SICARIO BÉBÉ

18 octobre 2026

Roman de

Fanny TAILLANDIER

Édité chez

Rivages

Date de sortie
7 janvier 2026
Genre
Policier
Pays de l'auteur
France
Avis

Pour ceux qui ont eu la chance de se rendre au Festival Toulouse Polar des Sud du 9 au 11 octobre derniers, ils auront eu la chance de pouvoir rencontrer Fanny TAILLANDIER.

L’auteur a déjà une bonne dizaine d’ouvrages à son actif, mais c’est la première fois, en ce qui me concerne, que je m’aventurais dans son univers avec son dernier roman « Sicario bébé ».

Blaise et Djen ont dix-sept ans. Ils s’aiment, passionnément, avec cette certitude propre à leur âge que rien ne pourra vraiment les séparer.

Pourtant, leur quotidien n’a rien d’une partie de plaisir. Blaise, qui n’a jamais connu ses parents, se débrouille comme il peut, hébergé à droite et à gauche, tout en préparant son CAP d’électricien. Djen, de son côté, poursuit ses études et envisage même de les prolonger.

Deux adolescents qui tentent de construire leur avenir avec les moyens du bord. Jusqu’au jour où Djen annonce à Blaise qu’elle est enceinte.

Passé le premier moment de surprise, une évidence s’impose à eux, ils veulent garder cet enfant.

Seulement voilà, l’amour ne suffit pas à payer un loyer, à remplir un réfrigérateur ou à acheter tout ce dont un nouveau-né aura besoin. Et lorsqu’ils cherchent des solutions auprès des services sociaux, les perspectives qui leur sont présentées n’ont rien de très réjouissant.

C’est alors que Bobby, le meilleur ami de Blaise, débarque avec une proposition aussi inattendue qu’effrayante.

Sur les réseaux sociaux, un trafiquant recrute des jeunes pour exécuter un contrat. Cinquante mille euros sont promis en échange de la mort d’un homme. Bobby est partant. Blaise, lui, hésite. Mais avec une telle somme, il pourrait enfin offrir un toit à Djen et à leur futur enfant.

À partir de là, les événements vont prendre une tournure que nos trois adolescents étaient bien loin d’imaginer.

Avec « Sicario bébé », Fanny TAILLANDIER s’empare d’une réalité particulièrement inquiétante, celle de ces mineurs recrutés par les réseaux de narcotrafic pour commettre des assassinats.

On entend régulièrement parler dans les médias de ces adolescents recrutés par les narcotrafiquants pour commettre des assassinats. Mais que sait-on réellement de ces jeunes, de leur histoire, de ce qui a pu les amener à accepter de tels contrats ?

Avec Blaise et Bobby, Fanny TAILLANDIER nous permet justement de voir les choses autrement.

 Avant de les retrouver mêlés à cette affaire criminelle, on apprend à les connaître, à découvrir leur quotidien, leurs préoccupations et leurs projets. On comprend mieux alors comment ils ont pu en arriver là, sans pour autant excuser leurs choix.

Fanny TAILLANDIER fait le choix de laisser tour à tour Blaise et Djen raconter l’histoire. Car si tous deux vivent les mêmes événements, ils ne les abordent pas du tout de la même façon. Blaise a tendance à foncer, quitte à réfléchir aux conséquences un peu trop tard. Djen, elle, se montre plus prudente et mesure davantage les risques.

Mais à dix-sept ans, difficile d’avoir toujours le recul nécessaire pour prendre les bonnes décisions. Et malgré les ennuis qui s’accumulent, ni l’un ni l’autre ne semble prêt à renoncer à l’avenir qu’ils avaient imaginé ensemble.

Ils  ne rêvent ni de richesse ni de réussite spectaculaire, juste de pouvoir s’en sortir pour vivre ensemble et voir grandir leur enfant dans un foyer qu’ils aspirent à construire.

Mais ce serait réduire « Sicario bébé » à sa seule dimension sociale que de s’arrêter là.

Fanny TAILLANDIER nous embarque également dans une aventure mouvementée, qui nous conduit des quartiers populaires aux routes de campagne, des foyers de travailleurs jusqu’à une ZAD.

Pour autant, Fanny TAILLANDIER ne cherche pas à tout pardonner à ses personnages sous prétexte qu’ils n’ont pas eu une vie facile.

Blaise et Bobby font aussi de mauvais choix. Bobby, surtout, avec ses idées plus farfelues les unes que les autres et sa manie de se lancer dans des histoires sans vraiment réfléchir à ce qui pourrait lui arriver.

Heureusement, nos jeunes héros peuvent aussi compter sur quelques adultes, notamment Tatie et Sanoune, qui vont leur apporter une aide précieuse à des moments où ils en auront bien besoin.

Quant à l’intrigue policière, elle n’est pas nécessairement la plus surprenante qui soit. On pressent assez rapidement que le projet imaginé par Bobby risque de tourner à la catastrophe.

Mais finalement, ce n’est pas tant de savoir comment les choses vont se terminer qui tient le lecteur en haleine, que de découvrir jusqu’où ces adolescents sont prêts à aller et comment ils tentent de reprendre la main sur leur destin.

Fanny TAILLANDIER nous rappelle qu’entre les discours sur la jeunesse et la réalité de certaines existences, il y a parfois un fossé immense que l’on préfère ne pas voir.

Au bout du compte, « Sicario bébé » aura été une belle découverte littéraire. Un roman noir, assurément, mais dans lequel la tendresse, l’amitié et l’envie de vivre occupent une place que je n’avais pas soupçonnée en découvrant son sujet.

Et surtout, une rencontre avec l’univers de Fanny TAILLANDIER qui me donne désormais envie d’aller voir ce qu’elle a écrit auparavant.

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