PRÉMICES DE LA CHUTE

FRÉDÉRIC PAULIN

ÉDITIONS AGULLO

 

L’année dernière, je découvrais dans la masse des nouveautés de rentrée, un auteur français, dont le roman « La guerre est une ruse » fut la plus belle surprise de cette rentrée littéraire 2018.

Une claque reçue à sa lecture et qui s’intéressait aux années noires de l’histoire récente de l’Algérie, celle des années 90 et de la montée de l’islamisme religieux, qui allait très vite se transformer en islamisme de combat.

Un bouquin puissant, très bien documenté qui décortiquait les rouages d’une période où la France ne manqua pas de se salir les mains et de se fourvoyer, sans pour autant maitriser tous les leviers de ce conflit particulièrement complexe qui allait lui exploser à la figure.

Le succès fut immédiat, et comme on dit de nos jours le buzz s’est fait très rapidement autour de ce livre et de cet écrivain, premier auteur français à être publié par les éditions AGULLO.

Au succès de librairie est venu celui de la critique puisque « la guerre est une ruse » reçu plusieurs prix dont celui du festival QUAIS DU POLAR 2018 et fut l’objet de nombreux papiers dans la presse nationale.

C’est dire que le second opus de sa trilogie était attendu avec impatience, curiosité et non sans une certaine appréhension quant à savoir si celui-ci serait à la hauteur du premier.

Et bien oui. « Prémices de la chute » s’avère tout aussi excellent que son prédécesseur. Et c’est tant mieux pour le lecteur !

Qui aurait pu penser que derrière un simple fait divers se cachait un monstre tapi dans l’ombre qui allait bientôt ébranler les fondements même de l’occident, trop sûr de sa supériorité et de son invincibilité ?

Des braquages dans le nord de la France, du côté de Roubaix, comme en relatent parfois les unes de la presse quotidienne.

 Une bande de jeunes des quartiers qui jouent les cadors en quête d’argent facile ?

Sauf que ce qui interpelle très vite les policiers et Reif Arno , un journaliste à l’aura terni de «  La voix du Nord », c’est la violence inouïe que ces jeunes délivrent à chacune de leur attaque, n’hésitant pas à arroser à la kalachnikov une patrouille de police qui tenta de les intercepter, laissant 4 officiers sur le carreau.

Flairant que derrière ces braquages se cache autre chose que la simple chevauchée sanglante d’une bande de jeunes en manque de repères et à la recherche de sensations fortes, Reif va se lancer dans une enquête qui pourrait bien lui permettre de se remettre en selle et de retrouver le respect de ses pairs.

En faisant marcher non sans mal son réseau d’informateurs, il finit par apprendre que deux hommes, Lionel Dumont et Christophe Caze seraient mêlés à cette fusillade mortelle. Or ces individus sont d’anciens mercenaires qui ont combattu en Bosnie.

A des centaines de kilomètres de la France, Tedj Benlazar , agent de la DGSE, que l’on avait découvert dans «  la guerre est une ruse » officie à Sarajevo où il a été placardisé après son départ d’Algérie.

Sur place il prend toute la mesure de la menace qui pèse sur l’occident.

C’est lui qui va, à la demande de sa fille qui est amoureuse de Reif Arno, orienter ce dernier dans la bonne direction en lui donnant des informations  pour ses articles, espérant ainsi forcer la main de sa hiérarchie à Paris qu’elle agisse en conséquence.

  Lui qui va également aider le commandant Laureline de la DST, avec qui il a une relation affective compliquée, en lui apportant des détails sur la Brigade Moudjahidine, et lui confirmer que ses anciens combattants sont en train de se disséminer à travers l’Europe, et que pour eux la guerre n’est pas terminée.

Le journaliste quant à lui ira jusqu’en Afghanistan pour les besoins de son enquête, espérant rencontrer ce chef dont il commence à entendre parler, un certain Oussama Ben Laden. A défaut il y fera la connaissance d’un français originaire de Narbonne, Zakaria Moussaoui qui s’apprête à partir pour les États-Unis.

La piste djihadiste ne fait plus aucun doute.

Tandis que l’assaut est donné sur le repaire du gang de Roubaix, à Paris, personne ne semble prendre la menace au sérieux.

Et ce n’est pas les allégations du journaliste revenu d’Afghanistan qui parle d’attaques terroristes de grande ampleur à venir, mais qui n’a aucune preuve pour étayer ses propos qui y changeront quelque chose.

Époustouflant de maitrise, encore une fois Frédéric PAULIN nous montre tout son talent pour s’emparer d’un pan de notre histoire et l’intégrer dans une trame romanesque des plus réussies.

L’histoire du djihadisme mondial n’a pourtant rien de linéaire. Ses ramifications sont nombreuses et protéiformes,

Or la lecture de ce livre est tellement fluide que tout nous apparaitrait presque comme une évidence, avec une logique implacable. Comment n’avons-nous rien vu venir ? Tout était là sous nos yeux, et pourtant…

Sans jamais perdre son lecteur dans cette histoire complexe et sinueuse, celui-ci ira en Algérie, en Bosnie et en Afghanistan à la suite de personnages pris dans cette tragédie en gestation que rien ne pourra finalement arrêter.

Si dans « la guerre est une ruse », l’auteur soulignait les manigances de la France qui finiront par se retourner contre elle, dans « prémices de la chute » celui-ci pointe l’aveuglement des autorités à ne pas vouloir voir la menace.

Comme s’il n’était pas concevable que l’ennemi puisse être cet homme armé de sa seule existence et de sa foi furieuse en bandoulière, et pour qui la vie n’a de sens que dans la mort.

Frédéric Paulin nous raconte avec une grande habileté la mise en place progressive de cette internationale djihadiste que nous n’avons jamais prise au sérieux, et qui allait marquer officiellement sa naissance de manière magistrale et dramatique un certain 11 septembre 2001.

Dans « prémices de la chute » nous sommes en 1996.

Pourtant, les avions ont déjà décollé.

4 Commentaires

  1. Salut mon ami, j’ai adoré le premier, j’ai adoré le deuxième et j’attends avec impatience le troisième. Et ton article, superbe une nouvelle, rend hommage à un conteur hors pair que les lecteurs commencent à découvrir. D’ailleurs, il va falloir que j’aille à la pêche de ses précédents romans ! BIZ

    • La petite souris

      ben figure toi que par le plus grand des hasard je me suis rendu compte que j’avais un de ses premiers livre dans ma bibliothèque un bouquin publié à l’époque chez Pascal Gallodé ! 🙂

  2. Tout comme l’ami Pierre, j’attends le troisième avec impatience. J’ai beaucoup aimé cet opus. Comment avons pu pu faillir ainsi ? Je crains qu’hélas nous n’ayons encore pas compris …..

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