pas à tout prix à nous le faire aimer, il croit tellement à son perso qu’il le laisse vivre sa vie. Jusqu’au 2/3 tiers du roman, je l’ai même trouvé assez antipathique. Puis ça a évolué petit à petit en même temps que d’autres personnages.

    Au final, ça m’a beaucoup fait penser à au grand Pennac et sa smala Malaussène.

    Réponse
    • La petite souris

      bonjour mon ami ! désolé de te répondre avec retard mais l’été je fais relâche sur le site donc je n’y assure qu’une veille en pointillés en attendant la rentrée de septembre ! Je suis très heureux que tu aies aimé « Petiote » c’est un excellent roman. Comme tu le précise fort, bien, le fait que le héro de l’histoire ne soit pas ménagé rajoute au charme et de ce personnage, et de ce roman ! j’attends avec impatience le prochain roman de l’auteur ! 🙂

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