UN VENT DE CENDRES

 

SANDRINE COLLETTE

ÉDITIONS DENOËL

un vent de cendres [blog].jpgOn ne présente plus Sandrine Collette, qui avec son premier roman « des nœuds d’acier » avait fait l’année dernière une entrée fracassante dans l’univers de la littérature policière française.

 Combien de louanges, de billets enflammés , de critiques subjugués  par ce livre qui reçu le grand prix de la littérature policière française en 2013. Un bouquin écrit par un petit bout de femme dont on ne se doutait pas, aux dires des lecteurs, que derrière cette gentillesse et ce sourire toujours radieux qui la caractérisent , se cachait une redoutable scénariste, capable de jouer avec vos nerfs comme un chat avec une souris.

Pourtant à sa sortie, j’étais passé à côté de ce roman. D’abord parce que j’avais à l’époque pas mal de livres à lire , ensuite parce que le buzz qui s’en suivi sur la toile et dans les médias, ont enuu sur moi, comme bien souvent dans ces circonstances, un effet contraire.

Ce n’est pas par snobisme, mais il est vrai que je me méfie toujours quand on n’ a pour un roman que des éloges à son encontre et que l’engouement du succès annihile tout esprit critique. Je n’ai donc pas lu « Les nœuds d’acier » , me le réservant pour plus tard , histoire de ne pas être influencé dans mon jugement.

C’est donc à travers son second roman que je découvre Sandrine Collette, non sans une certaine impatience  à m’imprégner de son univers et de son style narratif.

Malo et Camille sont frère et sœur et sont étudiants. Très proches l’un de l’autre, ils profitent de leurs vacances pour gagner un peu d’argent dans des travaux saisonniers. C’est ainsi qu’ils en viennent à être embauchés au domaine de Vaux pour prendre part aux vendanges, sous la houlette de Lublin, le contremaître.

Le travail est rude et épuisant, mais la bonne humeur, l’entraide qui anime le groupe de vendangeurs rend celui ci supportable et les soirées à boire et discuter autour du repas du soir sont des moments de partages qui redonnent du baume au cœur et de la joie de vivr_vendanges_e.

Pourtant Malo lui, commence à ressentir un malaise grandissant. Il ne lui a pas échappé en effet qu’Octave ,un des propriétaires du domaine, ne cesse de regarder sa sœur avec insistance. Et il a beau mettre celle ci en garde, Camille semble s’amuser de la situation, même si elle éprouve à l’égard de cet homme balafré, un sentiment mitigé de crainte et d’attirance.

Pendant ce temps, à l’abri des regards, derrière les rideaux de sa fenêtre, un homme observe lui aussi la jeune fille. Mais lui ne la regarde pas. Il l’a dévore, fasciné. Ce portrait… Un visage avalé par le passé et perdu dans  les limbes de l’éternité il y a près de dix ans. Celui de Laure, sa fiancée. Morte décapitée dans un terrible accident de voiture.

Et c’est lui, Andreas, qui était au volant ce jour là. Lui qui a perdu le contrôle. Lui qui a tué, dans  ce moment d’inattention, ce qu’il avait de plus précieux au monde, et qui défigura son ami Octave présent lui aussi  dans la voiture.niub

Deux amis qui depuis cette nuit fatidique ne se quittent plus, liés par le sang, par cet accident terrible et la douleur de la perte. Dix ans qu’ Andréas vit reclus dans le domaine, sans sortir, avec Octave qui lui sert d’interface avec ce monde auquel il n’appartient plus.

Par sa simple présence , Camille va donc raviver des plaies anciennes qui vont précipiter les évènements dans l’irrationnel absolu. Malo aura beau avoir un mauvais pressentiment, tenter de persuader sa sœur de partir, il ne pourra pas empêcher le drame qui s’annonce de se mettre en œuvre. Il faudra sa disparition soudaine et sans explication, pour qu’enfin Camille s’ alerte. Mais le piège peut être s’est il déjà refermé.

