RAFAEL, DERNIERS JOURS

GREGORY MCDONALD

EDITIONS 10/18

rafaelVoilà sans doute un des livres les plus perturbants, les plus éprouvants et les plus dérangeants que j’ai pu lire . Un livre qui prend aux tripes, qu’on empoigne, qui vous plonge d’emblée dans un sentiment de malaise et qui vous fait forcément réagir. Un livre où l’on  aimerait arracher  la plume à l’écrivain pour écrire à sa place une autre fin.

C’est la première fois que je vois un auteur mettre préalablement en garde son lecteur par rapport à la lecture d’un des chapitres de son roman, tout en expliquant la nécessité absolue qu’il y avait de l’écrire. Car ce roman plonge le lecteur dans une tension véritablement insoutenable.

Rafael est un brave type, un peu alcoolo, sûrement fauché, mais pas fainéant. Père de trois jeunes enfants, il est marié à Rita qu’il respecte et qu’il aime. Avec sa petite famille, il vit près d’une décharge avec pour seul horizon ces tas d’immondices dans lesquelles les plus pauvres tentent d’y trouver de quoi survivre.

Son avenir et celui des siens est à l’image des vêtements usés et rapiécés qu’il porte.

Alors un jour il va accepter de monnayer la seule chose qu’il peut encore marchander, sa vie. En échange de la promesse de 30.000 dollars  versés à sa femme, celui-ci va accepter d’être le héro funeste d’un snuff movies.

Ce roman n’est pas un roman malsain, voyeur ou exhibitionniste. Gregory Mc Donald ,ne tombe absolument pas dans ce travers. Au contraire il adopte une construction particulière pour son texte, qui fait qu’il évacue quasiment des le début la mise à mort ( le fameux chapitre incriminé), par la narration non pas de ce qui est, mais de ce qui sera le moment venu. Car là n’est pas l’essentiel du roman.

Rafael, analphabète, signe donc un contrat, et empoche 300 dollars en guise d’avance. Il retourne vivre le peu de temps qu’il lui reste près des siens. Et nous l’accompagnons durant  ces quelques jours où il va essayer de rendre les gens autour de lui un peu plus heureux ,avec l’avance qu’on lui a faite. Nous découvrons son univers, sa vie, ceux qui constituent son horizon, et à travers lui cette micro société de nécessiteux pourtant organisée et solidaire. Nous partageons ces rires, ces éclats de voix, ces échanges,  ces petits riens qui remplissent une vie, celle de Rafael.

Toute la force de ce roman réside paradoxalement dans l’humanité qui s’y trouve à travers ce personnage terriblement attachant.

Et ce n’est pas tant la mise à mort annoncée qui rend ce livre pesant et insoutenable que le décalage entre l’innocence et la cruauté d’une même société.  Entre cet homme simple et généreux, foncièrement honnête, qui croit encore en la parole donnée, et cette frange d’une société désarticulée, perdue et tricheuse,  qui ne trouve plus de sel dans l’existence,  que dans l’immoralité de la  mise à mort de sa propre humanité.

A la fin de ce roman, m’est revenu en résonance celui de Steinbeck  « des souris et des hommes ». Dans ce monde qui est le notre, il n’y a malheureusement peu de place pour l’innocence.

Bouleversant, poignant, douloureux, le roman de Mc Donald est vraiment un grand livre.

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20 Commentaires

  1. Il est dans ma PAL.
    Depuis le temps que je dois le lire, c’est une belle piqure de rappel !

  2. Bonsoir Bruno
    Un roman âpre qui changeait de la production habituelle de Gregory McDonald notamment avec ses romans ayant Fletch comme personnage principal
    Amitiés

    • La petite souris

      je t’avoue Paul que je n’ai pas encore lu les autres romans de l’auteur ( enfiun je crois pas !) son talent en est que plus grand si tu me dis que ce livre est à l’opposé de ce qu’il a pu écrire jusqu’ici ! et je fais confiance au connaisseur que tu es ! 🙂

  3. Il est sur ma pile, mon souriceau, mais j’ose pas l’ouvrir… je recule toujours pour ne pas m’avancer vers lui.

    Va falloir que j’empoigne mon courage à deux mains :/

    • La petite souris

      oh ma belette !!!! 🙂 oui comme je viens de dire, il est dur ce libvre, donc à lire quand on a pas le moral au fond des chaussettes ! 🙂 mais uin excellent livre !! bisou !

