RURAL NOIR

BENOÎT MINVILLE

EDITIONS GALLIMARD ( SÉRIE NOIRE)

 

rural noir (Copier).jpg
Il y a d’abord le bonhomme. Benoît Minville. Une armoire à glace, des tatouages qui courent sur ses bras. Il y a aussi ce regard faussement torve qui vous fixe sur une des nombreuses photos qu’il met en partage sur les réseaux sociaux, un livre à la main. Celui-ci provoquerait presque dans votre cerveau reptilien, le réflexe de courir à la librairie du coin pout acheter le bouquin, histoire de pas avoir d’ennuis avec lui.

Mais si vous avez la chance de le rencontrer de visu comme ce fut le cas pour moi à Toulouse Polar Sud en octobre dernier, vous vous rendrez compte que sa paluche, ferme et virile, son sourire et sa gentillesse vous transmettent immédiatement une chaleur toute conviviale qui vous donnerait instantanément l’envie de devenir pote avec ce grand bonhomme .

Et d’amitié, il en est justement question dans son roman « Rural noir » sorti il y a quelques semaines dans la prestigieuse collection « série noire » des éditions Gallimard. Et ma foi, je crois bien qu’à la lecture de ce livre je viens, enfin, de rencontrer mon premier coup de cœur de l’année 2016.

Difficile avec ce roman de ne pas replonger dans ses propres souvenirs à la recherche de cette époque faite d’insouciance et de promesses, de courses folles dans les champs à en s’en éclater les poumons, des premiers émois amoureux. Une époque où les potes sont des frères de sangs avec qui on veut tout partager et surtout ne jamais quitter, à la vie à la mort, où rien ne peut vous arriver parce que vous êtes invincible.nievre3 (Copier)

Vlad, romain, son frère cadet Christophe et Julie sont de ces jeunes unis par ce lien indéfectible. Une bande de gamins de quatorze ans, inséparables, qui
forment le « gang » dont Vlad est le chef, et romain le « général ».

L’été venu ils traînent leurs guêtres dans la campagne nivernaise qui prend des allures de far west, sans doute un peu trop vert, mais qui reste un territoire à explorer et à conquérir, avec en guise de monture sauvages leurs vélos un peu rouillés.

C’est au cours de l’un de ces étés là qu’ils croiseront la route de Cédric. Un gosse qui n’a pas froid aux yeux, qui n’hésite pas à serrer les poings à rendre les coups. Un rebelle, comme Vlad, sur lequel il exercera une certaine fascination tant ils se ressemblent, mettant un temps en péril la cohésion de la bande.

 Au milieu des vaches, des meules de foins, des fermes et des villages, sur les petites routes de campagnes, ils vivent cette joie d’être ensemble, croquant la vie et la liberté à pleines dents, bravant les interdits d’adulte, clope au bec , un goût d’alcool dans la bouche.L’insouciance cheveux au vent.

Jusqu’au drame.

ruralnoircvDix ans ont passés, Romain revient sur sa terre natale.

Parti brutalement à la mort de ses parents, il retrouve son frère Chris en couple avec Julie, enceinte, dont il était secrètement amoureux autrefois.

Les retrouvailles sont difficiles. Dix ans d’absence,sans un mot, sans explication, alors que Chris n’était encore qu’un gosse. Le silence n’a pas comblé le vide. Malgré tout l’émotion est là, les souvenirs remontent à la surface.

Mais là vie a ceci parfois de cruel qu’elle peut se jouer de vous avec une cynique ironie.

C’est au moment où Romain revient, que Vlad, lui, est retrouvé dans un champ, le corps meurtri par les coups, laissé pour mort par ses agresseurs.

Vlad, le pote, le frère. Lui aussi était resté. Pour verser dans la délinquance et se retrouver en compagnie de Cédric, à la tête d’un réseau de trafic de drogue sur la région.

Mais qu’importe, on ne touche pas à un membre du « gang ». Alors Romain et Christophe vont devoir s’entendre avec Cédric qu’ils n’ont jamais vraiment accepté, pour retrouver ceux qui ont cloué leur ami sur un lit d’hôpital. Car ce lynchage appelle la vengeance.

Le roman de Benoît Mainville ne se lit pas, il se dévore, d’une traite.

 Hymne à l’amitié, il en porte aussi toute l’amertume. Celle de ces rêves de gamins qui s’effritent au temps qui passe, de ces chemins pris que l’on n’aurait peut-être pas dû emprunter, de ces mots tus qui rongent à petit feu et qui éloignent, et de ces actes qui vous plombent la vie.

Alternant entre flash-back et instants présents, Benoît Minville nous offre aussi un contraste saisissant entre une campagne magnifiée, solaire, propice à toutes les aventures, et celle des adultesjio (Copier) que les personnages sont devenus dix ans plus tard. Une campagne triste et sinistrée, où la réalité brutale de la crise, du chômage, a fané les couleurs et les sourires, dévoré l’espoir et fait baisser les têtes.