Si ce roman est, parait-il, moins « trash » que le précédent, il n’en reste pas moins que certaines scènes, certaines situations, sont particulièrement fortes et dérangeantes. A commencer par le prologue qui relate avec beaucoup de minutie l’accident dans lequel le scénario plonge ses racines. Quant à la scène finale , insoupçonnable même pour le lecteur de polar le plus aguerri, elle démontre que Sandrine Collette a une imagination diabolique !

cedA cela se rajoute cette atmosphère oppressante cette tension de plus en plus palpable  que l’auteur distille tout au long du roman.  Dans ce paysage de fin d’été, où les couleurs chatoyantes des rangées de vignes et le gout sucré des raisins donne la saveur de l’insouciance et de la liberté, Sandrine Collette transforme peu à peu ce décor lumineux, en théâtre de froidure où se lève progressivement un vent glacial qui va souffler sur les relations entre les différents protagonistes.

Il aura suffit de la beauté solaire de Camille pour faire rejaillir et exploser une souffrance terrible qui a fait d’Andréas un homme enfermé dans son passé, vivant mais dont l’esprit est mort dans cetDes-noeuds-d-acier-de-Sandrine-Collette_full_news_left accident dix ans plus tôt , et d’Octave l’esclave de la folie de son ami.

Tel un orage qui approche, la tension va se faire de plus en plus palpable entre les protagonistes, à mesure que le sourire de Camille va lézarder les apparences et bousculer le fragile équilibre qui maintenaient de manière précaire les deux amis sur le fil de la vie.

Quand enfin celui ci éclate, il est brutal, violent, et destructeur !

Belle réussite que ce second roman de Sandrine Collette. Incontestablement nous avons là un auteur de très grande qualité et la découverte est pour moi une très bonne surprise !

 Il ne me reste plus dès lors qu’à vous inviter à vous y jeter dedans , et quant à moi, à me dépêcher de lire « des nœuds d’acier » afin de ne pas regretter plus longtemps d’être passé à côté d’un excellent roman !On en reparle bientôt !

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16 Commentaires

  1. Nath sous les pavés la page

    Je fais partie de ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur et Des noeuds d’acier est dans ma liste depuis un bon moment. C’est vrai que parfois , trop d’éloges tuent l’éloge et moi aussi j’ai déjà fait des blocages sur certains romans trop encensés.
    Ta chronique me conforte dans l’idée qu’il faut absolument découvrir cet auteur.

    • La petite souris

      Après la lecture de ce roman, je t’avoue j’ai hâte de lire son premier !!! 😉

  2. Elle est vraiment forte oui Sandrine Collette. J’ai aimé celui-là, très prenant, mais je crois que j’ai préféré le premier, plus noir et plus malsain. Et je suis comme toi : parfois le buzz me rend sourde 😉

    • La petite souris

      on est visiblement plusieurs à fonctionner comme ca, mais pour le coup son succès semble mérité ! me reste donc à lire  » des noeuds d’acier » et à m’en delecter ! 🙂

  3. Je crois que tu as fait le bon choix chère petite souris.
    Car nombreux de ceux qui on lu le premier sont visiblement déçu par celui-ci.
    L’inverse est peu probable. Alors fonces sur des nœuds d’acier.
    Personnellement, j’ai lu avec avidité le 1er et cela a été un coup de coeur absolu. Et puis j’ai attendu avec impatience, celui-ci que j’ai autant aimé aussi.
    Décidément madame Collette a su me toucher. Et elle fait mouche à chaque fois.

    • La petite souris

      Je pense que je ne serai pas déçu effectivement quand je m’attaquerai à son premier roman ! celui ci m’a mis en appétit ! 🙂

  4. Ellen

    Belle chronique ma foi! J’avais beaucoup aimé le premier et celui-là m’attire beaucoup, je me sens proche de l’écriture de cette femme ( et en plus elle est charmante). Bravo la Petite Souris!

