SOUS LA SURFACE

MARTIN MICHAUD

EDITIONS KENNES

«  Je n’ouvre jamais les yeux dans l’eau. J’ai peur des forces qui gravitent sous la surface, des formes noires qui ondoient dans l’ombre ; peur d’y croiser un visage putréfié ou que la mort me saisisse par la cheville et me fige dans le limon jusqu’à ce que la dernière molécule d’oxygène ait quitté mes poumons. »

sous la surface [blog].jpgQuand on parle d’auteurs nordiques, on pense systématiquement aux écrivains scandinaves, qui depuis une bonne décennie maintenant captent  l’attention des lecteurs en mal de dépaysement

On peut trouver, à juste titre d’ailleurs , particulièrement exagérée et surfaite cette mode du polar dite « venue du froid » , née de la découverte heureuse de deux ou trois auteurs de valeurs, et d’un matraquage marketing qui s’en est suivi pour tout  ce qui était estampillé « nordique » et qui a fini par nous vendre au final beaucoup de médiocrité .

 A croire qu’en dehors de la Scandinavie point de salut, que les autres rives du genre ne sont qu’étendues tristes et désertiques. C’est oublier les couleurs chatoyantes des plumes sud américaineUSAFlag [blog]s, la chaleurs de celles de méditerranée, l’enivrante magie des mots venue d’orient.

Bien sûr, les amateurs du genre qui sont allés trainer leurs pas dans la neige et le froid, n’ont pas oublié  pour autant les côtes outre-Atlantique et les auteurs américains, qui n’ont jamais cessé pour leur part, de nourrir notre imaginaire.

Mais franchement, combien parmi vous ont pensé à remonter jusqu’à la frontière canadienne? Vers cet autre nord pourtant tellement plus vaste? Connaissez vous par exemple des auteurs québécois ?

Peut-être me citerez vous l’excellent Patrick Sénécal dont j’ai eu le plaisir à chroniquer son fameux  Contre dieu , et qui commence à se faire un nom dans l’hexagone.  Mais ensuite ?

Press_Democratic_Convention_admi_(2)Laissez-moi alors vous parler et vous présenter Martin Michaud. Si vous fréquentez Passion Polar depuis ses débuts, ce nom vous parlera sans doute. Il y a quelques années en effet j’avais chroniqué l’un de ses romans, « les âmes traquées », que je remettrai sans doute à l’occasion au goût du jour,  et qui ressort ce mois-ci sous son titre original « Il ne faut pas parler dans l’ascendeur » aux Éditions Kennes.

A l’époque cet auteur me surprenait agréablement par son sens de l’intrigue et l’originalité de son scénario. Avec « Sous la surface » je découvre un peu plus encore son univers. Incontestablement se dessine les contours d’une œuvre singulière qui ne pourra que plaire aux amateurs de thrillers.

Nous sommes aux États-Unis. Comme tous les quatre ans, le pays vit au rythme des campagnes électorales pour les primaires qui vont devoir désigner les candidats officiels pour la fonction suprême de Président des États-Unis.

 Dans la course à l’investiture démocrate Patrick Adams fait la course en tête. Secondé par une équipe de campagne redoutablement efficace, il sait aussi pouvoir s’appuyer sur son épouse, Leah Hammett, écrivain célèbre , qui met toutlowell-mass_1831487i [blog] naturellement sa plume à son service.

Le chemin jusqu’à cette victoire annoncée,  en cette veille de Super Tuesday décisif, le conduit jusqu’à Lowell. C’est là que Leah a grandi. Là aussi que prend racine le souvenirs d’une blessure aussi profonde que tragique qui a marqué sa jeunesse.

Ce retour est donc emprunt d’émotion, mais Leah, femme forte de nature, ne laisse rien paraître, car rien ne doit perturber le plan de campagne de son époux, qu’elle a connu aussi à Lowell peu de temps après la tragédie qui hante encore son existence. Alors elle donne le change, soigne cette image d’épouse modèle qui soutien son mari, un rôle qui la met pourtant mal à l’aise.

Plonger dans le travail et la récriture des discours de Patrick aurait du suffire à tenir son esprit occupé le temps du court séjour dans la ville de son enfance. Mais la réception d’un SMS à la descente de son avion va littéralement la pétrifier sur place et va l’obliger à replonger dans ce passé qui la torture depuis tant d’année.

« RDV13H demain sur le  pont des Six Arches. T’as encore ta moitié de carte postale ? »

Ce SMS, seule une personne pouvait l’écrire, Chase, son amour de jeunesse. Sauf que Chase est mort noyé,  quelques instants à peine après s’être fait cette promesse de se retrouver 25 ans plus tard sur ce pont où ils avaient l’habitude de se retrouver, chacun avec la moitié d’une carte postale de Paris qu’ils rêvaient de découvrir ensemble.

pontPlaisanterie morbide ? Manipulation des adversaires politiques de son mari? A moins que…

Déstabilisée, envahie par des souvenirs qui la submergent, Leah continue de donner le change pour ne par extérioriser  le doute qui la ronge. Pourtant elle est bien décidée à faire toute la lumière sur ce SMS, mais difficile d’agir en toute discrétion au milieu de ce barnum politique.