Pour autant il ne s’agit pas pour l’écrivain d’opposer un temps jadis, sorte de paradis perdu où tout était forcément meilleur, à un autre plus sombre où les choses ne vont plus de soi, mais bien de souligner toute la difficulté à devenir adulte et que le passé commande bien souvent le présent. Car c’est bien dans le terreau de leur enfance partagée, quand tout n’était que liberté et exaltation, que le parcours dramatique de cette bande de copains plonge ses racines.

Avec une galerie de personnages tantôt inquiétants, tantôt touchants, Benoît Minville nous offre une histoire qui mêle à la fois le goût sucré de cette jeunesse évaporée, de ce temps d’insouciance, dont on aime à se rappeler avec une certaine mélancolie, à celui aigre d’une époque qui porte tout la noirceur sociale d’un monde, qui dans sa modernité proclamée, brise les hommes et les territoires.

Pourtant dans cette adversité, personnelle ou collective, malgré les liens distendus, les mauvais choix et les erreurs, malgré le temps qui passe, reste ce lien malmené mais indéfectible de l’amitié auquel Romain et son frère vont rester fidèles jusqu’au bout. Pour eux, pour Julie, pour Vlad, pour le gang.

Très bien construit grâce à un sens aigu du récit, admirablement amené par une écriture sobre laissant une grande place aux dialogues, Benoît Minville réussi parfaitement à transporter son lecteur dans cette magnifique ballade en noir.

On en redemande, et vite !

je-commande

souris coup de coeur

©Ygaël/Passion Polar

19 Commentaires

  1. Cet écrivain est génial 🙂

  2. Chouette ta chronique, que j’ai lu avec plaisir sans restrictions car j’ai adoré ce roman de Benoît 😉 une merveille qui a flingué mon maquillage plus d’une fois 😉 coup de cœur pour moi aussi

    • La petite souris

      Merci Chris ! un superbe roman en effet, moi je me suis retrouvé 40 ans en arrière quand je faisais les quatre cents coup dans la campagne picarde en compagnie de mes cousins et de mes potes de vacances ! 🙂

  3. Très envie de le lire !!

    • La petite souris

      surtout ne t’en prive pas, tu ne seras pas deçu crois moi ! 🙂

  4. Eliane

    Prévu lors de mes prochains achats, un polar sur fond d’amitiés, cela me tente bien !

    • La petite souris

      je crois que tu vas te régaler à le lire !!! tu me diras !!! 😉

  5. Tu as tout à fait raison, ce roman est superbe et moi aussi j’ai replongé dans mes années campagnardes !

    Un vrai coup de coeur aussi pour moi <3

    • La petite souris

      voilà un roman qui ne laisse pas indifférent ! je suis heureux que nous partagions le même engouement à son sujet !!! mais ca ne m’étonne pas non plus, outre la qualité de l’auteur, nous partageons toi et moi des goûts litteraires qui sont très proches 😉

  6. Christine Roy

    Ta chronique me parle et me touche énormément. J’ai l’impression que tu as laissé ton cœur parler et que le roman doit faire écho en chacun de nous. Si en plus c’est écrit avec talent, et que l’auteur est adorable….. C’est vraiment une magnifique tentation. Si tu as été au delà de ton authenticité décelable et ton enthousiasme d’une belle franchise, tu vas voir ta gueule à la récrée !!!!!! merci mon petit mulot. Remets toi vite et offre nous encore de merveilleuses impressions

    • La petite souris

      héhé bonsoir ma Christine, ou devrais je dire mon petit lutin ? 😉 Sincère je le suis toujours et oui ce roman m’a également touché en me faisant remémorer cette époque où avec les copains on se sent invincibles et immortels:! Magnifique est le roman même s’il porte une noirceur amère. Je suis sûr que ce roman te toucheras comme il m’a touché, qu’il te plaira comme il m’a plu. je n’ai aucun doute la dessus !!! Alors cours vite l’acheter et tu m’en reparles ! 🙂 Gros bisous !!!

  7. Je en connais pas du tout cette écrivian mais du coup ta chronique me donne très très envie de le lire il ne pas pas tarder de passer dans ma PAL 😀

    • La petite souris

      Il te faut le lire, c’est excellent ! tu risque même de le lire d’une traite ! 🙂

  8. Jean Dewilde

    Magnifique chronique d’un livre que j’espère lire très bientôt. Bises, mon mulot.

    • La petite souris

      tu vas t’en régaler mon Jean , comme quand tu trempes tes doigts dans le pot de confiture ! 🙂

  9. Il est dans ma Pal celui là et j’ai hâte de l’attaquer 🙂

    • La petite souris

      j’ai hâte de lire ce que tu en auras pensé ! je vais guetter ça ! 🙂

  10. La petite souris

    vouiiiiiiiiiii !!!!!!!

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