  4. Pffouuu… Rien qu’à lire cette chronique, je sais déjà que je ne le lirai pas… Il doit être très bien, aucun doute, mais c’est le genre d’histoires que je ne supporte plus !

    • La petite souris

      salut Nath ! Ah oui, âme sensible s’abstenir car il va te mettre très mal à l’aise. Mais comme je l’ai dit, le talent de l’auteur c’est dans cette histoire glauque sa capacité à faire surgir l’humanité dans ce monde en déchéance, et de ne jamais tomber dans le voyeurisme !

  5. Salut mon pote du sud. J’avais acheté d’occaz des aventures de Fletch (à l’époque, ça devait être chez J’ai lu Policier et à l’époque, je n’avais pas d’argent !). ça m’amusait. Et quand ce livre est ressorti chez Fleuve noir, je crois, je l’ai acheté rapport à l’auteur. Cette lecture est une des plus effroyables qu’il m’ait été donné de lire. UN livre extraordinaire, un des seuls qui m’a mis le coeur au bord des lèvres et les larmes aux bords des yeux. Le seul je crois avec Simetierre. Pour moi, ce livre est un monument et je n’ai jamais eu le courage de le relire. J’ai aussi essayé de regarder le film mais ça n’a pas le m^me gout, la pellicule et le papier, n’est ce pas ? Super billet mon pote … une fois de plus

    • La petite souris

      Salut mon Pierre !!! Ah ouai il retourne bien les tripes celui là, et comme toi, je ne pense pas qu’un autre bouquin m’ait fait cet effet là, à part peut être  » la confrérie des mutilés » mais pour d’autres raison ! je ne pense pas qu’il soit necessaire de relire celui ci tant tout reste en mémoire des mois et des mois après sa lecture ! 🙂

  6. Nath sous les pavés la page

    Je n’oublierai jamais ce roman. J’ai eu les mêmes sensations que toi. ..tristesse et malaise mêlés. Il fallait oser l’écrire et l’auteur l’a fait avec un talent exceptionnel. Un grand roman

    • La petite souris

      sacré bouquin, le genre dont tu te rappelles toute ta vie de lecteur ! 🙂

  7. Christine roy

    Là, s’impose une lecture ! Le genre de livre que n’affectionne particulièrement, beaucoup d’humanité, et son contraire. Le monde, la société et ses personnages oubliés , la beauté et l’horreur du quotidien ….. Je reste sur la faim avec cet email excellent article. Merci

    • La petite souris

      oui il faut le lire Chrisitine, par contre c’est un roman dur comme je l’indiquais, sans doute justement parce qu’il m’est en perspective l’horreur et cette humanité et cette innocence naïve du personnage principal. tu me diras ce que tu en auras pensé ! 🙂

  8. Yes, le roman super-drôle de la semaine ! Entre celui-là et « Mon curé à poil chez les extra-terrestres », j’hésite.
    Oui, bon !
    Blague à part, c’est un grand, un immense roman noir !
    Amitiés.

    • La petite souris

      Ah effectivement tu as des lectures des plus variées Claude ! 🙂 oui je crois que nous sommes unanimes je crois, il s’agit d’un sacré bon bouquin ! Amitiés

  9. Jean Dewilde

    Attraction et répulsion, voilà les deux mots qui me viennent spontanément après avoir lu ta chronique sémillante, mon mulot. Il fallait des couilles (pardon) pour l’écrire et il en faut certainement aussi pour le lire. Venant de toi, je ne doute pas un seul instant que ce soit un très grand roman sur les thèmes que tu évoques. Loin de fermer la porte, je pense néanmoins et tu l’écris d’ailleurs qu’il faut être en bonne forme spirituelle et mentale pour affronter ce roman. Les différents commentaires et celui de Pierre, notre ami commun,vont dans ce sens. Je ne suis pas prêt pour le moment mais crois-moi, j’ai la couverture déjà imprimée sur ma rétine. Amitiés.

    • La petite souris

      Ah ca mon ami, il faut que tu te le notes, un jour il te faudra le lire vraiment. Mais il faut effectivement le faire au bon moment. Si tu ne le sens pas maintenant alors effectivement attends un peu !! 🙂 Amitiés

  10. Le billet est tentant, malgré les mises en garde .. ça pourrait me plaire.

    • La petite souris

      oui il vaut mieux être prevenu, mais franchement si tu as l’estomac bien accorché alors fonce, ce bouquin est excellent !

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