 Car dans l’ombre des primaires démocrates tout n’est que manigance, manipulation et coups bas. C’est dans ce contexte périlleux tant sur le plan personnel que politique que Leah va mettre le doigt dans un engrenage potentiellement destructeur pour elle. Et elle n’a pas idée de ce qu’elle va découvrir en plongeant en apnée dans les eaux troubles de son passé.

C’est rythmé,  bourré de rebondissements, et c’est donc redoutablement efficace. Martin Michaud sait parfaitement où il veut emmener son lecteur, non sans ouvrir sous ses pieds une dernière trappe avant le bouquet final. Assurément l’auteur confirme le bien que je pensais de lui.

Certes on y retrouve  toutes les ficelles du thriller qui fait mouche, mais il mélange avec une vraie réussite une histoire d’amour qui ne s’est jamais éteinte, à une intrigue et un suspens politique des plus machiavéliques.

-martin-michaud

Martin Michaud

L’auteur dresse d’ailleurs un portrait sans concession de ce milieu dans lequel il embarque son lecteur.Certains, sans doute, lui reprocheront peut être de donner dans la facilité en nous plongeant dans cet univers déjà passablement décrié dans les colonnes de nos quotidiens, où la soif de pouvoir conduit à tous les excès.

 Mais qu’importe, le lecteur a au moins l’avantage de passer de l’autre côté du décors de ces grandes messes médiatiques où les valeurs démocratiques, ont tendance trop facilement à se dissoudre dans l’ambition personnelle et l’intérêt particulier de quelques uns.

A noter que le roman que vous aurez dans les mains, si vous décidez de le lire, est publié dans sa version originale, c’est à dire sans adaptation aux tournures ou expressions de la métropole, vous donnant ainsi toute la fraîcheur et la vitalité de ce français d’Amérique.

Nul doute en tout cas, qu’avec Martin Michaud, le Canada francophone tient là une plume originale que les amateurs de thrillers devraient suivre avec attention.

  » Sous la surface » est lauréat du prix Ténébris 2014.

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12 Commentaires

  1. voilà un avis qui tombe à pic pour moi ! (j’ai l’occasion de croiser l’auteur le we prochain et je ne l’ai pas encore lu)
    Donc merci ptit mulot ! Tu es vraiment d’utilité publique 😉

    • La petite souris

      Salut mon ami ! quelle chance as tu de pouvoir le rencontrer prochainement ! ce n’a pas été encore mon cas, mais pour avoir écouté plusieurs de ses interwiews, je sais le bonhomme très sympa et plein d’humour ! tu me confirmeras ! j’espère que tu vas bien !! Amitiés 🙂

      • mon virus de la grippe et moi allons bien ensemble 😉
        Oui c’est une chance de croiser un auteur québécois (il est invité au salon de Bruxelles avec Senécal)

        • La petite souris

          aïe ! soigne toi bien alors !! Ah ben surtout ne loupe pas Sénécal non plus !! Personnage passionnant, comme ses romans !!! 🙂

  2. Je suis bien d’accord avec toi, on ne connaît pas assez les auteurs canadiens qui souffrent sans doute d’un manque de marketing…
    Ceci dit, le côté politique me refroidirait un peu sans mauvais jeu de mots

    Encore bon anniversaire mon ptit souriceau 😉

    • La petite souris

      merci ! merci ma copine ! oui ya des choses interessantes à découvrir dans ce petit coin d’Amérique !!! 🙂

  3. Après t’avoir lu, on ne peut qu’être tenté…

    • La petite souris

      😉 mais la question c’est de savoir si au final, tu vas croquer la pomme ou non ! 🙂

  4. J’ai apprécié ce roman de Martin Michaud. Une très belle découverte. Mais j’ai lu ensuite « Violence à l’origine » du même auteur et cela m’a plu bien davantage. Un suspens maitrisé, une construction particulière, un dénouement haletant… encore meilleur.
    Outre Senécal, si vous aimez lire québécois, n’oubliez pas Richard Ste Marie, un auteur de polars très bon également. Et Christyne Brouillet dont « Le collectionneur » a été adapté au cinéma.
    De belles heures de lecture en perspective.

    • La petite souris

      bojnjour Argali ! bon déjà, si tu es d’accord bien sûr, on va se tutoyer car nous nous croisons parfois sur les sites des copains et nous avons la même passion pour les livres qui nous rapproche ! 😉 Je n’ai pas lu  » violence à l’origine », mais je ne note. Par contre je ne connais pas du tout Richard Sainte Marie ni Christyne Brouillet ! je vais me renseigner ! on trouve leurs bouquins en France assez facilement ? A bientôt !

  5. Runbabook

    C’est vrai que je ne suis pas trop fan des soubresauts politiques américains mais le côté voix d’outre-tombe me plaît bien et la passion du chroniqueur balaie les dernières réticences . A voir …

    Rebisous d’Anniversaire Ô SouriceauLector 😉

    • La petite souris

      kikou françoise ! oui le lecteur passe de l’autre côté du rideau, mais il n’ya pas que ca justement, et c’est ce qui fait le charme de ce livre. 🙂

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