    • La petite souris

      Merci Ellen ! et pour ta visite, et pour ton sympathique commentaire !! j’espère que tu prendras autant de plaisir que moi à lire ce roman. Surtout n’hésite pas à me le faire savoir quand tu l’auras lu ! amitiés 😉

  5. Runbabook

    Il me plaît bien ce vent de cendres-là , je l’ajoute avec gourmandise à mon Everest de livres à lire . Comme nombre d’entre vous , moi aussi quand on encense trop un roman , je prends la fuite , direct .
    Il faut reconnaître que M.le Souriceau nous évite les catastrophes ! C’est tellement frustrant d’être déçu par un livre !
    A bientôt

    * J’ai beaucoup aimé La Madone de Notre-Dame ( et Un été à Pont-Aven aussi )

    • La petite souris

      j’attendrai ton retour et lirai ton ressenti avec la même gourmandise !!! Et je suis très content de savoir que tu as aimé la madone de Notre Dame !!! nous avons des goûts proches visiblement ! A bientôt !

  6. Salut Souriceau, j’avais peur de lire ton avis, parce que j’avais peur de lire un avis mitigé. J’ai adoré ce roman et encore plus son précédent. Quelle auteure ! A classer à coté de Marie Neuser, Marie Van Moere et Elisa Vix, ces femmes sans pitié qui voient le monde autrement. Amitiés

    • La petite souris

      Te voilà donc rassuré mon ami ! 🙂 Par contre je n’ai pas encore eu l’occasion de lire les deux deniers auteurs que tu cites, même si je dois avoir le livre d’Elisa Vix sur mes étagères.J’essayerai de m’y intéresser sous peu ! amitiés

  7. Quel magnifique billet ! Et quelle joie de découvrir un nouvel auteur de polar français. Il part directement sur ma liste pour la biblio. 😉

    • La petite souris

      si je t’ai donné envie de le lire alors j’ai atteint mon abojectif et j’en suis très heureux ! je compte sur toi pour me dire ce que tu en auras pensé une fois que tu l’auras lu !! A bientôt j’espère ! 🙂

  8. Ca doit être moi qui ne vais pas bien… J’ai été terriblement déçue par ce second roman. Dans « Des nœuds d’acier » j’avais été tout de suite attrapée par le personnage principal, Sandrine Collette distillait habilement tout ce qu’il fallait pour faire sa connaissance et s’y attacher, malgré ses travers. Et puis l’écriture était vraiment formidable. Là, je l’ai trouvée un peu rapide, disons. Et alors que l’intrigue, dans « Des nœuds d’acier », m’avait paru âpre, terrible et subtile, dans celui-là, je l’ai trouvée très moyenne et surtout très, disons, attendue. Bref, pas moyen de m’intéresser à tous ces gens et à leur sort, rien à faire. Du coup, je ne l’ai pas chroniqué…

    • La petite souris

      kikou toi ! Non je te rassure, tu vas très bien ! 😉 Je sais que ce second roman de Sandrine Colette a moins fait l’unanimité que son premier, des noeuds d’acier.Donc le fait que tu exprimes un avis différent du mien n’est pas surprenant. Moi j’ai aimé ce roman pour les raisons que j’indique dans ma chronique. Mais à l’inverse de toi, je n’ai pas ( encore) lu son premier . Est ce que j’aurai émis alors un autre avis, moins enthousiaste? Peut être dans la mesure où j’aurai pu fait la comparaison entre les deux bouquins, ce que tu fais dans ton commentaire. Comme je compte bien lire Des noeuds d’acier un de ces 4 matins, j’aurai alors une idée plus précise de la valeur de ce second roman. Merci en tout cas pour ton point de vu et d’avoir pris le temps de l’expliciter !! A bientôt j’espère! AMitiés

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